vendredi 20 mars 2015

Rien n’y aura fait : l’église Sainte-Rita, sis 27 rue François Bonvin dans le 15e arrondissement de Paris, sous le coup d’une procédure d’expulsion, est vouée à la destruction. La dernière messe se déroulera ce dimanche 22 mars 2015. C’est une triste nouvelle pour les habitants du 15e arrondissement (dont je suis) et plus largement pour le patrimoine cultuel et religieux car cette église était connue dans le monde entier pour sa dévotion à la patronne des causes désespérées mais aussi pour sa bénédiction annuelle des animaux. Chaque mois de novembre, chameaux, poneys, poissons, chiens, chats, oiseaux, et leurs maîtres investissaient la petite église, nichée dans la ruelle bordant l’annexe de l’Unesco. C’est Monseigneur Philippe qui était le propriétaire des lieux. Fervent et fidèle dévot de Sainte Rita, très jeune déjà, il avait une grande confiance en l’avocate des causes désespérées. Puis, à la suite d’heureuses circonstances, il obtint la cession de la belle église du 27 rue François Bonvin, qui devint la cathédrale de l’Eglise catholique Gallicane de Paris (le gallicanisme est la doctrine qui défend les libertés de l’Eglise catholique en France contre le centralisme de la papauté). Ainsi, chaque dimanche matin, après une messe basse donnée pour le repos des âmes du purgatoire, Monseigneur Philippe célèbre en latin la messe pontificale. Chants grégoriens, fumées d’encens, huissier en tenue indiquant aux fidèles les moments où ils doivent se lever agrémentent les offices devenant des mises en scènes théâtrales et folkloriques. Après des mois de conflits juridiques, l’église fermera bientôt ses portes aux fidèles. Malgré la lutte de l’association de sauvegarde qui s’était constituée, Monseigneur Philippe jette l’éponge. Le conflit oppose l’association cultuelle catholique apostolique gallicane (de Monseigneur Philippe) au propriétaire, une association cultuelle apostolique universelle située en Belgique et au promoteur, la société Lamotte en Loire-Atlantique. Des logements sociaux et des parkings sont prévus pour remplacer la petite église (source, Le Figaro.fr, 15/03/15). Rien n’est cependant perdu. Le Maire du 15e arrondissement, Philippe Goujon, se bat pour défendre ce dossier, et depuis peu, Frédéric Lefebvre, député de la première circonscription des Français établis hors de France (Amérique du Nord) est entré dans la ronde. Ensemble, ils pourraient étudier des solutions. Même Bill Gates s’est penché sur le dossier, sensibilisé par un reportage diffusé par Reuters en novembre dernier sur la messe des animaux. L’association de sauvegarde, elle, tente d’obtenir le label « Patrimoine du XXe siècle » pour protéger l’église. Décidément, le patrimoine religieux est un patrimoine en péril. Si bien souvent les églises parisiennes se meurent dans l’indifférence des politiques publiques qui réduisent leurs budgets dédiés à leur restauration et à leur entretien, et non des moindres, citons St Augustin, la Madeleine, St Eustache, St Sulpice, Notre Dame de Lorette, St Séverin, gageons que l’appui des responsables politiques du 15e arrondissement et l’occupation annoncée par l’association de sauvegarde « Les arches de Ste Rita » jour et nuit de l'église à partir de lundi prochain trouve une issue favorable à un conflit larvé.

samedi 14 mars 2015

Le groupe britannique Muse revient aux affaires trois ans après avoir enchaîné les concerts dans le monde entier, avec un nouvel album intitulé Drones qui sortira en juin. Son premier titre est sur la toile depuis deux jours. A peine sorti, Psycho crée la polémique : certains l'adorent, d’autres le détestent. Le groupe avait annoncé un son plus proche de ses premiers albums et en effet dès le premier titre, à l’écoute on s'aperçoit d'un net retour sur un plan rythmique et mélodique à des sons électroniques travaillés et à des séquences chantées plus courtes, très éloignées de certaines des envolées lyriques que l’on connaissait chez Mattew Bellamy. La musique de Muse n’est pas une musique « rempli de paroles dépressives avec ce qu’il faut de guitares vénères pour dénoncer le grand complot mondial » (Lesinrocks.fr, 13/03/15). C’est avant tout un travail original qui ne ressemble à aucun autre, et qui propose une musique renouvelée à chaque album. Muse a annoncé que son septième album aurait pour thème la « troisième guerre mondiale », le « lavage de cerveau », les « drones ». « Le monde est dirigé par des drones dans le but de nous transformer tous en drones. Cet album explore le parcours d’un être humain, depuis l’abandon et la perte de l’espoir jusqu’à leur endoctrinement par le système pour devenir un drone humain, jusqu’à leur défection éventuelle devant leurs oppresseurs » (source : recueils de propos de Mattew Bellamy, Virginradio.fr, 14/03/15). Pas réjouissant certes, mais peut-être le côté sombre de cet album est-il une façon de répondre aux fans qui avaient reproché un côté trop dubstep dans l’opus précédent ? Il est vrai que Muse nous avait déçus en 2010 puis en 2012 avec deux albums destinés au grand public, au détriment de la « patte » Muse que nous connaissions. Le sublime Absolution, le génialissime Origin of Symmetry et le fameux Blach Holes and revelations avaient fait sauter dans tous les sens chaque parcelle de mon corps. The Resistance et The 2nd Law m’avaient laissée perplexe (plus de riffs endiablés, expérimentation vocale douteuse). Le nouvel opus enverra a priori du lourd, si l’on se réfère à son premier titre ! Le premier son rappelle Plug in Baby. Bon signe. La voix de Bellamy arrivant, elle rappelle New Born. Je retrouve son énergie et son timbre particulier. Muse est bien de retour : sortie teasing d’un autre titre le 23 mars prochain, Dead inside, avant une attente de quelques mois pour la sortie de l’album (8 juin). Post plus complet à venir !

vendredi 13 mars 2015

Cette semaine, la disparition brutale de Florence Arthaud, Camille Muffat et Alexis Vastine ont majoritairement occupé les unes de nos écrans et des pages de nos journaux. L’annonce fut un choc, notamment en ce qui me concerne par rapport à Florence Arthaud, une figure féminine qui incarnait la liberté, j’oserais même dire une certaine forme de culot. La culture est donc dans ces cas au niveau des médias reléguée à un second plan. Il est regrettable que seuls quelques entrefilets furent consacrés au décès du maître du manga japonais : Yoshihiro Tatsumi. Mort il y a six jours à l’âge de soixante-dix neuf ans, il fut l’un des tout premiers à aborder dans les bandes dessinées des thèmes graves. Né en juin 1935 à Osaka, il publie dès son adolescence à l’âge de 17 ans (Kodomojima), avant de faire partie d’un nouveau courant qui développe des personnages dotés d’une épaisseur psychologique. Explorateur de l’âme humaine, il en saisit les recoins sombres. Il invente le terme « gekiga » pour désigner cette forme de manga noire, par opposition aux œuvres enfantines de Tezuka. D’autres auteurs de BD se retrouveront dans ce courant, tels que Masahoko Matsumoto et Takao Sato. Yoshihiro Tatsumi se fait connaître en Europe dans les années 80 grâce au journal suisse « Le cri qui tue » et par la maison d’édition française Cornelius où il est publié. Invité au festival d’Angoulême en 2005, il publie l’année suivante son autobiographie riche de huit cent pages, adaptée en film d’animation en 2011 par Eric Khoo. Il est heureux que Katsuhiro Otomo, auteur plus jeune de manga japonais ait remporté le grand prix d’Angoulême en janvier 2015. Il est le premier de ce genre japonais de bande dessinée à remporter la prestigieuse récompense, et je trouve que c’est une très belle nouvelle page qui s’écrit, Tatsumi parti. Ces derniers jours s’en est allé un autre géant, l’auteur britannique Thierry Pratchett. Mort à l’âge de soixante-six ans, il était atteint d’une forme rare de maladie d’Alzheimer et avait milité à la fin de sa vie pour le droit à l’euthanasie. Journaliste puis communicant, il se lance dans l’écriture en 1983 avec La huitième couleur. Avant de ne plus finir d’écrire ! Pratchett a écrit une œuvre foisonnante de plus de soixante dix romans, dont sa série à succès Les annales du disque-monde. Grande saga, dont la lecture pourrait se comparer à la montée de l’Everest, on peut s’y atteler dans l’ordre car il y a des éléments feuilletonnesques, des personnages récurrents et évolutifs, comme le Mage Rincevent, la Mort, le commissaire Vimaire ou Mémé ciredutemps. On lui doit aussi le magnifique livre écrit à quatre mains avec Neil Gaiman, De bons présages, l’histoire d’un ange et d’un démon installés à Londres et qui vont empêcher Dieu et Satan de détruire la Terre et ses habitants, enfin n’oublions pas son dernier livre, A slip of the Keyboard, une sorte de livre d’adieux qui rassemble des discours sur la protection des animaux, sa maladie, la presse … Thierry Hatchett fut l’un des rares auteurs à combiner la science-fiction à l’humour … so british ! Parlons toujours littérature et actualité : mercredi 18 mars prochain à 20H50, un autre géant, mais celui-ci américain et toujours vivant, Philip Roth, donnera sa dernière interview télévisée. C’est du moins ce qu’il a annoncé car un peu à la manière de D’Ormesson, il a le chic d’annoncer au public français presque tous les ans : « ce sera ma dernière interview » (« mon dernier livre », dirait D’Ormesson, trait d’humour qui me fait rire derrière mon écran ). Et de les revoir plus tard, et de les revoir plus tard en compagnie d’un journaliste pour l’un ou un livre à la main pour l’autre. La prose de Roth accroche l’attention de ses amateurs comme peu de romanciers savent le faire. Le style est alambiqué. Les intrigues complexes. La psychologie des personnages disséquée. Un pur régal ! Au vu de l’immense qualité de la littérature de Roth (mais cela ne reste que mon humble avis et par conséquent celui-ci est subjectif), de l’aspect fort probablement chronophage de ses activités d’écriture, peut-être a-t-il tout simplement envie d’échapper enfin à une forme de servitude que représente parfois l’écriture? Réponse mercredi, s’il « raccroche » ou non « les crampons », pour revenir à mon amour du sport !

