vendredi 20 mars 2015
Rien n’y aura fait : l’église
Sainte-Rita, sis 27 rue François Bonvin dans le 15e arrondissement
de Paris, sous le coup d’une procédure d’expulsion, est vouée à la destruction.
La dernière messe se déroulera ce dimanche 22 mars 2015. C’est une triste
nouvelle pour les habitants du 15e arrondissement (dont je suis) et
plus largement pour le patrimoine cultuel et religieux car cette église était
connue dans le monde entier pour sa dévotion à la patronne des causes
désespérées mais aussi pour sa bénédiction annuelle des animaux. Chaque mois de
novembre, chameaux, poneys, poissons, chiens, chats, oiseaux, et leurs maîtres
investissaient la petite église, nichée dans la ruelle bordant l’annexe de
l’Unesco. C’est Monseigneur Philippe qui était le propriétaire des lieux.
Fervent et fidèle dévot de Sainte Rita, très jeune déjà, il avait une grande
confiance en l’avocate des causes désespérées. Puis, à la suite d’heureuses
circonstances, il obtint la cession de la belle église du 27 rue François
Bonvin, qui devint la cathédrale de l’Eglise catholique Gallicane de Paris (le
gallicanisme est la doctrine qui défend les libertés de l’Eglise catholique en
France contre le centralisme de la papauté). Ainsi, chaque dimanche matin,
après une messe basse donnée pour le repos des âmes du purgatoire, Monseigneur
Philippe célèbre en latin la messe pontificale. Chants grégoriens, fumées
d’encens, huissier en tenue indiquant aux fidèles les moments où ils doivent se
lever agrémentent les offices devenant des mises en scènes théâtrales et
folkloriques. Après des mois de conflits juridiques, l’église fermera bientôt
ses portes aux fidèles. Malgré la lutte de l’association de sauvegarde qui
s’était constituée, Monseigneur Philippe jette l’éponge. Le conflit oppose
l’association cultuelle catholique apostolique gallicane (de Monseigneur
Philippe) au propriétaire, une association cultuelle apostolique universelle
située en Belgique et au promoteur, la société Lamotte en Loire-Atlantique. Des
logements sociaux et des parkings sont prévus pour remplacer la petite église
(source, Le Figaro.fr, 15/03/15). Rien n’est cependant perdu. Le Maire du 15e
arrondissement, Philippe Goujon, se bat pour défendre ce dossier, et depuis
peu, Frédéric Lefebvre, député de la première circonscription des Français
établis hors de France (Amérique du Nord) est entré dans la ronde. Ensemble,
ils pourraient étudier des solutions. Même Bill Gates s’est penché sur le
dossier, sensibilisé par un reportage diffusé par Reuters en novembre dernier
sur la messe des animaux. L’association de sauvegarde, elle, tente d’obtenir le
label « Patrimoine du XXe siècle » pour protéger l’église.
Décidément, le patrimoine religieux est un patrimoine en péril. Si bien souvent
les églises parisiennes se meurent dans l’indifférence des politiques publiques
qui réduisent leurs budgets dédiés à leur restauration et à leur entretien, et
non des moindres, citons St Augustin, la Madeleine, St Eustache, St Sulpice,
Notre Dame de Lorette, St Séverin, gageons que l’appui des responsables
politiques du 15e arrondissement et l’occupation annoncée par
l’association de sauvegarde « Les arches de Ste Rita » jour et nuit de l'église à
partir de lundi prochain trouve une issue favorable à un conflit larvé.
samedi 14 mars 2015
Le
groupe britannique Muse revient aux affaires trois ans après avoir enchaîné les
concerts dans le monde entier, avec un nouvel album intitulé Drones qui
sortira en juin. Son premier titre est sur la toile depuis deux jours. A peine
sorti, Psycho crée la polémique : certains l'adorent, d’autres le détestent. Le
groupe avait annoncé un son plus proche de ses premiers albums et en effet dès
le premier titre, à l’écoute on s'aperçoit d'un net retour sur un plan
rythmique et mélodique à des sons électroniques travaillés et à des séquences
chantées plus courtes, très éloignées de certaines des envolées lyriques que l’on
connaissait chez Mattew Bellamy. La musique de Muse n’est pas une musique « rempli
de paroles dépressives avec ce qu’il faut de guitares vénères pour dénoncer le
grand complot mondial » (Lesinrocks.fr, 13/03/15). C’est avant tout un
travail original qui ne ressemble à aucun autre, et qui propose une musique
renouvelée à chaque album. Muse a annoncé que son septième album
aurait pour thème la « troisième guerre mondiale », le « lavage
de cerveau », les « drones ». « Le monde est dirigé par des
drones dans le but de nous transformer tous en drones. Cet album explore le
parcours d’un être humain, depuis l’abandon et la perte de l’espoir jusqu’à
leur endoctrinement par le système pour devenir un drone humain, jusqu’à leur
défection éventuelle devant leurs oppresseurs » (source : recueils de
propos de Mattew Bellamy, Virginradio.fr, 14/03/15). Pas réjouissant certes, mais peut-être
le côté sombre de cet album est-il une façon de répondre aux fans qui avaient
reproché un côté trop dubstep dans l’opus
précédent ? Il est vrai que Muse nous avait déçus en 2010 puis en 2012
avec deux albums destinés au grand public, au détriment de la « patte »
Muse que nous connaissions. Le sublime Absolution,
le génialissime Origin of Symmetry et le fameux
Blach Holes and revelations avaient
fait sauter dans tous les sens chaque parcelle de mon corps. The Resistance et The 2nd Law m’avaient laissée perplexe (plus de riffs
endiablés, expérimentation vocale douteuse). Le nouvel opus enverra a priori du lourd, si
l’on se réfère à son premier titre ! Le premier son rappelle Plug in Baby. Bon signe. La voix de Bellamy arrivant, elle rappelle New Born. Je retrouve son énergie
et son timbre particulier. Muse est bien de retour : sortie teasing d’un autre titre le 23 mars
prochain, Dead inside, avant une
attente de quelques mois pour la sortie de l’album (8 juin). Post plus complet
à venir !
vendredi 13 mars 2015
Cette semaine, la disparition brutale de
Florence Arthaud, Camille Muffat et Alexis Vastine ont majoritairement occupé
les unes de nos écrans et des pages de nos journaux. L’annonce fut un choc,
notamment en ce qui me concerne par rapport à Florence Arthaud, une figure
féminine qui incarnait la liberté, j’oserais même dire une certaine forme de
culot. La culture est donc dans ces cas au niveau des médias reléguée à un
second plan. Il est regrettable que seuls quelques entrefilets furent consacrés
au décès du maître du manga japonais : Yoshihiro Tatsumi. Mort il y a six
jours à l’âge de soixante-dix neuf ans, il fut l’un des tout premiers à aborder
dans les bandes dessinées des thèmes graves. Né en juin 1935 à Osaka, il publie
dès son adolescence à l’âge de 17 ans (Kodomojima),
avant de faire partie d’un nouveau courant qui développe des personnages dotés
d’une épaisseur psychologique. Explorateur de l’âme humaine, il en saisit les
recoins sombres. Il invente le terme « gekiga » pour désigner cette
forme de manga noire, par opposition aux œuvres enfantines de Tezuka. D’autres
auteurs de BD se retrouveront dans ce courant, tels que Masahoko Matsumoto et
Takao Sato. Yoshihiro Tatsumi se fait connaître en Europe dans les années 80
grâce au journal suisse « Le cri qui tue » et par la maison d’édition
française Cornelius où il est publié. Invité au festival d’Angoulême en 2005,
il publie l’année suivante son autobiographie riche de huit cent pages, adaptée
en film d’animation en 2011 par Eric Khoo. Il est heureux que Katsuhiro Otomo, auteur
plus jeune de manga japonais ait remporté le grand prix d’Angoulême en janvier
2015. Il est le premier de ce genre japonais de bande dessinée à remporter la
prestigieuse récompense, et je trouve que c’est une très belle nouvelle page
qui s’écrit, Tatsumi parti. Ces derniers jours s’en est allé un autre géant, l’auteur
britannique Thierry Pratchett. Mort à l’âge de soixante-six ans, il était
atteint d’une forme rare de maladie d’Alzheimer et avait milité à la fin de sa
vie pour le droit à l’euthanasie. Journaliste puis communicant, il se lance
dans l’écriture en 1983 avec La huitième
couleur. Avant de ne plus finir d’écrire ! Pratchett a écrit une œuvre
foisonnante de plus de soixante dix romans, dont sa série à succès Les annales du disque-monde. Grande
saga, dont la lecture pourrait se comparer à la montée de l’Everest, on peut
s’y atteler dans l’ordre car il y a des éléments feuilletonnesques, des
personnages récurrents et évolutifs, comme le Mage Rincevent, la Mort, le
commissaire Vimaire ou Mémé ciredutemps. On lui doit aussi le magnifique livre
écrit à quatre mains avec Neil Gaiman, De
bons présages, l’histoire d’un ange et d’un démon installés à Londres et
qui vont empêcher Dieu et Satan de détruire la Terre et ses habitants, enfin n’oublions
pas son dernier livre, A slip of the
Keyboard, une sorte de livre d’adieux qui rassemble des discours sur la protection
des animaux, sa maladie, la presse … Thierry Hatchett fut l’un des rares
auteurs à combiner la science-fiction à l’humour … so british ! Parlons
toujours littérature et actualité : mercredi 18 mars prochain à 20H50, un
autre géant, mais celui-ci américain et toujours vivant, Philip Roth, donnera
sa dernière interview télévisée. C’est du moins ce qu’il a annoncé car un peu à
la manière de D’Ormesson, il a le chic d’annoncer au public français presque
tous les ans : « ce sera ma dernière interview » (« mon
dernier livre », dirait D’Ormesson, trait d’humour qui me fait rire
derrière mon écran ). Et de les revoir plus tard, et de les revoir plus tard en
compagnie d’un journaliste pour l’un ou un livre à la main pour l’autre. La
prose de Roth accroche l’attention de ses amateurs comme peu de romanciers
savent le faire. Le style est alambiqué. Les intrigues complexes. La
psychologie des personnages disséquée. Un pur régal ! Au vu de l’immense
qualité de la littérature de Roth (mais cela ne reste que mon humble avis et
par conséquent celui-ci est subjectif), de l’aspect fort probablement chronophage
de ses activités d’écriture, peut-être a-t-il tout simplement envie d’échapper enfin
à une forme de servitude que représente parfois l’écriture? Réponse mercredi, s’il
« raccroche » ou non « les crampons », pour revenir à mon
amour du sport !