 

mercredi 4 mars 2015

Bonjour ! Aujourd’hui je suis avec vous pour vous parler de ce que j’ai pu voir dans les salles obscures, et plus particulièrement pour vous relater de mes impressions sur le film qui m’a le plus marquée depuis le début de l’année 2015 : Imitation game. Réalisé par un cinéaste norvégien, du nom de Morten Tildum, interprété entre autres par les acteurs Benedict Cumberbach et Keira Knightley, il revient sur la vie d’Alan Turing, le mathématicien grâce auquel je peux vous écrire, puisqu’on lui doit d’avoir inventé les premières machines capables de résoudre des calculs, même basiques. C’est un homme fascinant dont on savait peu de choses sur sa vie jusqu’à présent, si ce n’est son travail collaboratif avec l’armée sur des projets secrets, ses mœurs privés, et son fameux « test de Turing » permettant de savoir si l’on communique à une intelligence artificielle. Le film est très intéressant car il nous apprend beaucoup de choses sur ce personnage méconnu : sa carrière professionnelle, comment il est parvenu à une telle carrière, son homosexualité pour laquelle il fut condamné et contraint de suivre un traitement de castration chimique... Le récit se concentre pourtant sur un aspect plus pointu, c’est-à-dire le récit de l’extraordinaire histoire de la création d’une machine censée décoder les messages encodés par les Allemands à l’aide d’une autre machine répondant au nom d’Enigma. Constituée d’une série de pistons avec des lettres à leur extrémité, elle fait l’objet de toutes les recherches de Turing et de ses collègues, jusqu’à une montée de tension formidablement mise en scène, le fameux Eureka qui s’opère au détour d’une discussion banale dans un café. Turing et son équipe se précipitent alors dans leur salle de recherches. Les bobines sous leur action se mettent à tourner bruyamment et frénétiquement avant de s’arrêter brutalement. Si l’histoire se concentre principalement dans le lieu de recherches de Turing et de ses camarades, elle n’en est pas moins intéressante sur le plan de la reconstitution historique. En effet, de nombreuses images de guerre, qui ne sont pas des séquences de guerre à proprement parler mais des scènes d’après-guerre (bombardements de civils à Londres, femmes hommes et enfants se réfugiant dans le métropolitain) situent l’histoire et permet au spectateur d’être pleinement investi dans le récit du film. Quelques morceaux d’archives originales sont montrées. Ainsi, cette contextualisation de la recherche des personnages principaux permet de faire planer une menace sur les personnages telle une épée de Damoclès, et de ne pas tomber dans le piège du récit d’une quête scientifique qui se déroule hors du temps. Les personnages par ailleurs ont une personnalité dont les caractéristiques sont très bien développées. Alan Turing, malgré son asociabilité et son comportement étrange, est attachant. Le personnage féminin interprété par Keira Kneightley lui aussi est bien cerné sur un plan psychologique. Les camarades de Turing ne sont pas en reste. Turing est en effet entouré de quatre camarades, dont l’un fait toutefois plus office de figuration, alors qu’un autre sera l’objet de la révélation d’un secret dont les ressorts sont judicieusement mis en place dès le début du film. La construction du film est justement très astucieuse. Le film commence dans les années cinquante, lors d’un interrogatoire de Turing après-guerre, puis en flashback on revient ensuite quelques années en arrière lors du recrutement de celui-ci dans l’armée. Contrairement à beaucoup de films le retour à la scène de départ ne se fait pas à la fin du film, mais à mi-chemin. Au moment où l’on y revient, sont déjà enclenchés les deux grands axes, ou timelines, qui permettent de comprendre cette scène, à savoir l’enfance de Turing et sa recherche, en d’autres termes qui est-il, et ce qu’il fait. Encore plus maligne est la fin du film qui va bien au-delà sur un plan strictement chronologique que l’interrogatoire de Turing… Imitation game est un film juste, intelligent, fort, qui ne se complaît pas toutefois dans ce côté intelligent car les dialogues sont accessibles.

vendredi 27 février 2015

Je reviens aujourd’hui sur mon blog pour vous livrer mes impressions personnelles à propos de ma visite d’une exposition qui est présentée depuis le 12 février 2015 au musée Marmottan-Monet : "La toilette, naissance de l’intime". Ce sujet m’intéressait car d’une part il croise selon moi l’histoire des arts et celle de la culture occidentale, et d’autre part il parle aux sens, à la suavité charnelle de sentir son corps propre, à quelque chose de l’ordre du raffinement et de la préciosité qui me touchait beaucoup. Je n’ai pas été déçue. L’exposition commence avec la Renaissance, une période durant laquelle la femme fait sa toilette en présence d’hommes, d’enfants. On ne la représente que partiellement, seule la partie supérieure du buste nous est délivrée au regard, comme le montrent de nombreuses toiles de la seconde école de Fontainebleau dans la première salle. Ainsi, dans le Portrait présumé de Gabrielle d’Estrées et de la duchesse de Villars au bain (fin du XVIe siècle, Montpellier, Musée languedocien), ces deux dernières prennent une sorte de bain rituel, mais ces dames sont apprêtées, portent une chemise certes fine et presque transparente mais qui dissimulent leurs formes. Le réalisme n’est pas de la partie. Le registre est celui de l’allégorie, celle de la fécondité, de la beauté. L’eau n’est pas encore présente dans le rituel de la toilette. Elle favoriserait, pensait-on à l’époque, la propagation des maladies. Il faudra attendre le 19e siècle pour que la toilette sèche cède la place à la volupté des bains où le corps s’immerge dans l’eau, ou de petites toilettes plus ciblées à l’aide de brocs. Ces lavages partiels sont initiés dès le 18e siècle : l’eau commence à être davantage acceptée. Quantité de représentations montrent des femmes baignant leurs pieds dans des cuves ou se lavant leur intimité. Ces femmes s’isolent pour effectuer ces actes et on comprend au fil du parcours chronologique qu’une volonté de privatisation entre dans les mœurs. Aussi, les images peuvent être assez crues, telle cette femme soulevant sa robe et essuyant ses parties intimes au-dessus d’une cuvette dans La jupe relevée de François Boucher (ca 1742, collection particulière). Cette iconographie est contemporaine d’une invention majeure : le bidet. Des documents agrémentés de dessins et de petits textes attestent du côté révolutionnaire de cette nouvelle pratique d’hygiène. Au XVIIe siècle, la toilette est encore sèche. Abraham Bosse dans La Vue, Femme à sa toilette (après 1635, Tours, musée des Beaux-Arts) a peint une femme assise face à son miroir. Une servante l’assiste. Vêtue d’une longue robe aux matières nobles qui laisse deviner son rang social élevé, elle ne pratique pas d’ablutions. Elle effectue sa toilette avec du parfum, un linge, un fard, ce qui montre qu’elle accorde un soin tout particulier à son apparence et à sa propreté. Le XIXe siècle est sans nul doute dans la peinture occidentale le point d’acmé de cette passion des artistes pour la représentation des femmes à leur toilette. Apparaît alors un nouvel instrument, le tub, qui devient un motif cher aux artistes. Pierre Bonnard a saisi avec son appareil photographique les gestes de son épouse se frottant à l’aide d’une éponge (Marthe au tub, entre 1908 et 1910, Paris, musée d’Orsay). L’ablution est alors générale et ne se limite plus seulement qu’à quelques parties du corps. Edgar Degas s’intéresse aussi à ce motif. Ses modèles se lavent dans une baignoire. Le peintre rend compte de la réalité tout en innovant en cherchant des cadrages novateurs. Ces avancées platiques seront encore plus présentes au XXe siècle avec Picasso notamment, Gonzalez ou Erwin Blumenfeld. L’exposition se clôt notamment avec une photographie prise par Bettina Rheims de Karen Mulder (1996, collection de l’artiste). Le mannequin, drapé dans un linge de coton d’un blanc immaculé, est vêtu d’un soutien-gorge noir qui ne recouvre que l’extrémité de ses seins. Son visage est couvert d’une compresse en gaze humide, trouée au niveau de la bouche et des yeux. Elle est certes déshabillée mais regarde frontalement le spectateur. La femme assume et revendique sa liberté de se dévêtir. Il ressort de cette exposition qu’au fil du temps, s’est opéré un glissement d’une iconographie illustrative célébrant la beauté absolue vers une représentation réaliste dans des espaces de plus en plus fermés. A la croisée de l’art et de la sociologie, La Toilette, naissance de l’intime est une passionnante exposition. Georges Vigarello, historien spécialiste du corps et de la virilité est l’un des deux commissaires. Dans son livre le plus connu, Le propre et le sale, il avait déjà largement abordé la question de l’hygiène, de la netteté et de l’apparence. A travers les choix qu’il a effectué pour l’exposition au musée Marmottan-Monet, apparaît de manière sous-jacente mais non moins présente une autre question mais qui traite aussi de l’évolution des mentalités : la privatisation de l’espace correspondant à une construction progressive de l’individu devant disposer d’un espace propre et qui s’appartient donc à lui-même. Si vous vous rendez rue de la Muette avant le 5 juillet prochain, vous pourrez aussi vous rendre compte de la formidable quête des artistes d’innovation plastique.