mercredi 4 mars 2015
Bonjour ! Aujourd’hui je suis avec
vous pour vous parler de ce que j’ai pu voir dans les salles obscures, et plus
particulièrement pour vous relater de mes impressions sur le film qui m’a le
plus marquée depuis le début de l’année 2015 : Imitation game. Réalisé par un cinéaste norvégien, du nom de Morten
Tildum, interprété entre autres par les acteurs Benedict Cumberbach et Keira
Knightley, il revient sur la vie d’Alan Turing, le mathématicien grâce auquel
je peux vous écrire, puisqu’on lui doit d’avoir inventé les premières machines
capables de résoudre des calculs, même basiques. C’est un homme fascinant dont
on savait peu de choses sur sa vie jusqu’à présent, si ce n’est son travail
collaboratif avec l’armée sur des projets secrets, ses mœurs privés, et son
fameux « test de Turing » permettant de savoir si l’on communique à
une intelligence artificielle. Le film est très intéressant car il nous apprend
beaucoup de choses sur ce personnage méconnu : sa carrière
professionnelle, comment il est parvenu à une telle carrière, son homosexualité
pour laquelle il fut condamné et contraint de suivre un traitement de
castration chimique... Le récit se concentre pourtant sur un aspect plus
pointu, c’est-à-dire le récit de l’extraordinaire histoire de la création d’une
machine censée décoder les messages encodés par les Allemands à l’aide d’une autre
machine répondant au nom d’Enigma. Constituée d’une série de pistons avec des
lettres à leur extrémité, elle fait l’objet de toutes les recherches de Turing
et de ses collègues, jusqu’à une montée de tension formidablement mise en
scène, le fameux Eureka qui s’opère
au détour d’une discussion banale dans un café. Turing et son équipe se précipitent
alors dans leur salle de recherches. Les bobines sous leur action se mettent à
tourner bruyamment et frénétiquement avant de s’arrêter brutalement. Si
l’histoire se concentre principalement dans le lieu de recherches de Turing et
de ses camarades, elle n’en est pas moins intéressante sur le plan de la
reconstitution historique. En effet, de nombreuses images de guerre, qui ne
sont pas des séquences de guerre à proprement parler mais des scènes
d’après-guerre (bombardements de civils à Londres, femmes hommes et enfants se
réfugiant dans le métropolitain) situent l’histoire et permet au spectateur
d’être pleinement investi dans le récit du film. Quelques morceaux d’archives
originales sont montrées. Ainsi, cette contextualisation de la recherche des personnages
principaux permet de faire planer une menace sur les personnages telle une épée
de Damoclès, et de ne pas tomber dans le piège du récit d’une quête
scientifique qui se déroule hors du temps. Les personnages par ailleurs ont une
personnalité dont les caractéristiques sont très bien développées. Alan Turing,
malgré son asociabilité et son comportement étrange, est attachant. Le
personnage féminin interprété par Keira Kneightley lui aussi est bien cerné sur
un plan psychologique. Les camarades de Turing ne sont pas en reste. Turing est
en effet entouré de quatre camarades, dont l’un fait toutefois plus office de
figuration, alors qu’un autre sera l’objet de la révélation d’un secret dont
les ressorts sont judicieusement mis en place dès le début du film. La
construction du film est justement très astucieuse. Le film commence dans les
années cinquante, lors d’un interrogatoire de Turing après-guerre, puis en flashback on revient ensuite quelques
années en arrière lors du recrutement de celui-ci dans l’armée. Contrairement à
beaucoup de films le retour à la scène de départ ne se fait pas à la fin du
film, mais à mi-chemin. Au moment où l’on y revient, sont déjà enclenchés les
deux grands axes, ou timelines, qui
permettent de comprendre cette scène, à savoir l’enfance de Turing et sa recherche,
en d’autres termes qui est-il, et ce qu’il fait. Encore plus maligne est la fin
du film qui va bien au-delà sur un plan strictement chronologique que
l’interrogatoire de Turing… Imitation
game est un film juste, intelligent, fort, qui ne se complaît pas toutefois
dans ce côté intelligent car les dialogues sont accessibles.
vendredi 27 février 2015
Je
reviens aujourd’hui sur mon blog pour vous livrer mes impressions personnelles
à propos de ma visite d’une exposition qui est présentée depuis le 12 février
2015 au musée Marmottan-Monet : "La toilette, naissance de l’intime". Ce
sujet m’intéressait car d’une part il croise selon moi l’histoire des arts et
celle de la culture occidentale, et d’autre part il parle aux sens, à la
suavité charnelle de sentir son corps propre, à quelque chose de l’ordre du
raffinement et de la préciosité qui me touchait beaucoup. Je n’ai pas été
déçue. L’exposition commence avec la Renaissance, une période durant laquelle
la femme fait sa toilette en présence d’hommes, d’enfants. On ne la représente que
partiellement, seule la partie supérieure du buste nous est délivrée au regard,
comme le montrent de nombreuses toiles de la seconde école de Fontainebleau
dans la première salle. Ainsi, dans le Portrait
présumé de Gabrielle d’Estrées et de la duchesse de Villars au bain (fin du
XVIe siècle, Montpellier, Musée languedocien), ces deux dernières prennent une
sorte de bain rituel, mais ces dames sont apprêtées, portent une chemise certes
fine et presque transparente mais qui dissimulent leurs formes. Le réalisme
n’est pas de la partie. Le registre est celui de l’allégorie, celle de la
fécondité, de la beauté. L’eau n’est pas encore présente dans le rituel de la
toilette. Elle favoriserait, pensait-on à l’époque, la propagation des
maladies. Il faudra attendre le 19e siècle pour que la toilette
sèche cède la place à la volupté des bains où le corps s’immerge dans l’eau, ou
de petites toilettes plus ciblées à l’aide de brocs. Ces lavages partiels sont
initiés dès le 18e siècle : l’eau commence à être davantage
acceptée. Quantité de représentations montrent des femmes baignant leurs pieds
dans des cuves ou se lavant leur intimité. Ces femmes s’isolent pour effectuer
ces actes et on comprend au fil du parcours chronologique qu’une volonté de
privatisation entre dans les mœurs. Aussi, les images peuvent être assez crues,
telle cette femme soulevant sa robe et essuyant ses parties intimes au-dessus
d’une cuvette dans La jupe relevée de
François Boucher (ca 1742, collection particulière). Cette iconographie est
contemporaine d’une invention majeure : le bidet. Des documents agrémentés
de dessins et de petits textes attestent du côté révolutionnaire de cette
nouvelle pratique d’hygiène. Au XVIIe siècle, la toilette est encore sèche.
Abraham Bosse dans La Vue, Femme à sa
toilette (après 1635, Tours, musée des Beaux-Arts) a peint une femme assise
face à son miroir. Une servante l’assiste. Vêtue d’une longue robe aux matières
nobles qui laisse deviner son rang social élevé, elle ne pratique pas
d’ablutions. Elle effectue sa toilette avec du parfum, un linge, un fard, ce qui
montre qu’elle accorde un soin tout particulier à son apparence et à sa
propreté. Le XIXe siècle est sans nul doute dans la peinture occidentale le
point d’acmé de cette passion des artistes pour la représentation des femmes à
leur toilette. Apparaît alors un nouvel instrument, le tub, qui devient un
motif cher aux artistes. Pierre Bonnard a saisi avec son appareil
photographique les gestes de son épouse se frottant à l’aide d’une éponge (Marthe au tub, entre 1908 et 1910,
Paris, musée d’Orsay). L’ablution est alors générale et ne se limite plus
seulement qu’à quelques parties du corps. Edgar Degas s’intéresse aussi à ce
motif. Ses modèles se lavent dans une baignoire. Le peintre rend compte de la
réalité tout en innovant en cherchant des cadrages novateurs. Ces avancées
platiques seront encore plus présentes au XXe siècle avec Picasso notamment,
Gonzalez ou Erwin Blumenfeld. L’exposition se clôt notamment avec une
photographie prise par Bettina Rheims de Karen Mulder (1996, collection de
l’artiste). Le mannequin, drapé dans un linge de coton d’un blanc immaculé, est
vêtu d’un soutien-gorge noir qui ne recouvre que l’extrémité de ses seins. Son
visage est couvert d’une compresse en gaze humide, trouée au niveau de la
bouche et des yeux. Elle est certes déshabillée mais regarde frontalement le
spectateur. La femme assume et revendique sa liberté de se dévêtir. Il ressort
de cette exposition qu’au fil du temps, s’est opéré un glissement d’une
iconographie illustrative célébrant la beauté absolue vers une représentation
réaliste dans des espaces de plus en plus fermés. A la croisée de l’art et de
la sociologie, La Toilette, naissance de l’intime est une passionnante
exposition. Georges Vigarello, historien spécialiste du corps et de la virilité
est l’un des deux commissaires. Dans son livre le plus connu, Le propre et le sale, il avait déjà
largement abordé la question de l’hygiène, de la netteté et de l’apparence. A
travers les choix qu’il a effectué pour l’exposition au musée Marmottan-Monet,
apparaît de manière sous-jacente mais non moins présente une autre question
mais qui traite aussi de l’évolution des mentalités : la privatisation de
l’espace correspondant à une construction progressive de l’individu devant
disposer d’un espace propre et qui s’appartient donc à lui-même. Si vous vous
rendez rue de la Muette avant le 5 juillet prochain, vous pourrez aussi vous
rendre compte de la formidable quête des artistes d’innovation plastique.
mardi 18 février 2014
jeudi 6 février 2014
« Les
images fixes peuvent raconter des histoires. La plupart du temps, les images
fixes racontent de petites histoires. Et il arrive parfois que les histoires
intéressantes soient de petites histoires. Les petites histoires se déroulent
sur une période très courte. Cependant, la pensée et les émotions peuvent être
impliquées quand on regarde une image fixe et les petites histoires peuvent se
développer jusqu’à devenir de grandes histoires. Tout ça dépend, bien sûr, du
spectateur. Il est quasiment impossible de ne pas voir une sorte d’histoire
émerger d’une image fixe. Et ça, je trouve que c’est un phénomène
magnifique ». Ce texte de David Lynch ouvre l’exposition de ses travaux
actuellement accrochés aux cimaises de la Maison Européenne de la Photographie.
Je m’y suis rendue hier soir (mercredi 5 février, soir de gratuité à la MEP)
pour la voir. Mes motivations étaient les suivantes : en cinéphile
avertie, je connaissais bien l’œuvre de Lynch. Son univers m’a toujours
intéressé, quoique dérangé. Par exemple, s’il fallait bien citer un film, je
dirais volontiers Elephant Man pour
illustrer mon propos. Il est ce genre de film dont on ne revient pas et dont on
ne reviendra jamais. Aussi voulais-je vérifier en me rendant rue de Fourcy si
son activité méconnue de plasticien correspondait à celle plus renommée de
réalisateur, si son œuvre photographique était en phase avec son œuvre
cinématographique. Après avoir lu le
texte à l’entrée, je me suis retournée et là était montrée une photographie
retouchée : un mouton dans une pièce. M’engageant dans la première salle,
je vois des visages sans traits, qui me rappellent certaines peintures de
Giorgio de Chirico, un peintre de la Metafisica,
dont on dit souvent qu’elles dégagent une « inquiétante étrangeté ».
Un peu plus loin, je lis sur un cartel, Window
with Head : une fenêtre avec tête ? Je regarde en détail la tête,
mais ne reconnais aucun signe distinctif d’un visage humain, si ce n’est
peut-être une sorte d’ocelot qui me fait penser à un œil. Je sens toutefois
quelque chose d’organique, mais c’est passé par le cerveau de Lynch comme un
linge à la machine, alors ce quelque chose d’organique est malaxé comme de la
pâte à modeler, trituré, torturé pour résulter en une boule de chair sans vie,
à peine est-ce supportable à voir. Windows
with Plant me soulage, temporairement. Man
laughing me fait presque rire (à défaut de pleurer) : c’est une tête
d’homme qui ressemble à E.T l’extraterrestre. A côté un revolver :
violence. Je passe assez vite devant les œuvres et me retrouve dans une galerie
où sont présentées une série de têtes (Head)
sans traits humains, rien qu’une surface lisse cernée d’un trait pour délimiter
les contours du visage et du cou. L’une d’elles active les centres de la
douleur dans mon cerveau : à l’intérieur de l’aplat entouré d’un cerne est
insérée une photographie d’une denture avec appareil de bagues en acier. Si la
photographie était placée à l’endroit où se trouve d’habitude la bouche, les
choses auraient été dans l’ordre. Mais ici, la bouche est montrée à la
verticale. Elle se mue en une sorte de
cicatrice du visage non refermée, hypothétiquement soignée par des soutures au
fil de fer. J’ai atteint la limite du supportable et veux gagner la sortie. Mes
pas m’entraînent vers une autre salle où je passe très rapidement : une
araignée géante vue sur une œuvre me donne l’impression qu’elle est sur mon
épaule. A défaut de comprendre l’œuvre de David Lynch, je ne puis qu’exprimer
mes émotions subjectives devant tant de noirceur. Pour le coup, la fidélité à
ce qui le hante dans son œuvre cinématographique est parfaite. Son activité
plastique est dans la droite ligne : déformations, retouches, jeu sur les
échelles (les œuvres de Lynch sont aussi faites de ces intérêts là, ce qui
sauve un peu ma visite). Sombre, menaçant : tel est l’univers de
l’artiste. L’exposition s’intitule Small
stories, mais absolument rien de narratif n’a à voir avec ce que j’ai
regardé. Le texte d’entrée m’avait
prédit quelque chose de romancé. Mais ce fut tout le contraire. Elles ne
racontent pas grand-chose ces photos, elles nous font ressentir des choses et
des choses qui vous remuent le ventre ! Une phrase du plasticien lue dans
une monographie à la librairie-boutique exprime mieux ses intentions je trouve :
« I like going into strange worlds ». Comme pour Elephant Man, on ne revient pas de cette exposition !
vendredi 31 janvier 2014
jeudi 23 janvier 2014
Cette semaine je voudrais parler du
petit écran et plus particulièrement des émissions culturelles actuelles que j’apprécie.
Il y a tout d’abord les émissions littéraires. Dans le genre, les patrons de l’audiovisuel
ont réduit peu à peu le nombre de programmes de leurs grilles ces dernières
années. Exit [en italique pour le mot
latin et ceci aussi afin de le distinguer du nom de l'émission qui suit] Vol de nuit sur TF1, Des mots de minuit sur France 2, Le Bateau-livre sur France 5. Il nous
reste à nous mettre sous la dent Bibliothèque
Médicis sur Public Sénat, qui n’est pas trop mal mais l’ambiance est un peu
compassée, et une autre émission et non des moindres, je crois qu’elle est en train de véritablement s’imposer
: La grande librairie sur France 5, animée par François Busnel, un
héritier de Pivot en plus lisse et consensuel dans le style, époque des années
2000 oblige. Plus de volutes de fumée de pipe ou de cigarettes autour de la
table ! Plus d’esclandres ! J’aime cette émission car elle offre –
pour une fois ! – la possibilité aux invité(e)s de s’exprimer longuement, de
développer leur propos sans être trop interrompus par le présentateur ou un
quelconque chroniqueur parasite. Le choix est toujours intéressant :
des plumes bien établies et de jeunes auteurs. Et puis il y a
toujours une petite séquence consacrée à une librairie en France : un beau
pied-de-nez au discours rabat-joie (néanmoins réaliste j’en ai conscience)
sur la disparition des librairies en raison de la croissance économique de
sociétés de vente en ligne comme Amazon
ou la montée en puissance des ventes de tablettes numériques. Depuis 2008,
Busnel a vraiment fait évoluer son émission. Il ne propose plus seulement des
plateaux-télé. Parfois il rapporte des Carnets
de route, qui sont diffusés ponctuellement dans l’année. Ce sont des
émissions tournées à l’étranger. Il y rencontre des écrivains, à leur domicile
le plus souvent, ce qui satisfait au plus haut point ma curiosité.
Aujourd’hui (jeudi 23 janvier 2014), Busnel est à Londres. J’ai remarqué qu’il
est assez audacieux dans ses "carnets" et qu’il ne se demande pas si ses questions vont être bien ou mal reçues. Particulièrement, il n’oublie jamais de demander à ses interlocuteurs scribouillards un avis à propos de
deux sujets : d’une part l’évolution socio-économique de leur pays, d’autre
part la définition du rôle de l’écrivain dans le monde d’aujourd’hui. Questions
plutôt vastes à mon goût, tant les angles d’attaque
pour chaque réponse sont susceptibles d’être plus différents les uns que les
autres. Mais ces seigneurs que sont les écrivains répondent toujours avec
beaucoup d’acuité, ce qui me conforte dans l’idée qu’un écrivain a un recul sur
la réalité brute exceptionnel. Sans doute aussi peut-on émettre l’hypothèse
fort probable que le jeu de questions-réponses entre présentateur et auteurs
est balisé avant le tournage. Il y a une autre émission culturelle qui me plaît
beaucoup : Entrée libre sur France 5, une quotidienne en début de soirée
du lundi au vendredi, relatant des événements culturels de tous poils sous
forme de journal. J’avoue que je ne suis pas assidue, malgré l’intérêt du programme.
Cela ne tient pas au contenu d’Entrée
libre, mais d’une concurrence rude dans mon univers « personnel-télévisuel »
avec un journal sportif, Tout le sport,
sur France 3 à la même heure. Et bien souvent, le sport prend le pas sur la
culture. Tiens ! il est 21h45. La Grande Librairie est terminée et je
découvre en direct en vous écrivant qu’une nouvelle émission vient de débarquer
sur France 5 : Duels, animée par Annick Cojean, que j’admire pour le côté
enlevé de ses présentations. Moi qui regrettais Empreintes (portraits de personnalités programmés le jeudi soir
après La Grande librairie depuis quelques années) aussi emmenée par Annick
Cojean jusqu’en mai 2013, je retrouve enfin sa présentatrice. Ce soir, le premier numéro porte sur le duel Karpov-Kasparov,
les deux compétiteurs les plus éminents de jeu d'échecs. Cette émission, Duels, supplante Les grandes
questions, que j’ai pu savourer durant cet automne. Déplacée le samedi à
19h (France 5), elle est animée par Franz-Olivier Giesbert et pose à chaque fois une question débattue par des philosophes, des politiques, des écrivains, des artistes, un peu comme chez Frédéric Taddei dans Ce Soir ou jamais sans le décor "bobo" autour. La culture de Giesbert est très
impressionnante (comme celle de Taddei d'ailleurs) et je sens chez lui un amour authentique des idées. Ce qui est assez
génial est le ton accessible de son style parlé, et son culot ! Il relance ses hôtes avec une franchise détonnante :
c’est une bouffée d’oxygène dans les débats de la sorte qu’il anime et de plus, sa spontanéité se mêle à une sagacité foudroyante. Je pourrais ainsi continuer longtemps, à parler de
ce que je regarde sur mon petit écran. Que dire, sinon du bien, des émissions historiques
de Stéphane Bern, Secrets d’histoire,
qui m’apprennent tant de choses, ou de celles dûes à Patrick de Carolis qui a repris
la main sur Des Racines et des ailes,
allégeant sa nouvelle formule en oubliant les anciens plateaux-direct soporifiques au profit d’un différé seul en scène devant les lieux du patrimoine, dynamique dans ses déplacements, montrant des détails ici et là ?
La télévision, ce n’est pas comme le cochon : tout n’est pas bon. Mais, en fin gourmet, il faut savoir choisir ses morceaux !
La télévision, ce n’est pas comme le cochon : tout n’est pas bon. Mais, en fin gourmet, il faut savoir choisir ses morceaux !
vendredi 17 janvier 2014
Depuis le 16 janvier, Clovis
Cornillac joue au Petit Théâtre de Paris La
Contrebasse, une pièce adaptée du livre de Patrick Süskind. Je n’aime pas
Patrick Süskind. Je n’aime pas Clovis Cornillac. J’aime la musique cependant. Deux contre un. Drôle
d’envie d’aller voir cette pièce ? C’est en fait un passage de
Clovis Cornillac au journal télévisé qui m’a donné
envie d'aller le voir. Il est 20h15, c’est la fin de semaine (vendredi 17 janvier). Le métro
m’entraîne jusqu’à Trinité Saint-Etienne d’Orves. Je sors, il fait bon en
cette mi-janvier. Je retrouve mes amies et découvre le Petit Théâtre de Paris où je ne m’étais jamais
rendue. On monte les escaliers et on s'installe dans nos fauteuils. La salle est pleine. La pièce
commence en retard. De l’extinction des projecteurs jusqu’à leur rallumage, en
l’espace d’une heure et demie, mon attention n’a connu aucune relâche.
Je fus "scotchée" ! Le "pitch" est très simple : Clovis Cornillac joue le rôle
d’un homme à l'aube de ses quarante-et-un ans, fonctionnaire contrebassiste à l’Orchestre National, payé au mois pour une somme modique. Il
vit seul, dans un appartement bien insonorisé, et est amoureux de
Sarah, une soprano entiché d'un bureaucrate. Sur la base de cette histoire, un quasi-dialogue s'instaure avec le
public : quasi-dialogue bien sûr car le public ne peut répondre. L’acteur nous demande notre avis, nous raconte sa vie, en investissant la scène
avec force dynamisme. Nous, public, sommes complètement embarqués dans son
univers fait de disques, de cuisine, d'absorption massive de bières fraîches qu’il sort de son réfrigérateur... La
plupart du temps, c’est rires dans la salle ! Parfois, son grain de folie
fait irruption. D'autres fois, c'est son émotion qui affleure : "jamais, moi contrebassite dans
les derniers rangs de l’orchestre je n’arriverais à conquérir ma belle
Sarah" [propos déformés je précise! car ma mémoire me fait défaut]. Le jeu de l'acteur est fabuleux : Cornillac alterne les moments intenses, au rythme rapide, avec d'autres, plus calmes. Il peut bondir en écoutant de la musique! Il peut crier sur scène! Pour mon plus grand plaisir. Clovis Cornillac est grandiose dans ce spectacle. J'en suis ressortie avec 1/ un auteur à découvrir hormis son livre Le parfum (trait d'humour! = je me suis toujours acharnée à le lire sans jamais réussir à le finir tant il ne me passionne pas) 2/ il faut que je me procure le prélude de la Walkyrie qu'il a fait écouter sur son tourne-disque 3/enfin et surtout, un acteur à aller voir au cinéma en oubliant mes préjugés : j'ai découvert un Clovis Cornillac comme jamais je ne l'ai vu, dans une forme olympique, pas le loser habituel qu'il incarne souvent dans les films français. Pourquoi lui confie-t'on toujours ce genre de rôles ? Pourquoi accepte-t'il ? Vaste question. Il vaut mieux que cela, à mon humble avis. A très bientôt, courez au Petit Théâtre de Paris, vous passerez un de ces moments culturels que l'on n'oublie pas!
lundi 13 janvier 2014
Je suis en train de lire le dernier livre de Philippe
Delerm. J’ai découvert la plume de Philippe Delerm à l’âge de seize ans.