mardi 18 février 2014

Chers lecteurs,
Je suspends pendant quelques semaines le blog et vous donne rendez-vous au printemps, le temps pour moi de terminer des travaux d’histoire de l’art. Le mois de février étant très riche en événements, profitez-en ! A très bientôt pour de nouveaux posts

jeudi 6 février 2014

« Les images fixes peuvent raconter des histoires. La plupart du temps, les images fixes racontent de petites histoires. Et il arrive parfois que les histoires intéressantes soient de petites histoires. Les petites histoires se déroulent sur une période très courte. Cependant, la pensée et les émotions peuvent être impliquées quand on regarde une image fixe et les petites histoires peuvent se développer jusqu’à devenir de grandes histoires. Tout ça dépend, bien sûr, du spectateur. Il est quasiment impossible de ne pas voir une sorte d’histoire émerger d’une image fixe. Et ça, je trouve que c’est un phénomène magnifique ». Ce texte de David Lynch ouvre l’exposition de ses travaux actuellement accrochés aux cimaises de la Maison Européenne de la Photographie. Je m’y suis rendue hier soir (mercredi 5 février, soir de gratuité à la MEP) pour la voir. Mes motivations étaient les suivantes : en cinéphile avertie, je connaissais bien l’œuvre de Lynch. Son univers m’a toujours intéressé, quoique dérangé. Par exemple, s’il fallait bien citer un film, je dirais volontiers Elephant Man pour illustrer mon propos. Il est ce genre de film dont on ne revient pas et dont on ne reviendra jamais. Aussi voulais-je vérifier en me rendant rue de Fourcy si son activité méconnue de plasticien correspondait à celle plus renommée de réalisateur, si son œuvre photographique était en phase avec son œuvre cinématographique.  Après avoir lu le texte à l’entrée, je me suis retournée et là était montrée une photographie retouchée : un mouton dans une pièce. M’engageant dans la première salle, je vois des visages sans traits, qui me rappellent certaines peintures de Giorgio de Chirico, un peintre de la Metafisica, dont on dit souvent qu’elles dégagent une « inquiétante étrangeté ». Un peu plus loin, je lis sur un cartel, Window with Head : une fenêtre avec tête ? Je regarde en détail la tête, mais ne reconnais aucun signe distinctif d’un visage humain, si ce n’est peut-être une sorte d’ocelot qui me fait penser à un œil. Je sens toutefois quelque chose d’organique, mais c’est passé par le cerveau de Lynch comme un linge à la machine, alors ce quelque chose d’organique est malaxé comme de la pâte à modeler, trituré, torturé pour résulter en une boule de chair sans vie, à peine est-ce supportable à voir. Windows with Plant me soulage, temporairement. Man laughing me fait presque rire (à défaut de pleurer) : c’est une tête d’homme qui ressemble à E.T l’extraterrestre. A côté un revolver : violence. Je passe assez vite devant les œuvres et me retrouve dans une galerie où sont présentées une série de têtes (Head) sans traits humains, rien qu’une surface lisse cernée d’un trait pour délimiter les contours du visage et du cou. L’une d’elles active les centres de la douleur dans mon cerveau : à l’intérieur de l’aplat entouré d’un cerne est insérée une photographie d’une denture avec appareil de bagues en acier. Si la photographie était placée à l’endroit où se trouve d’habitude la bouche, les choses auraient été dans l’ordre. Mais ici, la bouche est montrée à la verticale. Elle  se mue en une sorte de cicatrice du visage non refermée, hypothétiquement soignée par des soutures au fil de fer. J’ai atteint la limite du supportable et veux gagner la sortie. Mes pas m’entraînent vers une autre salle où je passe très rapidement : une araignée géante vue sur une œuvre me donne l’impression qu’elle est sur mon épaule. A défaut de comprendre l’œuvre de David Lynch, je ne puis qu’exprimer mes émotions subjectives devant tant de noirceur. Pour le coup, la fidélité à ce qui le hante dans son œuvre cinématographique est parfaite. Son activité plastique est dans la droite ligne : déformations, retouches, jeu sur les échelles (les œuvres de Lynch sont aussi faites de ces intérêts là, ce qui sauve un peu ma visite). Sombre, menaçant : tel est l’univers de l’artiste. L’exposition s’intitule Small stories, mais absolument rien de narratif n’a à voir avec ce que j’ai regardé.  Le texte d’entrée m’avait prédit quelque chose de romancé. Mais ce fut tout le contraire. Elles ne racontent pas grand-chose ces photos, elles nous font ressentir des choses et des choses qui vous remuent le ventre ! Une phrase du plasticien lue dans une monographie à la librairie-boutique exprime mieux ses intentions je trouve : « I like going into strange worlds ». Comme pour Elephant Man, on ne revient pas de cette exposition !

vendredi 31 janvier 2014

Je regardais hier soir la télévision et en la matière, relativement à mon dernier post, il me faut dire que j’aime autant les émissions sérieuses que les plus légères. Sur la chaîne D8 était diffusée une émission retraçant la carrière de la troupe du Splendid, qui connut ses heures de gloire au théâtre d’abord, puis ensuite au cinéma avec les films cultissimes Les Bronzés, Les Bronzés font du ski, Le Père Noël est une ordure, Papy fait de la résistance. Ces films sont d’après moi les plus belles perles du rire français. Mais, aussi léger que peut paraître ce que je vous expose ici, hier j’ai commencé à me poser une grave question par rapport à mon blog qui s’appelle centpourcentculture. En effet, que fait-on entrer dans la catégorie « culture » ? Qu’est-ce qui en relève ou n’en relève pas ? Dans l’imaginaire collectif le plus banal, le mot culture renvoie aux choses qui enrichissent notre esprit : les beaux-arts, le théâtre, la littérature, le cinéma, la danse… Pour le coup, le cinéma fait bien partie des éléments que je viens d’énoncer et ma démonstration ne prend plus la pente ascendante vers laquelle je voulais la conduire. Oui ! Car quelque part, vous le devinez, hier je me suis posée la question de savoir si je pouvais évoquer sur mon blog « centpourcentculture » Les Bronzés, pour ne citer que ce film, un film qui n’a rien de vraiment enrichissant sur le plan de l’esprit : une bande d’amis dans les seventies part au Club Med et les scènes les plus drôles s’enchaînent. Il me faut introduire à ce point de mon argumentaire une notion afférente au mot culture : souvent, ce mot renvoie à quelque chose qui serait l’apanage des couches les plus aisées. Il est vrai, et cela n’est qu’un constat, qu’une famille vivant sous le seuil de pauvreté en France ne peut que difficilement se permettre de payer quatre billets d’entrée plein tarif dans un musée. Mais c’est ici que s’immisce une belle erreur sur les contours du mot « culture » et sur ce qui y est digne d’y entrer ou d’y être refoulé. En ce qui me concerne, je pense que la culture est un ensemble très hétéroclite « de phénomènes matériels et idéologiques » [source : Larousse.fr, page consultée le 01/02/14] qui caractérise un groupe, une nation. La culture fédère, soude une communauté d’êtres humains car ceux-ci peuvent tous se référer à un socle de connaissances partagées. En ce qui concerne la troupe du Splendid, je crois que leur œuvre figure fièrement dans le répertoire culturel de tout un chacun! Au-delà des sketches hilarants qui dès que je les revois me font tordre de rire et ne plus tenir en place, l’une des forces des films où apparaissent Lhermite, Blanc, Balasko, Chazel, Monot & Cie est la pertinence des stéréotypes que constituent les personnages : l’homme qui a du mal à séduire les femmes pour Jean-Claude Dusse dans Les Bronzés, le cas social incarné par Josette alias Zézette dans Le Père Noël est une ordure, ou celui illustré par son compagnon Félix, ou encore le vétérinaire devenu trop suffisant et têtu interprété par Clavier dans Les Bronzés font du ski. Bref, c’est toute une galerie de personnages à la française que l’on retrouve ici. Certains s’y identifient, d’autres éprouvent de la tendresse envers eux. L’autre grande force de la troupe du Splendid est le côté transgénérationnel de leurs films : ceux-ci n’ont pas vieilli parce que le texte en plus d’être excellent n'est pas daté je veux dire par là qu'il ne renvoie pas spécialement à des idées contextualisées, contemporaines des années 70. Je ne voudrais pas plus m’étaler sur le sujet, chers lecteurs, car avant tout, je ris et ne réfléchis pas devant les films de Patrice Leconte. Vous aurez compris que j’assume bel et bien le nom de mon blog : centpourcentculture. Dans ces centpourcent qui évoque un maximum j'y fourre toutes sortes de choses, qui prennent un chemin rectiligne vers mon esprit, ou plus alambiqué.
A bientôt pour un nouveau post qui je vous l'assure ne concernera pas le petit écran!

 

jeudi 23 janvier 2014

Cette semaine je voudrais parler du petit écran et plus particulièrement des émissions culturelles actuelles que j’apprécie. Il y a tout d’abord les émissions littéraires. Dans le genre, les patrons de l’audiovisuel ont réduit peu à peu le nombre de programmes de leurs grilles ces dernières années. Exit [en italique pour le mot latin et ceci aussi afin de le distinguer du nom de l'émission qui suit] Vol de nuit sur TF1, Des mots de minuit sur France 2, Le Bateau-livre sur France 5. Il nous reste à nous mettre sous la dent Bibliothèque Médicis sur Public Sénat, qui n’est pas trop mal mais l’ambiance est un peu compassée, et une autre émission et non des moindres, je crois qu’elle est en train de véritablement s’imposer : La grande librairie sur France 5, animée par François Busnel, un héritier de Pivot en plus lisse et consensuel dans le style, époque des années 2000 oblige. Plus de volutes de fumée de pipe ou de cigarettes autour de la table ! Plus d’esclandres ! J’aime cette émission car elle offre – pour une fois ! – la possibilité aux invité(e)s de s’exprimer longuement, de développer leur propos sans être trop interrompus par le présentateur ou un quelconque chroniqueur parasite. Le choix est toujours intéressant : des plumes bien établies et de jeunes auteurs. Et puis il y a toujours une petite séquence consacrée à une librairie en France : un beau pied-de-nez au discours rabat-joie (néanmoins réaliste j’en ai conscience) sur la disparition des librairies en raison de la croissance économique de sociétés de vente en ligne comme Amazon ou la montée en puissance des ventes de tablettes numériques. Depuis 2008, Busnel a vraiment fait évoluer son émission. Il ne propose plus seulement des plateaux-télé. Parfois il rapporte des Carnets de route, qui sont diffusés ponctuellement dans l’année. Ce sont des émissions tournées à l’étranger. Il y rencontre des écrivains, à leur domicile le plus souvent, ce qui satisfait au plus haut point ma curiosité. Aujourd’hui (jeudi 23 janvier 2014), Busnel est à Londres. J’ai remarqué qu’il est assez audacieux dans ses "carnets" et qu’il ne se demande pas si ses questions vont être bien ou mal reçues. Particulièrement, il n’oublie jamais de demander à ses interlocuteurs scribouillards un avis à propos de deux sujets : d’une part l’évolution socio-économique de leur pays, d’autre part la définition du rôle de l’écrivain dans le monde d’aujourd’hui. Questions plutôt vastes à mon goût, tant les angles d’attaque pour chaque réponse sont susceptibles d’être plus différents les uns que les autres. Mais ces seigneurs que sont les écrivains répondent toujours avec beaucoup d’acuité, ce qui me conforte dans l’idée qu’un écrivain a un recul sur la réalité brute exceptionnel. Sans doute aussi peut-on émettre l’hypothèse fort probable que le jeu de questions-réponses entre présentateur et auteurs est balisé avant le tournage. Il y a une autre émission culturelle qui me plaît beaucoup : Entrée libre sur France 5, une quotidienne en début de soirée du lundi au vendredi, relatant des événements culturels de tous poils sous forme de journal. J’avoue que je ne suis pas assidue, malgré l’intérêt du programme. Cela ne tient pas au contenu d’Entrée libre, mais d’une concurrence rude dans mon univers « personnel-télévisuel » avec un journal sportif, Tout le sport, sur France 3 à la même heure. Et bien souvent, le sport prend le pas sur la culture. Tiens ! il est 21h45. La Grande Librairie est terminée et je découvre en direct en vous écrivant qu’une nouvelle émission vient de débarquer sur France 5 : Duels, animée par Annick Cojean, que j’admire pour le côté enlevé de ses présentations. Moi qui regrettais Empreintes (portraits de personnalités programmés le jeudi soir après La Grande librairie depuis quelques années) aussi emmenée par Annick Cojean jusqu’en mai 2013, je retrouve enfin sa présentatrice. Ce soir, le premier numéro porte sur le duel Karpov-Kasparov, les deux compétiteurs les plus éminents de jeu d'échecs. Cette émission, Duels, supplante Les grandes questions, que j’ai pu savourer durant cet automne. Déplacée le samedi à 19h (France 5), elle est animée par Franz-Olivier Giesbert et pose à chaque fois une question débattue par des philosophes, des politiques, des écrivains, des artistes, un peu comme chez Frédéric Taddei dans Ce Soir ou jamais sans le décor "bobo" autour. La culture de Giesbert est très impressionnante (comme celle de Taddei d'ailleurs) et je sens chez lui un amour authentique des idées. Ce qui est assez génial est le ton accessible de son style parlé, et son culot ! Il relance ses hôtes avec une franchise détonnante : c’est une bouffée d’oxygène dans les débats de la sorte qu’il anime et de plus, sa spontanéité se mêle à une sagacité foudroyante. Je pourrais ainsi continuer longtemps, à parler de ce que je regarde sur mon petit écran. Que dire, sinon du bien, des émissions historiques de Stéphane Bern, Secrets d’histoire, qui m’apprennent tant de choses, ou de celles dûes à Patrick de Carolis qui a repris la main sur Des Racines et des ailes, allégeant sa nouvelle formule en oubliant les anciens plateaux-direct soporifiques au profit d’un différé seul en scène devant les lieux du patrimoine, dynamique dans ses déplacements, montrant des détails ici et là ?

La télévision, ce n’est pas comme le cochon : tout n’est pas bon. Mais, en fin gourmet, il faut savoir choisir ses morceaux !

vendredi 17 janvier 2014

Depuis le 16 janvier, Clovis Cornillac joue au Petit Théâtre de Paris La Contrebasse, une pièce adaptée du livre de Patrick Süskind. Je n’aime pas Patrick Süskind. Je n’aime pas Clovis Cornillac. J’aime la musique cependant. Deux contre un. Drôle d’envie d’aller voir cette pièce ? C’est en fait un passage de Clovis Cornillac au journal télévisé qui m’a donné envie d'aller le voir. Il est 20h15, c’est la fin de semaine (vendredi 17 janvier). Le métro m’entraîne jusqu’à Trinité Saint-Etienne d’Orves. Je sors, il fait bon en cette mi-janvier. Je retrouve mes amies et découvre le Petit Théâtre de Paris où je ne m’étais jamais rendue. On monte les escaliers et on s'installe dans nos fauteuils. La salle est pleine. La pièce commence en retard. De l’extinction des projecteurs jusqu’à leur rallumage, en l’espace d’une heure et demie, mon attention n’a connu aucune relâche. Je fus "scotchée" ! Le "pitch" est très simple : Clovis Cornillac joue le rôle d’un homme à l'aube de ses quarante-et-un ans, fonctionnaire contrebassiste à l’Orchestre National, payé au mois pour une somme modique. Il vit seul, dans un appartement bien insonorisé, et est amoureux de Sarah, une soprano entiché d'un bureaucrate. Sur la base de cette histoire, un quasi-dialogue  s'instaure avec le public : quasi-dialogue bien sûr car le public ne peut répondre. L’acteur nous demande notre avis, nous raconte sa vie, en investissant la scène avec force dynamisme. Nous, public, sommes complètement embarqués dans son univers fait de disques, de cuisine, d'absorption massive de bières fraîches qu’il sort de son réfrigérateur... La plupart du temps, c’est rires dans la salle ! Parfois, son grain de folie fait irruption. D'autres fois, c'est son émotion qui affleure : "jamais, moi contrebassite dans les derniers rangs de l’orchestre je n’arriverais à conquérir ma belle Sarah" [propos déformés je précise! car ma mémoire me fait défaut]. Le jeu de l'acteur est fabuleux : Cornillac alterne les moments intenses, au rythme rapide, avec d'autres, plus calmes. Il peut bondir en écoutant de la musique! Il peut crier sur scène! Pour mon plus grand plaisir. Clovis Cornillac est grandiose dans ce spectacle. J'en suis ressortie avec 1/ un auteur à découvrir hormis son livre Le parfum (trait d'humour! = je me suis toujours acharnée à le lire sans jamais réussir à le finir tant il ne me passionne pas) 2/ il faut que je me procure le prélude de la Walkyrie qu'il a fait écouter sur son tourne-disque 3/enfin et surtout, un acteur à aller voir au cinéma en oubliant mes préjugés : j'ai découvert un Clovis Cornillac comme jamais je ne l'ai vu, dans une forme olympique, pas le loser habituel qu'il incarne souvent dans les films français. Pourquoi lui confie-t'on toujours ce genre de rôles ? Pourquoi accepte-t'il ? Vaste question. Il vaut mieux que cela, à mon humble avis. A très bientôt, courez au Petit Théâtre de Paris, vous passerez un de ces moments culturels que l'on n'oublie pas!