J’étais alors au lycée où nous avions mes camarades et moi une professeure de
lettres hors du commun. Elle m’avait prêté pour quelques jours La première gorgée de bière. Je lisais
pour la première fois du Delerm et fus dès les premières lignes entièrement
captivée, conquise, désarmée. J’ai adhéré immédiatement à sa prose, elle me
procurait un plaisir indescriptible. Des sentiments, des sensations, se
trouvaient transformés en mots avec un sens de l’observation inouï et un
talent pour les disséquer exceptionnel. Depuis, je peux me targuer d’avoir lu
tous les livres de Philippe Delerm jusqu’à aujourd’hui, hormis ses livres
destinés à un public jeunesse. Blague à part, Philippe Delerm est un de ces
écrivains (n’en déplaise à ceux qui le critiquent pour exploiter toujours le
même filon, celui de la description des plaisirs quotidiens) dont la
sensibilité me touche profondément. Il a écrit de nombreux recueils, qui nous
restituent la beauté des instants les plus fugitifs (La sieste assassinée,
Enregistrements pirates, Dickens barbe à papa, Ma grand mère avait les mêmes,
Le Trottoir au soleil), mais aussi des livres sur le bonheur tout court (Le
bonheur, tableaux et bavardages, A Garonne, Le buveur de temps), où il m’a
fait savourer sa propre vision de la chose. Des bouquins où se rencontrent la
fiction romanesque et son goût pour l’art, tels que Sundborn ou les jours de
lumière, ou le recueil Vilhem Hammershoi ou encore La bulle de
Tiepolo, m’ont également beaucoup plu. Mais plus que tout, c’est son goût
des mots chez Philippe Delerm qui est extraordinaire. « Le Goût des mots »
? C’est précisément le nom de la collection que l’écrivain dirige aux éditions
Points. Il y a fait une incursion cet automne 2013 en écrivant un recueil de
petits textes intitulé Les mots que
j’aime, ce livre que je lis. Une centaine de mots ont été choisis. Pour
chacun d’entre eux, quelques lignes sont écrites et toujours deux questions
auxquelles il répond : que lui évoque le mot, et d’autre part que lui évoque
aussi la sonorité du mot ? Au fil des pages, on voyage de la campagne à la
ville ("Graf[fiti]" versus "Auberge"), on passe de l’hiver à l’été ("Potée" versus
[sirop d’] "Orgeat"), du plus corseté au plus décontracté
("Pudibond" versus "Troudoucou"). Je ris, je
m’émeus, je me retrouve parfois dans les situations décrites, ou retrouve mes
congénères dans les comportements humains qu’il observe à la loupe. C’est la
vie qui est contenue entre ces lignes, celle d’aujourd’hui comme celle d’hier.
Voici un petit extrait de ce livre : "Poire. C'est un assoupissement, une
langueur, un abandon. Poire : on biberonne la consonne initiale, comme le
fumeur de pipe ranime son foyer à petits pops. Déjà on descend vers le moelleux
grave d'un intermède vocalique chaud et souple, vers un r en sommeil, un e de
confort sourd." Rien de plus succulent que quelques pages de Philippe
Delerm à la lumière des lampes basses un soir d'hiver.
vendredi 10 janvier 2014
Chers lecteurs, permettez-moi tout d’abord
de vous souhaiter une excellente année 2014 !
Le blog continue. Pour commencer cette nouvelle année en beauté, je suis allée voir le film événement en ce début janvier : Yves Saint-Laurent. Malgré la publicité faite sur les médias tous azimuts, je ne savais pas à quoi m’attendre. Un biopic ? Une restitution du travail du couturier ? En fait, il s’agit ni de l’un ni de l’autre. Si vous allez voir ce film, vous entrerez dans l’intimité d’un couple et d’une maison de couture. Ainsi définirais-je cette histoire. Le film commence par une mise en scène de la vie familiale d’Yves-Saint Laurent qui peut être comparée à une accroche dans l’exercice du récit, avant un bon en avant dans le temps : la vente des œuvres d’art de Pierre Bergé après la mort de son conjoint. A partir de là, Bergé nous raconte, par intermittence entre des scènes, en voix off, l’histoire de sa maison et de sa liaison avec son créateur. Le long-métrage nous invite dans les coulisses de la maison de couture : Saint-Laurent dessine, corrige ce qu’il veut modifier sur ses modèles, assiste aux défilés de ses demoiselles. Des premières robes aux couleurs printanières, au costume pour femme, en passant par les robes Mondrian, le couturier a révolutionné en quelques décennies la mode de son temps. A côté de lui, Pierre Bergé l’accompagne. Il forme avec Yves-Saint Laurent un couple dépareillé. L’un n’est que rationalisme, diplomatie, mondanités, dont il se sert dans la gestion de la Maison haute-couture, l’autre représente le versant noir de la création artistique : les paradis artificiels, la maniaco-dépression, la débauche sexuelle font partie de sa vie. J'ai découvert toute la complexité psychologique de ce personnage, que j'ignorais jusqu'alors : j'avoue là mon inculture dans le domaine de la mode. Le film nous invite aussi aux voyages du couple en Afrique du Nord, car chose méconnue, Yves Saint-Laurent est né en Algérie, à Oran. En plus d'être un récit entraînant, le film est servi par le jeu des acteurs au plus haut niveau : Pierre Niney est extraordinaire en Yves Saint-Laurent, Guillaume Gallienne en Pierre Bergé est magistral.
A très bientôt !
Le blog continue. Pour commencer cette nouvelle année en beauté, je suis allée voir le film événement en ce début janvier : Yves Saint-Laurent. Malgré la publicité faite sur les médias tous azimuts, je ne savais pas à quoi m’attendre. Un biopic ? Une restitution du travail du couturier ? En fait, il s’agit ni de l’un ni de l’autre. Si vous allez voir ce film, vous entrerez dans l’intimité d’un couple et d’une maison de couture. Ainsi définirais-je cette histoire. Le film commence par une mise en scène de la vie familiale d’Yves-Saint Laurent qui peut être comparée à une accroche dans l’exercice du récit, avant un bon en avant dans le temps : la vente des œuvres d’art de Pierre Bergé après la mort de son conjoint. A partir de là, Bergé nous raconte, par intermittence entre des scènes, en voix off, l’histoire de sa maison et de sa liaison avec son créateur. Le long-métrage nous invite dans les coulisses de la maison de couture : Saint-Laurent dessine, corrige ce qu’il veut modifier sur ses modèles, assiste aux défilés de ses demoiselles. Des premières robes aux couleurs printanières, au costume pour femme, en passant par les robes Mondrian, le couturier a révolutionné en quelques décennies la mode de son temps. A côté de lui, Pierre Bergé l’accompagne. Il forme avec Yves-Saint Laurent un couple dépareillé. L’un n’est que rationalisme, diplomatie, mondanités, dont il se sert dans la gestion de la Maison haute-couture, l’autre représente le versant noir de la création artistique : les paradis artificiels, la maniaco-dépression, la débauche sexuelle font partie de sa vie. J'ai découvert toute la complexité psychologique de ce personnage, que j'ignorais jusqu'alors : j'avoue là mon inculture dans le domaine de la mode. Le film nous invite aussi aux voyages du couple en Afrique du Nord, car chose méconnue, Yves Saint-Laurent est né en Algérie, à Oran. En plus d'être un récit entraînant, le film est servi par le jeu des acteurs au plus haut niveau : Pierre Niney est extraordinaire en Yves Saint-Laurent, Guillaume Gallienne en Pierre Bergé est magistral.
A très bientôt !
mercredi 11 décembre 2013
Bonjour à tous ! J’avais très envie
d’aller voir deux expositions qui sont dans des galeries très proches
géographiquement : celle d’Emmanuel Perrotin où sont exposés notamment ces
jours des travaux de Sophie Calle que j’adore pour son travail sur la
narration, et la galerie LJ où je voulais découvrir l’œuvre de Swoon. Chose
dite chose faite : ce soir à la nuit tombée je me suis rendue dans le
quartier du Cirque d’Hiver.
J’ai commencé mon tour par le numéro 10 de l’impasse Saint-Claude. L’exposition personnelle de Sophie Calle (« Dérobés ») réunit deux séries : « Tableaux dérobés » et « Que voyez-vous ? » ainsi que l’œuvre « Le Major Davel ». De l’évocation émouvante de sa mère, disparue, à des lettres de rupture amoureuse, Sophie Calle a toujours le chic pour tresser des histoires vraies ou supposées telles. Entre photographie arty et littérature nourrie d’autofiction, elle poursuit sa quête à la galerie Perrotin avec une troublante série de photographies et de textes évoquant, cette fois, des tableaux célèbres dérobés dans des musées et dont il ne reste que le cadre et une maigre photocopie de consolation. Rapportant les réponses humbles et touchantes posées à des quidam à la question « Que voyez-vous ? », Sophie Calle touche les yeux et le cœur de chacun : c’est parfait. Swoon, elle, investit la galerie LJ à quelques pas de l’impasse Saint Claude, au n°12 de la rue Commines. Si vous passez par là, rendez vous dans ce lieu singulier, méconnu, où les galeristes, accueillants, échangeront facilement quelques mots avec vous pour vous présenter les œuvres exposées et le parcours de l’artiste. Dans le cas qui nous occupe, Swoon, de son vrai nom Caledonia Curry, est une artiste américaine née à New London dans le Connecticut en 1978, mais qui a grandi à Daytona Beach en Floride. Elle a ensuite vécu dans la rue à New York où elle faisait du street art. Repérée dans les années 2000 (la date exacte m’échappe !) par des galeristes américains, elle commence à proposer ses œuvres sur le marché de l’art et sa belle histoire commence. Aujourd’hui, elle vit et travaille à Brooklyn. L’exposition à la galerie parisienne LJ se présente sous la forme d’une installation in situ. Les œuvres sont des portraits des gens qu’elle rencontre au cours de ses voyages. Ce ne sont ni des peintures ni des sculptures, mais des découpages en papier (du mylar, un papier indéchirable) qu’elle fait tenir debout par d’invisibles ficelles reliant certains points des œuvres au plafond. Ce qui m’a frappé est l’aspect très dessiné des personnages d’une part, et la féérie végétale et animale déployée autour de ces personnages d'autre part, plus grouillante et traduite par de petits traits nerveux : insectes, reptiles, plantes exotiques occupent l’espace et ce monde fantasmagorique s’étale à terre, s’avachit au sol, tel un ensemble de racines plongeant dans les profondeurs de l'humus. La maîtrise technique de l’artiste américaine m’a aussi envoûtée : elle découpe la silhouette de ses personnages, mais également des motifs intégrés dans l’œuvre (si on regarde le dos des œuvres on constate que plusieurs parties en papier se chevauchent) : à l’aide d’un cutter ou d’un laser pour les plus fins détails, Swoon creuse dans la matière comme une dentelière. Les murs sont aussi investis par l’artiste où grimpent des choses abstraites, toiles d’araignées ou masques tribaux ? Cette exposition m’a beaucoup plu. Le 11 janvier 2014, la galerie cèdera la place à un(e) autre artiste. Swoon, elle, présentera alors sa première exposition personnelle au Brooklyn Museum.