lundi 13 janvier 2014

Je suis en train de lire le dernier livre de Philippe Delerm. J’ai découvert la plume de Philippe Delerm à l’âge de seize ans. J’étais alors au lycée où nous avions mes camarades et moi une professeure de lettres hors du commun. Elle m’avait prêté pour quelques jours La première gorgée de bière. Je lisais pour la première fois du Delerm et fus dès les premières lignes entièrement captivée, conquise, désarmée. J’ai adhéré immédiatement à sa prose, elle me procurait un plaisir indescriptible. Des sentiments, des sensations, se trouvaient transformés en mots avec un sens de l’observation inouï et un talent pour les disséquer exceptionnel. Depuis, je peux me targuer d’avoir lu tous les livres de Philippe Delerm jusqu’à aujourd’hui, hormis ses livres destinés à un public jeunesse. Blague à part, Philippe Delerm est un de ces écrivains (n’en déplaise à ceux qui le critiquent pour exploiter toujours le même filon, celui de la description des plaisirs quotidiens) dont la sensibilité me touche profondément. Il a écrit de nombreux recueils, qui nous restituent la beauté des instants les plus fugitifs (La sieste assassinée, Enregistrements pirates, Dickens barbe à papa, Ma grand mère avait les mêmes, Le Trottoir au soleil), mais aussi des livres sur le bonheur tout court (Le bonheur, tableaux et bavardages, A Garonne, Le buveur de temps), où il m’a fait savourer sa propre vision de la chose. Des bouquins où se rencontrent la fiction romanesque et son goût pour l’art, tels que Sundborn ou les jours de lumière, ou le recueil Vilhem Hammershoi ou encore La bulle de Tiepolo, m’ont également beaucoup plu. Mais plus que tout, c’est son goût des mots chez Philippe Delerm qui est extraordinaire. « Le Goût des mots » ? C’est précisément le nom de la collection que l’écrivain dirige aux éditions Points. Il y a fait une incursion cet automne 2013 en écrivant un recueil de petits textes intitulé Les mots que j’aime, ce livre que je lis. Une centaine de mots ont été choisis. Pour chacun d’entre eux, quelques lignes sont écrites et toujours deux questions auxquelles il répond : que lui évoque le mot, et d’autre part que lui évoque aussi la sonorité du mot ? Au fil des pages, on voyage de la campagne à la ville ("Graf[fiti]" versus "Auberge"), on passe de l’hiver à l’été ("Potée" versus [sirop d’] "Orgeat"), du plus corseté au plus décontracté ("Pudibond" versus "Troudoucou"). Je ris, je m’émeus, je me retrouve parfois dans les situations décrites, ou retrouve mes congénères dans les comportements humains qu’il observe à la loupe. C’est la vie qui est contenue entre ces lignes, celle d’aujourd’hui comme celle d’hier. Voici un petit extrait de ce livre : "Poire. C'est un assoupissement, une langueur, un abandon. Poire : on biberonne la consonne initiale, comme le fumeur de pipe ranime son foyer à petits pops. Déjà on descend vers le moelleux grave d'un intermède vocalique chaud et souple, vers un r en sommeil, un e de confort sourd." Rien de plus succulent que quelques pages de Philippe Delerm à la lumière des lampes basses un soir d'hiver.
 

vendredi 10 janvier 2014

Chers lecteurs, permettez-moi tout d’abord de vous souhaiter une excellente année 2014 !

Le blog continue. Pour commencer cette nouvelle année en beauté, je suis allée voir le film événement en ce début janvier : Yves Saint-Laurent. Malgré la publicité faite sur les médias tous azimuts, je ne savais pas à quoi m’attendre. Un biopic ? Une restitution du travail du couturier ? En fait, il s’agit ni de l’un ni de l’autre. Si vous allez voir ce film, vous entrerez dans l’intimité d’un couple et d’une maison de couture. Ainsi définirais-je cette histoire. Le film commence par une mise en scène de la vie familiale d’Yves-Saint Laurent qui peut être comparée à une accroche dans l’exercice du récit, avant un bon en avant dans le temps : la vente des œuvres d’art de Pierre Bergé après la mort de son conjoint. A partir de là, Bergé nous raconte, par intermittence entre des scènes, en voix off, l’histoire de sa maison et de sa liaison avec son créateur. Le long-métrage nous invite dans les coulisses de la maison de couture : Saint-Laurent dessine, corrige ce qu’il veut modifier sur ses modèles, assiste aux défilés de ses demoiselles. Des premières robes aux couleurs printanières, au costume pour femme, en passant par les robes Mondrian, le couturier a révolutionné en quelques décennies la mode de son temps. A côté de lui, Pierre Bergé l’accompagne. Il forme avec Yves-Saint Laurent un couple dépareillé. L’un n’est que rationalisme, diplomatie, mondanités, dont il se sert dans la gestion de la Maison haute-couture, l’autre représente le versant noir de la création artistique : les paradis artificiels, la maniaco-dépression, la débauche sexuelle font partie de sa vie. J'ai découvert toute la complexité psychologique de ce personnage, que j'ignorais jusqu'alors : j'avoue là mon inculture dans le domaine de la mode. Le film nous invite aussi aux voyages du couple en Afrique du Nord, car chose méconnue, Yves Saint-Laurent est né en Algérie, à Oran. En plus d'être un récit entraînant, le film est servi par le jeu des acteurs au plus haut niveau : Pierre Niney est extraordinaire en Yves Saint-Laurent, Guillaume Gallienne en Pierre Bergé est magistral.

A très bientôt !

mercredi 11 décembre 2013

Bonjour à tous ! J’avais très envie d’aller voir deux expositions qui sont dans des galeries très proches géographiquement : celle d’Emmanuel Perrotin où sont exposés notamment ces jours des travaux de Sophie Calle que j’adore pour son travail sur la narration, et la galerie LJ où je voulais découvrir l’œuvre de Swoon. Chose dite chose faite : ce soir à la nuit tombée je me suis rendue dans le quartier du Cirque d’Hiver.