J’ai commencé mon tour par le numéro 10 de l’impasse Saint-Claude. L’exposition personnelle de Sophie Calle (« Dérobés ») réunit deux séries : « Tableaux dérobés » et « Que voyez-vous ? » ainsi que l’œuvre « Le Major Davel ». De l’évocation émouvante de sa mère, disparue, à des lettres de rupture amoureuse, Sophie Calle a toujours le chic pour tresser des histoires vraies ou supposées telles. Entre photographie arty et littérature nourrie d’autofiction, elle poursuit sa quête à la galerie Perrotin avec une troublante série de photographies et de textes évoquant, cette fois, des tableaux célèbres dérobés dans des musées et dont il ne reste que le cadre et une maigre photocopie de consolation. Rapportant les réponses humbles et touchantes posées à des quidam à la question « Que voyez-vous ? », Sophie Calle touche les yeux et le cœur de chacun : c’est parfait. Swoon, elle, investit la galerie LJ à quelques pas de l’impasse Saint Claude, au n°12 de la rue Commines. Si vous passez par là, rendez vous dans ce lieu singulier, méconnu, où les galeristes, accueillants, échangeront facilement quelques mots avec vous pour vous présenter les œuvres exposées et le parcours de l’artiste. Dans le cas qui nous occupe, Swoon, de son vrai nom Caledonia Curry, est une artiste américaine née à New London dans le Connecticut en 1978, mais qui a grandi à Daytona Beach en Floride. Elle a ensuite vécu dans la rue à New York où elle faisait du street art. Repérée dans les années 2000 (la date exacte m’échappe !) par des galeristes américains, elle commence à proposer ses œuvres sur le marché de l’art et sa belle histoire commence. Aujourd’hui, elle vit et travaille à Brooklyn. L’exposition à la galerie parisienne LJ se présente sous la forme d’une installation in situ. Les œuvres sont des portraits des gens qu’elle rencontre au cours de ses voyages. Ce ne sont ni des peintures ni des sculptures, mais des découpages en papier (du mylar, un papier indéchirable) qu’elle fait tenir debout par d’invisibles ficelles reliant certains points des œuvres au plafond. Ce qui m’a frappé est l’aspect très dessiné des personnages d’une part, et la féérie végétale et animale déployée autour de ces personnages d'autre part, plus grouillante et traduite par de petits traits nerveux : insectes, reptiles, plantes exotiques occupent l’espace et ce monde fantasmagorique s’étale à terre, s’avachit au sol, tel un ensemble de racines plongeant dans les profondeurs de l'humus. La maîtrise technique de l’artiste américaine m’a aussi envoûtée : elle découpe la silhouette de ses personnages, mais également des motifs intégrés dans l’œuvre (si on regarde le dos des œuvres on constate que plusieurs parties en papier se chevauchent) : à l’aide d’un cutter ou d’un laser pour les plus fins détails, Swoon creuse dans la matière comme une dentelière. Les murs sont aussi investis par l’artiste où grimpent des choses abstraites, toiles d’araignées ou masques tribaux ? Cette exposition m’a beaucoup plu. Le 11 janvier 2014, la galerie cèdera la place à un(e) autre artiste. Swoon, elle, présentera alors sa première exposition personnelle au Brooklyn Museum.
jeudi 5 décembre 2013
Jeudi 5 décembre 2013 : il est
23h30. J’apprends la mort de Nelson Mandela devant mon poste de télévision.
L’émotion est très forte. Pourtant, je le savais affaibli. Ses derniers
bulletins de santé n’étaient pas optimistes. Je me remémore sa dernière apparition
publique lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de football en
2010 en Afrique du Sud. Assis sur une voiturette, il adressa quelques signes de
la main à la foule. Apparition éclair, pour ne pas fatiguer l’ancien Président.
Pour moi, qui fais partie des jeunes générations nées dans les années 1980,
celui que l’on surnommait Madiba est bien sûr le symbole de la lutte
anti-apartheid, un problème auquel je m’étais intéressé tôt. Je me rappelle
plus particulièrement d’un film vu dans ma jeunesse, une adaptation
cinématographique d’Une saison blanche et sèche, le libre d’André Brink : un
film poignant qui montre le combat acharné d’un homme engagé dans la lutte
anti-apartheid, ce qui lui vaudra la perte de la vie. La lutte de Nelson
Mandela aura été celle de l’arrêt des violences entre communautés dans son
pays, au prix d’un emprisonnement durant vingt-sept ans dans les geôles de
Robben Island. Sorti de prison, en 1994 il est élu président de la République
sud-africaine, juste après avoir obtenu le prix Nobel de la paix avec De Klerk.
C’est une très grande figure qui oeuvrait pour la paix dans le monde qui
disparaît. Je l'érige au Panthéon des grands hommes qui se sont battus pour
l’humanité toute entière, tels que Martin Luther King aux Etats-Unis. Le combat
de ces grandes figures m’inspire : j’admire les gens qui ont des convictions à
contre-courant de la pensée unique et qui les défendent haut et fort au nom
d’idéaux qui servent l’intérêt général. Si la politique est le meilleur levier
à l'action, je crois par ailleurs qu'à une plus petite échelle, l’art (sous
toutes ses formes), parce qu’il est un langage universel qui peut parler à tout
le monde, à tous les peuples pour peu que ceux-ci aient accès à l’information,
transcende les cultures et comme le sport de haut niveau, peut être le messager
de la paix. Il peut être le vecteur de l'idée de l'égalité entre les individus
dans le monde, et renforcer la cohésion sociale. Le photographe Yann
Arthus-Bertrand a présenté il y a quelques années au Grand Palais une
exposition, Six milliards d’autres, présentant un nombre considérable de
courtes vidéos où l’on voyait des personnes narrer leur vie, leurs goûts, leurs
angoisses, et ce aux quatre coins du globe. Parce que les préoccupations de
chacun étaient finalement très similaires, le visiteur se rendait compte que
l’être humain où qu’il soit recherche les mêmes moteurs pour le faire avancer,
peut avoir les mêmes joies et peines. Une autre figure française interpelle mon
sens du militantisme pour les droits de l’Homme : Plantu. Ayant créé une
association Cartooning for Peace, (Dessiner pour la paix) il entend par ce
biais, en l’occurrence la collaboration avec des dessinateurs du monde entier
et de tous bords politiques, éclairer de différents regards les problématiques
du monde d’aujourd’hui, ses conflits, ses différences culturelles et politiques
qui sont évidemment un frein pour l’avancement des civilisations. Mon regard
sur son initiative est plein d'enthousiasme : dessiner, caricaturer avec un
humour décapant est un puissant moyen d’expression pour faire vivre l’idée du
vivre-ensemble et de la tolérance. La mort de Nelson Mandela est une perte
considérable. Son courage, sa détermination, tout ce qu’il a fait pour son
peuple est exceptionnel. Le jeudi 5 décembre 2013 est une date historique pour
l’humanité entière.
dimanche 10 novembre 2013
Depuis le 16 octobre 2013 est présentée
l’exposition 1925 Quand l’Art Déco séduit le monde à la Cité de l’architecture
et du patrimoine. Je me suis rendue place du Trocadéro aujourd’hui pour la
découvrir. Grande amatrice d’Art Nouveau, l’Art Déco m’avait également fascinée
il y a quelques années lorsque je découvrais ses formes sur les bancs des
amphithéâtres universitaires. J’ai le souvenir d’un art ciblé pour une
clientèle fortunée, des images des meubles en galluchat (peau de poisson) de
Jacques-Emile Ruhlmann, de l’évocation de l’atelier de Martine par Paul Poiret
… C’est avec ce lot d’images en mémoire que je suis partie ce matin.
Il ne m’a pas fallu attendre longtemps pour tomber sous le charme de la présentation faite à Chaillot : l’exposition s’ouvre sur un texte nous situant l’Art Déco et l’Art Nouveau, souvent confondus par les néophytes. Si l’Art Nouveau (1890-1914) naquit en réaction à l’éclectisme décadent du Second Empire, et se caractérisa par une certaine virtuosité et technicité, l’Art Déco quant à lui, lui succéda (1919-1940) et présenta des formes géométriques simples et épurées, plus adaptées aux nouvelles machines et à la vie moderne. Il devint le premier style industrialisé. Pour autant, cette standardisation naissante n’entama pas la qualité des objets d’art dont les formes et les matières d’un raffinement exceptionnel étaient l’œuvre de créateurs oeuvrant à plusieurs mains.
Il faudrait de nombreuses pages pour évoquer même partiellement la richesse de cette exposition sur un plan quantitatif non seulement, car de très nombreuses pièces d’une grande diversité sont montrées, mais aussi sur un plan qualitatif, tant le propos est riche, balayant de nombreux axes de réflexion. J’ai appris énormément de ma visite et j’aimerais partager avec vous le plaisir de l’enrichissement personnel qu’elle m’a procurée.
Quand on songe à « Art Déco », nous rappelle d’emblée la première salle, il faut saisir très vite qu’une notion de travail à plusieurs mains existe. A cette époque en effet, c’est l’ensemble des métiers d’art qui oeuvrent à la création, tels que les architectes, maîtres verriers, ferronniers, fresquistes, sculpteurs. Pour le théâtre des Champs-élysées par exemple, Auguste Perret l’architecte, Antoine Bourdelle le sculpteur, Maurice Denis le peintre travaillèrent de concert. Il faut comprendre que l’Art Déco est une entreprise collégiale, et d’ailleurs naît alors le terme "ensemblier" qui fait son entrée au dictionnaire. Contrairement à l’Art Nouveau par ailleurs, qu’on surnomma le style nouille ou coup de fouet, l’Art Déco emprunte ses motifs à l’Antiquité et aux siècles passés, que les artistes vont épurer jusqu’à les géométriser. Lignes droites, fleurs stylisées, cadres bien déterminés, contrastent avec l’esthétique des lignes courbes de l’Art Nouveau. A partir des années Vingt, la géométrie dominera même l’ensemble du vocabulaire décoratif. Cette influence est sensible non seulement dans les corps de métiers pré-cités mais aussi dans la mode : le tandem Jean Patou-Louis Süe l’illustre parfaitement. Ensemble, ils conçoivent des robes, puis des flacons de parfums, tels que Sagesse, ou Amour-Amour, tous les deux ornés par un bouchon en forme d’ananas stylisé ou encore Joy, aux formes plus géométriques. Ces créations destinées aux femmes nous rappellent que naît dans les années Vingt – correspondant à ce que l’on appelle les Années folles, la femme moderne, à l’instar de Tamara de Lempicka, une artiste atypique qui s’installa dans un atelier construit par Robert Mallet-Stevens 7 rue Méchain dans le 14e arrondissement de Paris qui et fit aménager l’intérieur par sa sœur, Adrienne Gorska. L’avènement de la femme moderne illustre bien l’évolution d’un monde qui change. Celui-ci communique et se transporte de plus en plus vite. L’effort déployé pendant la Seconde Guerre mondiale amène de nouvelles avancées technologiques dans l’aviation et l’automobile, et c’est ainsi que le mouvement et la vitesse vont inspirer les artistes et les architectes. Plus vite mais aussi plus loin avec l’Art Déco ! Influente Afrique est l’une des sections de l’exposition. Si certains s’arrêtèrent à une lecture première des danses de Joséphine Baker, il ne faut pas oublier qu’elle fit connaître sa culture, l’Histoire de l’Afrique en promouvant les expositions du Musée d’ethnographie du Trocadéro, et qu’Al Brown, le boxeur américain, par sa mission de recherche Dakar-Djibouti en 1931 sur les Dogons, joua un rôle dans la création du Musée de l’Homme en 1937. Revenons en France : le style Art Déco contamina tous les secteurs de la vie : il se déclina notamment dans les cinémas, qui devinrent les lieux de spectacle populaires par excellence. Si le Grand Rex et le Gaumont Palace boulevard de Clichy sont deux exemples connus de tous, chaque commune, nous raconte l’exposition, dispose bientôt dans les années de l’entre-deux-guerres d’une salle signalée par une façade Art Déco. L’art du jardin aussi est contaminé par la folie Art Déco, les boutiques également, les casinos, les hôtels, la Poste, les écoles !!! La liste est longue. Le clou du spectacle, si je puis m’exprimer ainsi, est au centre de l’aile du Palais de Chaillot : la section dédiée à l’Exposition internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes de 1925. On y voit des photographies de très nombreux pavillons qui furent provisoirement installés autour du Grand Palais et sur l’esplanade des Invalides : le pavillon de l’URSS, d’Autriche, de Belgique, ceux des Grands magasins, des grandes manufactures de l’Etat, celui de l’Ambassade française... La fin de l'exposition met l'accent sur le rayonnement international de l’Art Déco : Afrique du Nord, Pays de l’Est de l’Europe, Asie, Amérique du Nord, et du Sud furent conquis par cet art venu de la France. Vous l’aurez compris, j’ai été moi aussi conquise. Par cette exposition qui porte très bien son nom : 1925 Quand l’Art Déco séduit le monde. « Séduit » : vous le serez également par les différents moyens qui ont été déployés par les commissaires pour rendre le propos agréable : entre autres ne ratez pas les extraits d’archives vidéos ponctuant chaque salle (la femme qui fume pour illustrer le thème de son émancipation par exemple) et si vous venez en famille l'espace enfants, où les bambins peuvent dessiner à l’aide de sortes de pochoirs des motifs inspirés de l’Art Déco.
A très bientôt, chère lecteur/ lectrice. L’exposition se poursuit jusqu’au 17 février 2014, vous ne serez pas déçu.
Il ne m’a pas fallu attendre longtemps pour tomber sous le charme de la présentation faite à Chaillot : l’exposition s’ouvre sur un texte nous situant l’Art Déco et l’Art Nouveau, souvent confondus par les néophytes. Si l’Art Nouveau (1890-1914) naquit en réaction à l’éclectisme décadent du Second Empire, et se caractérisa par une certaine virtuosité et technicité, l’Art Déco quant à lui, lui succéda (1919-1940) et présenta des formes géométriques simples et épurées, plus adaptées aux nouvelles machines et à la vie moderne. Il devint le premier style industrialisé. Pour autant, cette standardisation naissante n’entama pas la qualité des objets d’art dont les formes et les matières d’un raffinement exceptionnel étaient l’œuvre de créateurs oeuvrant à plusieurs mains.
Il faudrait de nombreuses pages pour évoquer même partiellement la richesse de cette exposition sur un plan quantitatif non seulement, car de très nombreuses pièces d’une grande diversité sont montrées, mais aussi sur un plan qualitatif, tant le propos est riche, balayant de nombreux axes de réflexion. J’ai appris énormément de ma visite et j’aimerais partager avec vous le plaisir de l’enrichissement personnel qu’elle m’a procurée.
Quand on songe à « Art Déco », nous rappelle d’emblée la première salle, il faut saisir très vite qu’une notion de travail à plusieurs mains existe. A cette époque en effet, c’est l’ensemble des métiers d’art qui oeuvrent à la création, tels que les architectes, maîtres verriers, ferronniers, fresquistes, sculpteurs. Pour le théâtre des Champs-élysées par exemple, Auguste Perret l’architecte, Antoine Bourdelle le sculpteur, Maurice Denis le peintre travaillèrent de concert. Il faut comprendre que l’Art Déco est une entreprise collégiale, et d’ailleurs naît alors le terme "ensemblier" qui fait son entrée au dictionnaire. Contrairement à l’Art Nouveau par ailleurs, qu’on surnomma le style nouille ou coup de fouet, l’Art Déco emprunte ses motifs à l’Antiquité et aux siècles passés, que les artistes vont épurer jusqu’à les géométriser. Lignes droites, fleurs stylisées, cadres bien déterminés, contrastent avec l’esthétique des lignes courbes de l’Art Nouveau. A partir des années Vingt, la géométrie dominera même l’ensemble du vocabulaire décoratif. Cette influence est sensible non seulement dans les corps de métiers pré-cités mais aussi dans la mode : le tandem Jean Patou-Louis Süe l’illustre parfaitement. Ensemble, ils conçoivent des robes, puis des flacons de parfums, tels que Sagesse, ou Amour-Amour, tous les deux ornés par un bouchon en forme d’ananas stylisé ou encore Joy, aux formes plus géométriques. Ces créations destinées aux femmes nous rappellent que naît dans les années Vingt – correspondant à ce que l’on appelle les Années folles, la femme moderne, à l’instar de Tamara de Lempicka, une artiste atypique qui s’installa dans un atelier construit par Robert Mallet-Stevens 7 rue Méchain dans le 14e arrondissement de Paris qui et fit aménager l’intérieur par sa sœur, Adrienne Gorska. L’avènement de la femme moderne illustre bien l’évolution d’un monde qui change. Celui-ci communique et se transporte de plus en plus vite. L’effort déployé pendant la Seconde Guerre mondiale amène de nouvelles avancées technologiques dans l’aviation et l’automobile, et c’est ainsi que le mouvement et la vitesse vont inspirer les artistes et les architectes. Plus vite mais aussi plus loin avec l’Art Déco ! Influente Afrique est l’une des sections de l’exposition. Si certains s’arrêtèrent à une lecture première des danses de Joséphine Baker, il ne faut pas oublier qu’elle fit connaître sa culture, l’Histoire de l’Afrique en promouvant les expositions du Musée d’ethnographie du Trocadéro, et qu’Al Brown, le boxeur américain, par sa mission de recherche Dakar-Djibouti en 1931 sur les Dogons, joua un rôle dans la création du Musée de l’Homme en 1937. Revenons en France : le style Art Déco contamina tous les secteurs de la vie : il se déclina notamment dans les cinémas, qui devinrent les lieux de spectacle populaires par excellence. Si le Grand Rex et le Gaumont Palace boulevard de Clichy sont deux exemples connus de tous, chaque commune, nous raconte l’exposition, dispose bientôt dans les années de l’entre-deux-guerres d’une salle signalée par une façade Art Déco. L’art du jardin aussi est contaminé par la folie Art Déco, les boutiques également, les casinos, les hôtels, la Poste, les écoles !!! La liste est longue. Le clou du spectacle, si je puis m’exprimer ainsi, est au centre de l’aile du Palais de Chaillot : la section dédiée à l’Exposition internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes de 1925. On y voit des photographies de très nombreux pavillons qui furent provisoirement installés autour du Grand Palais et sur l’esplanade des Invalides : le pavillon de l’URSS, d’Autriche, de Belgique, ceux des Grands magasins, des grandes manufactures de l’Etat, celui de l’Ambassade française... La fin de l'exposition met l'accent sur le rayonnement international de l’Art Déco : Afrique du Nord, Pays de l’Est de l’Europe, Asie, Amérique du Nord, et du Sud furent conquis par cet art venu de la France. Vous l’aurez compris, j’ai été moi aussi conquise. Par cette exposition qui porte très bien son nom : 1925 Quand l’Art Déco séduit le monde. « Séduit » : vous le serez également par les différents moyens qui ont été déployés par les commissaires pour rendre le propos agréable : entre autres ne ratez pas les extraits d’archives vidéos ponctuant chaque salle (la femme qui fume pour illustrer le thème de son émancipation par exemple) et si vous venez en famille l'espace enfants, où les bambins peuvent dessiner à l’aide de sortes de pochoirs des motifs inspirés de l’Art Déco.
A très bientôt, chère lecteur/ lectrice. L’exposition se poursuit jusqu’au 17 février 2014, vous ne serez pas déçu.
vendredi 25 octobre 2013
Comme annoncé dans mon dernier post, plongeons-nous dans l'univers du scénariste-réalisateur Luc Besson. Il y a deux jours est sorti en salles son dernier film : Malavita.
Malavita, c'est l'histoire d'une famille américaine qui se réfugie dans un petit village de Normandie, Cholong-sur-Are, et qui est placée sous la protection du FBI. En effet, le père, Fred Blake alias Giovanni Manzoni, est un repenti de la mafia new-yorkaise qui veut échapper à des assassins partis à ses trousses. Il prétend auprès de son nouveau voisinage être venu dans ce coin perdu de la France pour écrire des livres - et il se prend au jeu car il entreprend ses mémoires! Sa femme et ses deux enfants tentent, comme lui et tant bien que mal, de s'intégrer à la rudesse de la région, à mille lieues de Brooklyn, leur dernier lieu de résidence. Mais très vite, les petites et bonnes vieilles habitudes vont reprendre le dessus ... Vous découvrirez lesquelles en vous rendant au cinoche!
On passe un très bon moment devant Malavita : c'est une comédie certes un peu outrancière qui pourra faire grincer des dents à certains, mais qui de mon côté m'a beaucoup fait rire! Giovanni Manzoni est interprété par le grand Robert de Niro qui nous la joue vieux briscard un brin compulsif - quand le plombier veut l'arnaquer, c'est direct attaché derrière la voiture et traîné sur le bitume que le pauvre homme finit! Les enfants, eux aussi ne font pas dans la dentelle avec les camarades de leur lycée : ils règlent leurs comptes avec leurs gros bras comme Papa et Maman! Tommy Lee Jones joue le protecteur de Manzoni : retrouver De Niro et Jones réunis est un pur régal. Michelle Pfeiffer en nouvelle arrivante américaine, lunettes griffées sur le nez, au pays du camembert : c'est plutôt décalé et savoureux à voir!
.
Malheureusement, on en reste au stade du "bon moment" là où j'avais attendu quelque chose de plus substantiel sur le plan de l'intrigue, et de plus grandiose sur un plan cinématographique. Luc Besson, pour moi, c'est Le Grand Bleu, Léon, Jeanne d'Arc, Nikita, Le Cinquième élément. Le réalisateur n'aurait-il pas perdu un peu de son âme en troquant plus fréquemmement ses dernières années son costume contre un autre, celui de producteur (depuis 1999, il a sa propre société de production, Europacorp) ou de philanthropiste (il a créé la Cité du Cinéma, un pôle cinématographique surnommée Hollywood sur Seine qui a ouvert en 2012). C'est la question que je me suis posée à la sortie du film.
La seule chose qu'aucun(e) ne pourra lui reprocher est de ne pas s'essayer à plusieurs genres et pour cela on ne peut que s'incliner. Malavita, c'est un hommage à Scorcese bien sûr, et ses Affranchis. On retrouve d'ailleurs Manzoni en train de commenter ce film dans Malavita : une sorte de déclaration d'amour sous forme de mise en abîme subtile! Luc Besson est un de ces réalisateurs qui en amateur insatiable du cinéma, s'essaie à tout et l'on attend avec impatience son prochain opus, un film de science-fiction avec Scarlett Johansson dans le rôle principal!
A très bientôt, chers lecteurs et lectrices ...
Malavita, c'est l'histoire d'une famille américaine qui se réfugie dans un petit village de Normandie, Cholong-sur-Are, et qui est placée sous la protection du FBI. En effet, le père, Fred Blake alias Giovanni Manzoni, est un repenti de la mafia new-yorkaise qui veut échapper à des assassins partis à ses trousses. Il prétend auprès de son nouveau voisinage être venu dans ce coin perdu de la France pour écrire des livres - et il se prend au jeu car il entreprend ses mémoires! Sa femme et ses deux enfants tentent, comme lui et tant bien que mal, de s'intégrer à la rudesse de la région, à mille lieues de Brooklyn, leur dernier lieu de résidence. Mais très vite, les petites et bonnes vieilles habitudes vont reprendre le dessus ... Vous découvrirez lesquelles en vous rendant au cinoche!