J’ai commencé mon tour par le numéro 10 de l’impasse Saint-Claude. L’exposition personnelle de Sophie Calle (« Dérobés ») réunit deux séries : « Tableaux dérobés » et « Que voyez-vous ? » ainsi que l’œuvre « Le Major Davel ». De l’évocation émouvante de sa mère, disparue, à des lettres de rupture amoureuse, Sophie Calle a toujours le chic pour tresser des histoires vraies ou supposées telles. Entre photographie arty et littérature nourrie d’autofiction, elle poursuit sa quête à la galerie Perrotin avec une troublante série de photographies et de textes évoquant, cette fois, des tableaux célèbres dérobés dans des musées et dont il ne reste que le cadre et une maigre photocopie de consolation. Rapportant les réponses humbles et touchantes posées à des quidam à la question « Que voyez-vous ? », Sophie Calle touche les yeux et le cœur de chacun : c’est parfait. Swoon, elle, investit la galerie LJ à quelques pas de l’impasse Saint Claude, au n°12 de la rue Commines. Si vous passez par là, rendez vous dans ce lieu singulier, méconnu, où les galeristes, accueillants, échangeront facilement  quelques mots avec vous pour vous présenter les œuvres exposées et le parcours de l’artiste. Dans le cas qui nous occupe, Swoon, de son vrai nom Caledonia Curry, est une artiste américaine née à New London dans le Connecticut en 1978, mais qui a grandi à Daytona Beach en Floride. Elle a ensuite vécu dans la rue à New York où elle faisait du street art. Repérée dans les années 2000 (la date exacte m’échappe !) par des galeristes américains, elle commence à proposer ses œuvres sur le marché de l’art et sa belle histoire commence. Aujourd’hui, elle vit et travaille à Brooklyn. L’exposition à la galerie parisienne LJ se présente sous la forme d’une installation in situ. Les œuvres sont des portraits des gens qu’elle rencontre au cours de ses voyages. Ce ne sont ni des peintures ni des sculptures, mais des découpages en papier (du mylar, un papier indéchirable) qu’elle fait tenir debout par d’invisibles ficelles reliant certains points des œuvres au plafond. Ce qui m’a frappé est l’aspect très dessiné des personnages d’une part, et la féérie végétale et animale déployée autour de ces personnages d'autre part, plus grouillante et traduite par de petits traits nerveux  : insectes, reptiles, plantes exotiques occupent l’espace et ce monde fantasmagorique s’étale à terre, s’avachit au sol, tel un ensemble de racines plongeant dans les profondeurs de l'humus.  La maîtrise technique de l’artiste américaine m’a aussi envoûtée : elle découpe la silhouette de ses personnages, mais également des motifs intégrés dans l’œuvre (si on regarde le dos des œuvres on constate que plusieurs parties en papier se chevauchent) : à l’aide d’un cutter ou d’un laser pour les plus fins détails, Swoon creuse dans la matière comme une dentelière. Les murs sont aussi investis par l’artiste où grimpent des choses abstraites, toiles d’araignées ou masques tribaux ? Cette exposition m’a beaucoup plu. Le 11 janvier 2014, la galerie cèdera la place à un(e) autre artiste. Swoon, elle, présentera alors sa première exposition personnelle au Brooklyn Museum.

jeudi 5 décembre 2013

Jeudi 5 décembre 2013 : il est 23h30. J’apprends la mort de Nelson Mandela devant mon poste de télévision. L’émotion est très forte. Pourtant, je le savais affaibli. Ses derniers bulletins de santé n’étaient pas optimistes. Je me remémore sa dernière apparition publique lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de football en 2010 en Afrique du Sud. Assis sur une voiturette, il adressa quelques signes de la main à la foule. Apparition éclair, pour ne pas fatiguer l’ancien Président. Pour moi, qui fais partie des jeunes générations nées dans les années 1980, celui que l’on surnommait Madiba est bien sûr le symbole de la lutte anti-apartheid, un problème auquel je m’étais intéressé tôt. Je me rappelle plus particulièrement d’un film vu dans ma jeunesse, une adaptation cinématographique d’Une saison blanche et sèche, le libre d’André Brink : un film poignant qui montre le combat acharné d’un homme engagé dans la lutte anti-apartheid, ce qui lui vaudra la perte de la vie. La lutte de Nelson Mandela aura été celle de l’arrêt des violences entre communautés dans son pays, au prix d’un emprisonnement durant vingt-sept ans dans les geôles de Robben Island. Sorti de prison, en 1994 il est élu président de la République sud-africaine, juste après avoir obtenu le prix Nobel de la paix avec De Klerk. C’est une très grande figure qui oeuvrait pour la paix dans le monde qui disparaît. Je l'érige au Panthéon des grands hommes qui se sont battus pour l’humanité toute entière, tels que Martin Luther King aux Etats-Unis. Le combat de ces grandes figures m’inspire : j’admire les gens qui ont des convictions à contre-courant de la pensée unique et qui les défendent haut et fort au nom d’idéaux qui servent l’intérêt général. Si la politique est le meilleur levier à l'action, je crois par ailleurs qu'à une plus petite échelle, l’art (sous toutes ses formes), parce qu’il est un langage universel qui peut parler à tout le monde, à tous les peuples pour peu que ceux-ci aient accès à l’information, transcende les cultures et comme le sport de haut niveau, peut être le messager de la paix. Il peut être le vecteur de l'idée de l'égalité entre les individus dans le monde, et renforcer la cohésion sociale. Le photographe Yann Arthus-Bertrand a présenté il y a quelques années au Grand Palais une exposition, Six milliards d’autres, présentant un nombre considérable de courtes vidéos où l’on voyait des personnes narrer leur vie, leurs goûts, leurs angoisses, et ce aux quatre coins du globe. Parce que les préoccupations de chacun étaient finalement très similaires, le visiteur se rendait compte que l’être humain où qu’il soit recherche les mêmes moteurs pour le faire avancer, peut avoir les mêmes joies et peines. Une autre figure française interpelle mon sens du militantisme pour les droits de l’Homme : Plantu. Ayant créé une association Cartooning for Peace, (Dessiner pour la paix) il entend par ce biais, en l’occurrence la collaboration avec des dessinateurs du monde entier et de tous bords politiques, éclairer de différents regards les problématiques du monde d’aujourd’hui, ses conflits, ses différences culturelles et politiques qui sont évidemment un frein pour l’avancement des civilisations. Mon regard sur son initiative est plein d'enthousiasme : dessiner, caricaturer avec un humour décapant est un puissant moyen d’expression pour faire vivre l’idée du vivre-ensemble et de la tolérance. La mort de Nelson Mandela est une perte considérable. Son courage, sa détermination, tout ce qu’il a fait pour son peuple est exceptionnel. Le jeudi 5 décembre 2013 est une date historique pour l’humanité entière.


dimanche 10 novembre 2013

Depuis le 16 octobre 2013 est présentée l’exposition 1925 Quand l’Art Déco séduit le monde à la Cité de l’architecture et du patrimoine. Je me suis rendue place du Trocadéro aujourd’hui pour la découvrir. Grande amatrice d’Art Nouveau, l’Art Déco m’avait également fascinée il y a quelques années lorsque je découvrais ses formes sur les bancs des amphithéâtres universitaires. J’ai le souvenir d’un art ciblé pour une clientèle fortunée, des images des meubles en galluchat (peau de poisson) de Jacques-Emile Ruhlmann, de l’évocation de l’atelier de Martine par Paul Poiret … C’est avec ce lot d’images en mémoire que je suis partie ce matin.

Il ne m’a pas fallu attendre longtemps pour tomber sous le charme de la présentation faite à Chaillot : l’exposition s’ouvre sur un texte nous situant l’Art Déco et l’Art Nouveau, souvent confondus par les néophytes. Si l’Art Nouveau (1890-1914) naquit en réaction à l’éclectisme décadent du Second Empire, et se caractérisa par une certaine virtuosité et technicité, l’Art Déco quant à lui, lui succéda (1919-1940) et présenta des formes géométriques simples et épurées, plus adaptées aux nouvelles machines et à la vie moderne. Il devint le premier style industrialisé. Pour autant, cette standardisation naissante n’entama pas la qualité des objets d’art dont les formes et les matières d’un raffinement exceptionnel étaient l’œuvre de créateurs oeuvrant à plusieurs mains.

Il faudrait de nombreuses pages pour évoquer même partiellement la richesse de cette exposition sur un plan quantitatif non seulement, car de très nombreuses pièces d’une grande diversité sont montrées, mais aussi sur un plan qualitatif, tant le propos est riche, balayant de nombreux axes de réflexion. J’ai appris énormément de ma visite et j’aimerais partager avec vous le plaisir de l’enrichissement personnel qu’elle m’a procurée.