On passe un très bon moment devant Malavita : c'est une comédie certes un peu outrancière qui pourra faire grincer des dents à certains, mais qui de mon côté m'a beaucoup fait rire! Giovanni Manzoni est interprété par le grand Robert de Niro qui nous la joue vieux briscard un brin compulsif - quand le plombier veut l'arnaquer, c'est direct attaché derrière la voiture et traîné sur le bitume que le pauvre homme finit! Les enfants, eux aussi ne font pas dans la dentelle avec les camarades de leur lycée : ils règlent leurs comptes avec leurs gros bras comme Papa et Maman! Tommy Lee Jones joue le protecteur de Manzoni : retrouver De Niro et Jones réunis est un pur régal. Michelle Pfeiffer en nouvelle arrivante américaine, lunettes griffées sur le nez, au pays du camembert : c'est plutôt décalé et savoureux à voir!
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Malheureusement, on en reste au stade du "bon moment" là où j'avais attendu quelque chose de plus substantiel sur le plan de l'intrigue, et de plus grandiose sur un plan cinématographique. Luc Besson, pour moi, c'est Le Grand Bleu, Léon, Jeanne d'Arc, Nikita, Le Cinquième élément. Le réalisateur n'aurait-il pas perdu un peu de son âme en troquant plus fréquemmement ses dernières années son costume contre un autre, celui de producteur (depuis 1999, il a sa propre société de production, Europacorp) ou de philanthropiste (il a créé la Cité du Cinéma, un pôle cinématographique surnommée Hollywood sur Seine qui a ouvert en 2012). C'est la question que je me suis posée à la sortie du film.
La seule chose qu'aucun(e) ne pourra lui reprocher est de ne pas s'essayer à plusieurs genres et pour cela on ne peut que s'incliner. Malavita, c'est un hommage à Scorcese bien sûr, et ses Affranchis. On retrouve d'ailleurs Manzoni en train de commenter ce film dans Malavita : une sorte de déclaration d'amour sous forme de mise en abîme subtile! Luc Besson est un de ces réalisateurs qui en amateur insatiable du cinéma, s'essaie à tout et l'on attend avec impatience son prochain opus, un film de science-fiction avec Scarlett Johansson dans le rôle principal!
A très bientôt, chers lecteurs et lectrices ...
samedi 19 octobre 2013
Bonjour!
Errare humanum est : comme vous l'aurez constaté, j'ai fait quelques confusions qui méritent d'être éclaircies dans mon post du 18 octobre 2013 : l'artiste autour duquel s'articulait toute l'émission Taratata du jour-même était Patrice, vous l'aurez remarqué, et Ayo l'invitée en duo. Le groupe invité en extension n'était pas les Babyshambles (oulala il faut que je dorme!!!) mais Cats on trees! que j'avais d'ailleurs déjà écouté à la radio sans jamais vraiment mettre un nom dessus. Avis aux amateurs de musique planante et de grands espaces à imaginer quand on écoute : Cats on trees est fait pour vous! Je suis déjà fan de chez fan.
Mon prochain billet sera consacré à un tout autre univers, mais ô combien passionnant : celui de l'un de mes réalisateurs fétiches, Luc Besson. Sortie mercredi 23 octobre de son nouveau film, Malavita.
Errare humanum est : comme vous l'aurez constaté, j'ai fait quelques confusions qui méritent d'être éclaircies dans mon post du 18 octobre 2013 : l'artiste autour duquel s'articulait toute l'émission Taratata du jour-même était Patrice, vous l'aurez remarqué, et Ayo l'invitée en duo. Le groupe invité en extension n'était pas les Babyshambles (oulala il faut que je dorme!!!) mais Cats on trees! que j'avais d'ailleurs déjà écouté à la radio sans jamais vraiment mettre un nom dessus. Avis aux amateurs de musique planante et de grands espaces à imaginer quand on écoute : Cats on trees est fait pour vous! Je suis déjà fan de chez fan.
Mon prochain billet sera consacré à un tout autre univers, mais ô combien passionnant : celui de l'un de mes réalisateurs fétiches, Luc Besson. Sortie mercredi 23 octobre de son nouveau film, Malavita.
vendredi 18 octobre 2013
Restons dans l'univers de la musique : nous sommes le vendredi 18 octobre 2013 et c'est aujourd'hui que l'émission Taratata version 2.0 a débarqué sur internet. Après mon post du 5 juin dernier qui réclamait le retour de l'émission sur le petit écran, de l'eau a coulé sous les ponts. En effet, une belle histoire est née : lorsque Nagui parle sur les ondes et autres médias pour faire survivre son programme, le patron de Ventesprivees.com, Jacques-Antoine Grandjeon l'écoute et il est séduit. Il contacte Nagui. Les deux hommes se rencontrent et décident ensemble de relancer l'émission. Ventesprivees.com, c'est pas moins de deux millions de visiteurs par jour, autant dire un média avec un vrai bassin d'internautes. Du partenariat entre Nagui et Grandjeon germe l'idée d'offrir un access premium gratuit sur mytaratata.com et une rediffusion à la télévision, sur des chaînes telles que TV5 monde ou RTL2 TV. Pour étoffer la palette des possibles, atteindre un nouveau public, une diffusion sur les lignes long courrier d'Air France et les trains iD TGV vient s'adosser au projet.
Un beau projet certes, mais pour quel résultat ? Mon verdict, après visionnage de la toute première émission version web est assez nuancé : la structure de l'émission a beaucoup changé. D'un format long et si je ne m'abuse bi-mensuel, on passe à un programme de trente minutes hebdomadaire. En l'espace d'une demie-heure, il est difficile de nous présenter autant d'artistes qu'auparavant. De cinq artistes ou groupes, l'étau se reserre autour d'une seule figure / groupe. Un artiste interprète deux titres de son nouvel album, un ancien titre plus connu et enchaîne sur un duo avec un autre chanteur (aujourd'hui, c'était Ayo, la figure de proue, Patrice pour le duo). A cet artiste autour duquel tourne l'émission, s'ajoute la présentation d'un autre compositeur plus méconnu, en développement (les Babyshambles par ex le 18 octobre). Je regrette par ailleurs les entretiens de Nagui : bien sûr, l'âme de Taratata est toujours là, c'est-à-dire le live avant tout! Mais découvrir un artiste, ce n'est pas seulement écouter pour la première fois une voix, des arrangements, un style : n'est-ce pas aussi apprendre des choses intéresantes sur son parcours ? D'où vient-il ? Quelles sont ses sources d'inspiration ? Avec quels producteurs travaille-t'il ? Le jeu de questions-réponses permettait de comprendre que la qualité de la musique n'est pas dûe qu'au seul talent : une bonne communication, des rencontres décisives, une ascendance favorable pèsent lourdement sur l'ascension d'un auteur-compositeur-interprète. Si je n'ai pas besoin d'un entretien pour savoir cela, en revanche, à chaque artiste son itinéraire singulier : et c'est là que résidait tout l'intérêt d'un tête-à-tête.
Certes, je suis un peu déçue de la nouvelle formule. Il n'en demeure pas moins qu'une diffusion sur le net comporte des avantages que la télé n'offrait pas. Le web, c'est où je veux, quand je veux! Plus de bâillements devant l'une des mes émissions favorites! Le format peut aussi s'adapter à un visionnage sur ma tablette ou mon smartphone. Je peux également (grâce à un partenariat entre la production de l'émission et Youtube) visionner mon émission de manière saucissonnée si je n'ai pas le temps. Grâce à My Major Company, je peux aussi financer avec une somme plancher de un euro aisément accessible le projet. Et le truc le plus sensationnel est l'oeuvre d'une start-up (Current) : il m'est possible de regarder le montage prévu pour les internautes passifs sur mon écran, mais aussi si je le souhaite, de petites vignettes sont là, me montrant d'autres plans. En cliquant sur elles, je m'improvise réalisatrice de l'émission.
Bilan ? Une nouvelle version low-cost de l'ancienne formule, mais qui a le mérite de toujours être là grâce à des entrepreneurs qui prennent des risques, un présentateur qui a la pêche et des auditeurs peu nombreux oui, mais raides-dingues d'un programme culte : 157000 personnes avaient signé la pétition "Contre l'arrêt de Taratata" à la fin de sa dernière saison et les 5640 places du concert des vingt ans de Taratata (11 octobre 2013) se sont arrachées en quelques instants. L'avenir seul nous dira si le nouveau format rencontrera son public.
Un beau projet certes, mais pour quel résultat ? Mon verdict, après visionnage de la toute première émission version web est assez nuancé : la structure de l'émission a beaucoup changé. D'un format long et si je ne m'abuse bi-mensuel, on passe à un programme de trente minutes hebdomadaire. En l'espace d'une demie-heure, il est difficile de nous présenter autant d'artistes qu'auparavant. De cinq artistes ou groupes, l'étau se reserre autour d'une seule figure / groupe. Un artiste interprète deux titres de son nouvel album, un ancien titre plus connu et enchaîne sur un duo avec un autre chanteur (aujourd'hui, c'était Ayo, la figure de proue, Patrice pour le duo). A cet artiste autour duquel tourne l'émission, s'ajoute la présentation d'un autre compositeur plus méconnu, en développement (les Babyshambles par ex le 18 octobre). Je regrette par ailleurs les entretiens de Nagui : bien sûr, l'âme de Taratata est toujours là, c'est-à-dire le live avant tout! Mais découvrir un artiste, ce n'est pas seulement écouter pour la première fois une voix, des arrangements, un style : n'est-ce pas aussi apprendre des choses intéresantes sur son parcours ? D'où vient-il ? Quelles sont ses sources d'inspiration ? Avec quels producteurs travaille-t'il ? Le jeu de questions-réponses permettait de comprendre que la qualité de la musique n'est pas dûe qu'au seul talent : une bonne communication, des rencontres décisives, une ascendance favorable pèsent lourdement sur l'ascension d'un auteur-compositeur-interprète. Si je n'ai pas besoin d'un entretien pour savoir cela, en revanche, à chaque artiste son itinéraire singulier : et c'est là que résidait tout l'intérêt d'un tête-à-tête.
Certes, je suis un peu déçue de la nouvelle formule. Il n'en demeure pas moins qu'une diffusion sur le net comporte des avantages que la télé n'offrait pas. Le web, c'est où je veux, quand je veux! Plus de bâillements devant l'une des mes émissions favorites! Le format peut aussi s'adapter à un visionnage sur ma tablette ou mon smartphone. Je peux également (grâce à un partenariat entre la production de l'émission et Youtube) visionner mon émission de manière saucissonnée si je n'ai pas le temps. Grâce à My Major Company, je peux aussi financer avec une somme plancher de un euro aisément accessible le projet. Et le truc le plus sensationnel est l'oeuvre d'une start-up (Current) : il m'est possible de regarder le montage prévu pour les internautes passifs sur mon écran, mais aussi si je le souhaite, de petites vignettes sont là, me montrant d'autres plans. En cliquant sur elles, je m'improvise réalisatrice de l'émission.
Bilan ? Une nouvelle version low-cost de l'ancienne formule, mais qui a le mérite de toujours être là grâce à des entrepreneurs qui prennent des risques, un présentateur qui a la pêche et des auditeurs peu nombreux oui, mais raides-dingues d'un programme culte : 157000 personnes avaient signé la pétition "Contre l'arrêt de Taratata" à la fin de sa dernière saison et les 5640 places du concert des vingt ans de Taratata (11 octobre 2013) se sont arrachées en quelques instants. L'avenir seul nous dira si le nouveau format rencontrera son public.
vendredi 4 octobre 2013
Aujourd'hui sur mon blog : place à la musique! J'ai écouté la semaine dernière le deuxième album de Birdy. Birdy ? Oui, c'est le nom de scène de Jasmine Van der Bogaerde.
L'histoire de cette artiste britannique commence dans le comté du Hampshire, dans le Sud de l'Angleterre, où elle naît le 15 mai 1996. A l'âge de sept ans, sa mère, concertiste, lui apprend le piano. C'est durant son enfance que le surnom Birdy lui est donné par ses parents car à l'heure du goûter, la petite fille ouvrait la bouche comme un oiseau ("birdy" en anglais). Précoce, la jeune adolescente qu'elle devient remporte le concours de musique Open Mic UK en 2008. Un an plus tard, elle signe avec la Warner Bros puis enchaîne dans la foulée l'enregistrement de Skinny Love, une reprise de Bon Iver, qui va la hisser au sommet des charts. Son album éponyme sort la même année (2011), proposant d'autres reprises ainsi qu'une chanson écrite par elle-même - Without a word.
Deux ans s'écoulent, durant lesquelles la jeune fille mûrit. Elle apprend la guitare, et s'entoure pour son deuxième album de Jim Abbiss, le producteur de la chanteuse Adèle, des ArticMonkeys et de Ryan Tedder, membre du groupe One Republic. Son album, disponible en France depuis le 23 septembre 2013, est entièrement composé par ses soins. On y retrouve sa "patte" qui nous a tant séduite pour son premier disque : une voix puissante et touchante avec une dose de mélancolie. En revanche, exit le tout piano-voix! Outre la place accordée à la guitare qu'elle maîtrise aujourd'hui avec autant de maestria que le piano, les percussions occupent également une place de choix, notamment sur le titre Light me up, le meilleur de tout l'album à mon goût. Sur un plan parolier, la chanteuse nous livre ses doutes, ses joies... des états d'âme qu'elle sublime par une voix plus rauque et plus chaude que dans le premier album.
Plus pop, plus personnel, Birdy revient avec un deuxième album qui est en fait son premier "bébé" en quelque sorte, puisqu'elle y présente ses compositions originales. Mais comme le talent n'attend pas le nombre des années, chers lecteurs : à vos platines!!!
L'histoire de cette artiste britannique commence dans le comté du Hampshire, dans le Sud de l'Angleterre, où elle naît le 15 mai 1996. A l'âge de sept ans, sa mère, concertiste, lui apprend le piano. C'est durant son enfance que le surnom Birdy lui est donné par ses parents car à l'heure du goûter, la petite fille ouvrait la bouche comme un oiseau ("birdy" en anglais). Précoce, la jeune adolescente qu'elle devient remporte le concours de musique Open Mic UK en 2008. Un an plus tard, elle signe avec la Warner Bros puis enchaîne dans la foulée l'enregistrement de Skinny Love, une reprise de Bon Iver, qui va la hisser au sommet des charts. Son album éponyme sort la même année (2011), proposant d'autres reprises ainsi qu'une chanson écrite par elle-même - Without a word.
Deux ans s'écoulent, durant lesquelles la jeune fille mûrit. Elle apprend la guitare, et s'entoure pour son deuxième album de Jim Abbiss, le producteur de la chanteuse Adèle, des ArticMonkeys et de Ryan Tedder, membre du groupe One Republic. Son album, disponible en France depuis le 23 septembre 2013, est entièrement composé par ses soins. On y retrouve sa "patte" qui nous a tant séduite pour son premier disque : une voix puissante et touchante avec une dose de mélancolie. En revanche, exit le tout piano-voix! Outre la place accordée à la guitare qu'elle maîtrise aujourd'hui avec autant de maestria que le piano, les percussions occupent également une place de choix, notamment sur le titre Light me up, le meilleur de tout l'album à mon goût. Sur un plan parolier, la chanteuse nous livre ses doutes, ses joies... des états d'âme qu'elle sublime par une voix plus rauque et plus chaude que dans le premier album.
Plus pop, plus personnel, Birdy revient avec un deuxième album qui est en fait son premier "bébé" en quelque sorte, puisqu'elle y présente ses compositions originales. Mais comme le talent n'attend pas le nombre des années, chers lecteurs : à vos platines!!!
vendredi 27 septembre 2013
A un mois tout pile avant sa fermeture,
j’ai visité l’exposition Ron Mueck à
la Fondation Cartier pour l’art contemporain. Première rencontre, premier
contact avec l’œuvre du sculpteur australien, première observation émue de ses
sculptures géantes.
Et que dire des poils pubiens de la star de l’exposition. Vous savez ? Mais si ! La figure féminine nue soulevant un fagot : celle de l’affiche de communication placardée dans les rues de Paris, visible sur les autobus ou les couloirs de métro ? Beaucoup plus petite que ce que je pouvais imaginer, cette sculpture intitulée Woman with sticks est émouvante. J’ai éprouvé beaucoup de tendresse à la regarder : fermement campée sur ses deux tout petits pieds, elle parvient à tenir des branches dans ses bras. Sa posture – dos courbé sous l’effort – contraste avec le caractère hiératique de l’œuvre précédente. Là encore, Ron Mueck n’épargne rien aux personnages qu’il nous donne à voir : cellulite, cheveux blancs épars près des oreilles, rides d’expression marquées.
Woman with shopping a moins interpellé mon sens de l’observation. Une mère vêtue d’un manteau hivernal porte son bébé contre sa poitrine, tandis que deux sacs en plastique remplis de courses équilibrent sa position. A l’intérieur des sacs : des conserves de sauce tomate Heinz, des paquets de céréales Weetabix, de la lotion antiseptique, des oranges … Ici le rapprochement avec l’œuvre du sculpteur américain Duane Hanson est tentant. On songe notamment à sa Femme au caddie (Supermarket lady, 1969, Aix-la-Chapelle, musée d’art contemporain Ludwig). Mais c’est moins la société de consommation qui est désignée ici que la vision d'une banale scène de rue.
Ron Mueck donne vie à ses modèles de manière irrésistiblement crédible. Si ses sources visuelles puisent à la fois au naturalisme académique, au pop art et à l’hyperréalisme, il singularise sa production en jouant sur des changements d’échelle surprenants et surtout, en rendant ses œuvres réalistes à l’excès. Pour arriver à un tel résultat, la clef de voûte du travail de l’artiste est la patience.
Un film de Gautier Deblonde (Still life : Ron Mueck at work), photographe français, nous montre Ron Mueck dans l’intimité de son atelier londonien. Il apporte une contribution essentielle aux œuvres exposées et clôt le parcours du spectateur. C’est en effet grâce à ce film que l’on prend la mesure de la tâche à accomplir pour réaliser un dessein tel que Couple under an umbrella. De petits modèles à échelle réduite aident l’artiste à imaginer à grande échelle le projet. Il regarde sa main pour façonner celle de sa sculpture, en l’occurrence ici le personnage masculin. La structure interne des personnages nous est révélée, ainsi que d’autres détails aussi troublants que la préparation des yeux. Il faut aussi couper les poils à la bonne longueur !
J’ai été fascinée par l’obsession du vrai qui sous-tend le travail de Ron Mueck. L’occasion de voir ses œuvres est très rare, le temps étant un élément privilégié du sculpteur. Son exposition à la Fondation Cartier est exceptionnelle. Il faut absolument, chers lecteurs, saisir l’occasion jusqu’au 27 octobre 2013 : le clap de fin après une prolongation d’un mois.
Le parcours de l’exposition commence par
un choc esthétique : Couple under an
umbrella. Un couple de personnes âgées trône au milieu d’une grande pièce,
visible depuis le boulevard Raspail. On les imagine à la plage en raison du
parasol qui les protège d’un hypothétique soleil. Ce qui frappe d’entrée de jeu
est la taille monumentale des personnages. Au choix de l’échelle s’ajoute le trouble dû au rendu réaliste de ces deux
corps humains. Chair dorsale qui s’affaisse sous le poids de l’âge, cors aux
pieds, ongles longs, cheveux gris, poils, veines : Ron Mueck a réussi le
tour de force de nous faire croire à la vie à travers la reconstitution de ces
chairs vieillissantes.
Et que dire des poils pubiens de la star de l’exposition. Vous savez ? Mais si ! La figure féminine nue soulevant un fagot : celle de l’affiche de communication placardée dans les rues de Paris, visible sur les autobus ou les couloirs de métro ? Beaucoup plus petite que ce que je pouvais imaginer, cette sculpture intitulée Woman with sticks est émouvante. J’ai éprouvé beaucoup de tendresse à la regarder : fermement campée sur ses deux tout petits pieds, elle parvient à tenir des branches dans ses bras. Sa posture – dos courbé sous l’effort – contraste avec le caractère hiératique de l’œuvre précédente. Là encore, Ron Mueck n’épargne rien aux personnages qu’il nous donne à voir : cellulite, cheveux blancs épars près des oreilles, rides d’expression marquées.
Woman with shopping a moins interpellé mon sens de l’observation. Une mère vêtue d’un manteau hivernal porte son bébé contre sa poitrine, tandis que deux sacs en plastique remplis de courses équilibrent sa position. A l’intérieur des sacs : des conserves de sauce tomate Heinz, des paquets de céréales Weetabix, de la lotion antiseptique, des oranges … Ici le rapprochement avec l’œuvre du sculpteur américain Duane Hanson est tentant. On songe notamment à sa Femme au caddie (Supermarket lady, 1969, Aix-la-Chapelle, musée d’art contemporain Ludwig). Mais c’est moins la société de consommation qui est désignée ici que la vision d'une banale scène de rue.
Ron Mueck donne vie à ses modèles de manière irrésistiblement crédible. Si ses sources visuelles puisent à la fois au naturalisme académique, au pop art et à l’hyperréalisme, il singularise sa production en jouant sur des changements d’échelle surprenants et surtout, en rendant ses œuvres réalistes à l’excès. Pour arriver à un tel résultat, la clef de voûte du travail de l’artiste est la patience.
Un film de Gautier Deblonde (Still life : Ron Mueck at work), photographe français, nous montre Ron Mueck dans l’intimité de son atelier londonien. Il apporte une contribution essentielle aux œuvres exposées et clôt le parcours du spectateur. C’est en effet grâce à ce film que l’on prend la mesure de la tâche à accomplir pour réaliser un dessein tel que Couple under an umbrella. De petits modèles à échelle réduite aident l’artiste à imaginer à grande échelle le projet. Il regarde sa main pour façonner celle de sa sculpture, en l’occurrence ici le personnage masculin. La structure interne des personnages nous est révélée, ainsi que d’autres détails aussi troublants que la préparation des yeux. Il faut aussi couper les poils à la bonne longueur !
J’ai été fascinée par l’obsession du vrai qui sous-tend le travail de Ron Mueck. L’occasion de voir ses œuvres est très rare, le temps étant un élément privilégié du sculpteur. Son exposition à la Fondation Cartier est exceptionnelle. Il faut absolument, chers lecteurs, saisir l’occasion jusqu’au 27 octobre 2013 : le clap de fin après une prolongation d’un mois.
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