Quand on songe à « Art Déco », nous rappelle d’emblée la première salle, il faut saisir très vite qu’une notion de travail à plusieurs mains existe. A cette époque en effet, c’est l’ensemble des métiers d’art qui oeuvrent à la création, tels que les architectes, maîtres verriers, ferronniers, fresquistes, sculpteurs. Pour le théâtre des Champs-élysées par exemple, Auguste Perret l’architecte, Antoine Bourdelle le sculpteur, Maurice Denis le peintre travaillèrent de concert. Il faut comprendre que l’Art Déco est une entreprise collégiale, et d’ailleurs naît alors le terme "ensemblier" qui fait son entrée au dictionnaire. Contrairement à l’Art Nouveau par ailleurs, qu’on surnomma le style nouille ou coup de fouet, l’Art Déco emprunte ses motifs à l’Antiquité et aux siècles passés, que les artistes vont épurer jusqu’à les géométriser. Lignes droites, fleurs stylisées, cadres bien déterminés, contrastent avec l’esthétique des lignes courbes de l’Art Nouveau. A partir des années Vingt, la géométrie dominera même l’ensemble du vocabulaire décoratif. Cette influence est sensible non seulement dans les corps de métiers pré-cités mais aussi dans la mode : le tandem Jean Patou-Louis Süe l’illustre parfaitement. Ensemble, ils conçoivent des robes, puis des flacons de parfums, tels que Sagesse, ou Amour-Amour, tous les deux ornés par un bouchon en forme d’ananas stylisé ou encore Joy, aux formes plus géométriques. Ces créations destinées aux femmes nous rappellent que naît dans les années Vingt – correspondant à ce que l’on appelle les Années folles, la femme moderne, à l’instar de Tamara de Lempicka, une artiste atypique qui s’installa dans un atelier construit par Robert Mallet-Stevens 7 rue Méchain dans le 14e arrondissement de Paris qui et fit aménager l’intérieur par sa sœur, Adrienne Gorska. L’avènement de la femme moderne illustre bien l’évolution d’un monde qui change. Celui-ci communique et se transporte de plus en plus vite. L’effort déployé pendant la Seconde Guerre mondiale amène de nouvelles avancées technologiques dans l’aviation et l’automobile, et c’est ainsi que le mouvement et la vitesse vont inspirer les artistes et les architectes. Plus vite mais aussi plus loin avec l’Art Déco ! Influente Afrique est l’une des sections de l’exposition. Si certains s’arrêtèrent à une lecture première des danses de Joséphine Baker, il ne faut pas oublier qu’elle fit connaître sa culture, l’Histoire de l’Afrique en promouvant les expositions du Musée d’ethnographie du Trocadéro, et qu’Al Brown, le boxeur américain, par sa mission de recherche Dakar-Djibouti en 1931 sur les Dogons, joua un rôle dans la création du Musée de l’Homme en 1937. Revenons en France : le style Art Déco contamina tous les secteurs de la vie : il se déclina notamment dans les cinémas, qui devinrent les lieux de spectacle populaires par excellence. Si le Grand Rex et le Gaumont Palace boulevard de Clichy sont deux exemples connus de tous, chaque commune, nous raconte l’exposition, dispose bientôt dans les années de l’entre-deux-guerres d’une salle signalée par une façade Art Déco. L’art du jardin aussi est contaminé par la folie Art Déco, les boutiques également, les casinos, les hôtels, la Poste, les écoles !!! La liste est longue. Le clou du spectacle, si je puis m’exprimer ainsi, est au centre de l’aile du Palais de Chaillot : la section dédiée à l’Exposition internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes de 1925. On y voit des photographies de très nombreux pavillons qui furent provisoirement installés autour du Grand Palais et sur l’esplanade des Invalides : le pavillon de l’URSS, d’Autriche, de Belgique, ceux des Grands magasins, des grandes manufactures de l’Etat, celui de l’Ambassade française... La fin de l'exposition met l'accent sur le rayonnement international de l’Art Déco : Afrique du Nord, Pays de l’Est de l’Europe, Asie, Amérique du Nord, et du Sud furent conquis par cet art venu de la France. Vous l’aurez compris, j’ai été moi aussi conquise. Par cette exposition qui porte très bien son nom : 1925 Quand l’Art Déco séduit le monde. « Séduit » : vous le serez également par les différents moyens qui ont été déployés par les commissaires pour rendre le propos agréable : entre autres ne ratez pas les extraits d’archives vidéos ponctuant chaque salle (la femme qui fume pour illustrer le thème de son émancipation par exemple) et si vous venez en famille l'espace enfants, où les bambins peuvent dessiner à l’aide de sortes de pochoirs des motifs inspirés de l’Art Déco.  

A très bientôt, chère lecteur/ lectrice. L’exposition se poursuit jusqu’au 17 février 2014, vous ne serez pas déçu.

 

vendredi 25 octobre 2013

Comme annoncé dans mon dernier post, plongeons-nous dans l'univers du scénariste-réalisateur Luc Besson. Il y a deux jours est sorti en salles son dernier film : Malavita.

Malavita, c'est l'histoire d'une famille américaine qui se réfugie dans un petit village de Normandie, Cholong-sur-Are, et qui est placée sous la protection du FBI. En effet, le père, Fred Blake alias Giovanni Manzoni, est un repenti de la mafia new-yorkaise qui veut échapper à des assassins partis à ses trousses. Il prétend auprès de son nouveau voisinage être venu dans ce coin perdu de la France pour écrire des livres - et il se prend au jeu car il entreprend ses mémoires! Sa femme et ses deux enfants tentent, comme lui et tant bien que mal, de s'intégrer à la rudesse de la région, à mille lieues de Brooklyn, leur dernier lieu de résidence. Mais très vite, les petites et bonnes vieilles habitudes vont reprendre le dessus ... Vous découvrirez lesquelles en vous rendant au cinoche!

On passe un très bon moment devant Malavita : c'est une comédie certes un peu outrancière qui pourra faire grincer des dents à certains, mais qui de mon côté m'a beaucoup fait rire! Giovanni Manzoni est interprété par le grand Robert de Niro qui nous la joue vieux briscard un brin compulsif - quand le plombier veut l'arnaquer, c'est direct attaché derrière la voiture et traîné sur le bitume que le pauvre homme finit!  Les enfants, eux aussi ne font pas dans la dentelle avec les camarades de leur lycée : ils règlent leurs comptes avec leurs gros bras comme Papa et Maman! Tommy Lee Jones joue le protecteur de Manzoni : retrouver De Niro et Jones réunis est un pur régal. Michelle Pfeiffer en nouvelle arrivante américaine, lunettes griffées sur le nez, au pays du camembert : c'est plutôt décalé et savoureux à voir!
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Malheureusement, on en reste au stade du "bon moment" là où j'avais attendu quelque chose de plus substantiel sur le plan de l'intrigue, et de plus grandiose sur un plan cinématographique. Luc Besson, pour moi, c'est Le Grand Bleu, Léon, Jeanne d'Arc, Nikita, Le Cinquième élément. Le réalisateur n'aurait-il pas perdu un peu de son âme en troquant plus fréquemmement ses dernières années son costume contre un autre, celui de producteur (depuis 1999, il a sa propre société de production, Europacorp) ou de philanthropiste (il a créé la Cité du Cinéma, un pôle cinématographique surnommée Hollywood sur Seine qui a ouvert en 2012).  C'est la question que je me suis posée à la sortie du film.

La seule chose qu'aucun(e) ne pourra lui reprocher est de ne pas s'essayer à plusieurs genres et pour cela on ne peut que s'incliner. Malavita, c'est un hommage à Scorcese bien sûr, et ses Affranchis. On retrouve d'ailleurs Manzoni en train de commenter ce film dans Malavita : une sorte de déclaration d'amour sous forme de mise en abîme subtile! Luc Besson est un de ces réalisateurs qui en amateur insatiable du cinéma, s'essaie à tout et l'on attend avec impatience son prochain opus, un film de science-fiction avec Scarlett Johansson dans le rôle principal!

A très bientôt, chers lecteurs et lectrices ...

samedi 19 octobre 2013

Bonjour!

Errare humanum est : comme vous l'aurez constaté, j'ai fait quelques confusions qui méritent d'être éclaircies dans mon post du 18 octobre 2013 : l'artiste autour duquel s'articulait toute l'émission Taratata du jour-même était Patrice, vous l'aurez remarqué, et Ayo l'invitée en duo. Le groupe invité en extension n'était pas les Babyshambles (oulala il faut que je dorme!!!) mais Cats on trees! que j'avais d'ailleurs déjà écouté à la radio sans jamais vraiment mettre un nom dessus. Avis aux amateurs de musique planante et de grands espaces à imaginer quand on écoute : Cats on trees est fait pour vous! Je suis déjà fan de chez fan.

Mon prochain billet sera consacré à un tout autre univers, mais ô combien passionnant : celui de l'un de mes réalisateurs fétiches, Luc Besson. Sortie mercredi 23 octobre de son nouveau film, Malavita.

vendredi 18 octobre 2013

Restons dans l'univers de la musique : nous sommes le vendredi 18 octobre 2013 et c'est aujourd'hui que l'émission Taratata version 2.0 a débarqué sur internet. Après mon post du 5 juin dernier qui réclamait le retour de l'émission sur le petit écran, de l'eau a coulé sous les ponts. En effet, une belle histoire est née : lorsque Nagui parle sur les ondes et autres médias pour faire survivre son programme, le patron de Ventesprivees.com, Jacques-Antoine Grandjeon l'écoute et il est séduit. Il contacte Nagui. Les deux hommes se rencontrent et décident ensemble de relancer l'émission. Ventesprivees.com, c'est pas moins de deux millions de visiteurs par jour, autant dire un média avec un vrai bassin d'internautes. Du partenariat entre Nagui et Grandjeon germe l'idée d'offrir un access premium gratuit sur mytaratata.com et une rediffusion à la télévision, sur des chaînes telles que TV5 monde ou RTL2 TV. Pour étoffer la palette des possibles, atteindre un nouveau public, une diffusion sur les lignes long courrier d'Air France et les trains iD TGV vient s'adosser au projet.

Un beau projet certes, mais pour quel résultat ? Mon verdict, après visionnage de la toute première émission version web est assez nuancé : la structure de l'émission a beaucoup changé. D'un format long et si je ne m'abuse bi-mensuel, on passe à un programme de trente minutes hebdomadaire. En l'espace d'une demie-heure, il est difficile de nous présenter autant d'artistes qu'auparavant. De cinq artistes ou groupes, l'étau se reserre autour d'une seule figure / groupe. Un artiste interprète deux titres de son nouvel album, un ancien titre plus connu et enchaîne sur un duo avec un autre chanteur (aujourd'hui, c'était Ayo, la figure de proue, Patrice pour le duo). A cet artiste autour duquel tourne l'émission, s'ajoute la présentation d'un autre compositeur plus méconnu, en développement (les Babyshambles par ex le 18 octobre). Je regrette par ailleurs les entretiens de Nagui : bien sûr, l'âme de Taratata est toujours là, c'est-à-dire le live avant tout! Mais découvrir un artiste, ce n'est pas seulement écouter pour la première fois une voix, des arrangements, un style : n'est-ce pas aussi apprendre des choses intéresantes sur son parcours ? D'où vient-il ? Quelles sont ses sources d'inspiration ? Avec quels producteurs travaille-t'il ? Le jeu de questions-réponses permettait de comprendre que la qualité de la musique n'est pas dûe qu'au seul talent : une bonne communication, des rencontres décisives, une ascendance favorable pèsent lourdement sur l'ascension d'un auteur-compositeur-interprète. Si je n'ai pas besoin d'un entretien pour savoir cela, en revanche, à chaque artiste son itinéraire singulier : et c'est là que résidait tout l'intérêt d'un tête-à-tête.

Certes, je suis un peu déçue de la nouvelle formule. Il n'en demeure pas moins qu'une diffusion sur le net comporte des avantages que la télé n'offrait pas. Le web, c'est où je veux, quand je veux! Plus de bâillements devant l'une des mes émissions favorites! Le format peut aussi s'adapter à un visionnage sur ma tablette ou mon smartphone. Je peux également (grâce à un partenariat entre la production de l'émission et Youtube) visionner mon émission de manière saucissonnée si je n'ai pas le temps. Grâce à My Major Company, je peux aussi financer avec une somme plancher de un euro aisément accessible le projet. Et le truc le plus sensationnel est l'oeuvre d'une start-up (Current) : il m'est possible de regarder le montage prévu pour les internautes passifs sur mon écran, mais aussi si je le souhaite, de petites vignettes sont là, me montrant d'autres plans. En cliquant sur elles, je m'improvise réalisatrice de l'émission.

Bilan ? Une nouvelle version low-cost de l'ancienne formule, mais qui a le mérite de toujours être là grâce à des entrepreneurs qui prennent des risques, un présentateur qui a la pêche et des auditeurs peu nombreux oui, mais raides-dingues d'un programme culte : 157000 personnes avaient signé la pétition "Contre l'arrêt de Taratata" à la fin de sa dernière saison et les 5640 places du concert des vingt ans de Taratata (11 octobre 2013) se sont arrachées en quelques instants. L'avenir seul nous dira si le nouveau format rencontrera son public.



vendredi 4 octobre 2013

Aujourd'hui sur mon blog : place à la musique! J'ai écouté la semaine dernière le deuxième album de Birdy. Birdy ? Oui, c'est le nom de scène de Jasmine Van der Bogaerde.

L'histoire de cette artiste britannique commence dans le comté du Hampshire, dans le Sud de l'Angleterre, où elle naît le 15 mai 1996. A l'âge de sept ans, sa mère, concertiste, lui apprend le piano. C'est durant son enfance que le surnom Birdy lui est donné par ses parents car à l'heure du goûter, la petite fille ouvrait la bouche comme un oiseau ("birdy" en anglais). Précoce, la jeune adolescente qu'elle devient remporte le concours de musique Open Mic UK en 2008. Un an plus tard, elle signe avec la Warner Bros puis enchaîne dans la foulée l'enregistrement de Skinny Love, une reprise de Bon Iver, qui va la hisser au sommet des charts. Son album éponyme sort la même année (2011), proposant d'autres reprises ainsi qu'une chanson écrite par elle-même - Without a word.

Deux ans s'écoulent, durant lesquelles la jeune fille mûrit. Elle apprend la guitare, et s'entoure pour son deuxième album de Jim Abbiss, le producteur de la chanteuse Adèle, des ArticMonkeys et de Ryan Tedder, membre du groupe One Republic. Son album, disponible en France depuis le 23 septembre 2013, est entièrement composé par ses soins. On y retrouve sa "patte" qui nous a tant séduite pour son premier disque : une voix puissante et touchante avec une dose de mélancolie. En revanche, exit le tout piano-voix! Outre la place accordée à la guitare qu'elle maîtrise aujourd'hui avec autant de maestria que le piano, les percussions occupent également une place de choix, notamment sur le titre Light me up, le meilleur de tout l'album à mon goût. Sur un plan parolier, la chanteuse nous livre ses doutes, ses joies... des états d'âme qu'elle sublime par une voix plus rauque et plus chaude que dans le premier album.

Plus pop, plus personnel, Birdy revient avec un deuxième album qui est en fait son premier "bébé" en quelque sorte, puisqu'elle y présente ses compositions originales. Mais comme le talent n'attend pas le nombre des années, chers lecteurs : à vos platines!!!

vendredi 27 septembre 2013

A un mois tout pile avant sa fermeture, j’ai visité l’exposition Ron Mueck à la Fondation Cartier pour l’art contemporain. Première rencontre, premier contact avec l’œuvre du sculpteur australien, première observation émue de ses sculptures géantes. 
Le parcours de l’exposition commence par un choc esthétique : Couple under an umbrella. Un couple de personnes âgées trône au milieu d’une grande pièce, visible depuis le boulevard Raspail. On les imagine à la plage en raison du parasol qui les protège d’un hypothétique soleil. Ce qui frappe d’entrée de jeu est la taille monumentale des personnages. Au choix de l’échelle s’ajoute le trouble dû au rendu réaliste de ces deux corps humains. Chair dorsale qui s’affaisse sous le poids de l’âge, cors aux pieds, ongles longs, cheveux gris, poils, veines : Ron Mueck a réussi le tour de force de nous faire croire à la vie à travers la reconstitution de ces chairs vieillissantes.

Et que dire des poils pubiens de la star de l’exposition. Vous savez ? Mais si ! La figure féminine nue soulevant un fagot : celle de l’affiche de communication placardée dans les rues de Paris, visible sur les autobus ou les couloirs de métro ? Beaucoup plus petite que ce que je pouvais imaginer, cette sculpture intitulée Woman with sticks est émouvante. J’ai éprouvé beaucoup de tendresse à la regarder : fermement campée sur ses deux tout petits pieds, elle parvient à tenir des branches dans ses bras. Sa posture – dos courbé sous l’effort – contraste avec le caractère hiératique de l’œuvre précédente. Là encore, Ron Mueck n’épargne rien aux personnages qu’il nous donne à voir : cellulite, cheveux blancs épars près des oreilles, rides d’expression marquées.

Woman with shopping a moins interpellé mon sens de l’observation. Une mère vêtue d’un manteau hivernal porte son bébé contre sa poitrine, tandis que deux sacs en plastique remplis de courses équilibrent sa position. A l’intérieur des sacs : des conserves de sauce tomate Heinz, des paquets de céréales Weetabix, de la lotion antiseptique, des oranges … Ici le rapprochement avec l’œuvre du sculpteur américain Duane Hanson est tentant. On songe notamment à sa Femme au caddie (Supermarket lady, 1969, Aix-la-Chapelle, musée d’art contemporain Ludwig). Mais c’est moins la société de consommation qui est désignée ici que la vision d'une banale scène de rue. 

Ron Mueck donne vie à ses modèles de manière irrésistiblement crédible. Si ses sources visuelles puisent à la fois au naturalisme académique, au pop art et à l’hyperréalisme, il singularise sa production en jouant sur des changements d’échelle surprenants et surtout, en rendant ses œuvres réalistes à l’excès. Pour arriver à un tel résultat, la clef de voûte du travail de l’artiste est la patience.
Un film de Gautier Deblonde (Still life : Ron Mueck at work), photographe français, nous montre Ron Mueck dans l’intimité de son atelier londonien. Il apporte une contribution essentielle aux œuvres exposées et clôt le parcours du spectateur. C’est en effet grâce à ce film que l’on prend la mesure de la tâche à accomplir pour réaliser un dessein tel que Couple under an umbrella. De petits modèles à échelle réduite aident l’artiste à imaginer à grande échelle le projet. Il regarde sa main pour façonner celle de sa sculpture, en l’occurrence ici le personnage masculin. La structure interne des personnages nous est révélée, ainsi que d’autres détails aussi troublants que la préparation des yeux. Il faut aussi couper les poils à la bonne longueur !

J’ai été fascinée par l’obsession du vrai qui sous-tend le travail de Ron Mueck. L’occasion de voir ses œuvres est très rare, le temps étant un élément privilégié du sculpteur. Son exposition à la Fondation Cartier est exceptionnelle. Il faut absolument, chers lecteurs, saisir l’occasion jusqu’au 27 octobre 2013 : le clap de fin après une prolongation d’un mois.