jeudi 5 décembre 2013
Jeudi 5 décembre 2013 : il est
23h30. J’apprends la mort de Nelson Mandela devant mon poste de télévision.
L’émotion est très forte. Pourtant, je le savais affaibli. Ses derniers
bulletins de santé n’étaient pas optimistes. Je me remémore sa dernière apparition
publique lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de football en
2010 en Afrique du Sud. Assis sur une voiturette, il adressa quelques signes de
la main à la foule. Apparition éclair, pour ne pas fatiguer l’ancien Président.
Pour moi, qui fais partie des jeunes générations nées dans les années 1980,
celui que l’on surnommait Madiba est bien sûr le symbole de la lutte
anti-apartheid, un problème auquel je m’étais intéressé tôt. Je me rappelle
plus particulièrement d’un film vu dans ma jeunesse, une adaptation
cinématographique d’Une saison blanche et sèche, le libre d’André Brink : un
film poignant qui montre le combat acharné d’un homme engagé dans la lutte
anti-apartheid, ce qui lui vaudra la perte de la vie. La lutte de Nelson
Mandela aura été celle de l’arrêt des violences entre communautés dans son
pays, au prix d’un emprisonnement durant vingt-sept ans dans les geôles de
Robben Island. Sorti de prison, en 1994 il est élu président de la République
sud-africaine, juste après avoir obtenu le prix Nobel de la paix avec De Klerk.
C’est une très grande figure qui oeuvrait pour la paix dans le monde qui
disparaît. Je l'érige au Panthéon des grands hommes qui se sont battus pour
l’humanité toute entière, tels que Martin Luther King aux Etats-Unis. Le combat
de ces grandes figures m’inspire : j’admire les gens qui ont des convictions à
contre-courant de la pensée unique et qui les défendent haut et fort au nom
d’idéaux qui servent l’intérêt général. Si la politique est le meilleur levier
à l'action, je crois par ailleurs qu'à une plus petite échelle, l’art (sous
toutes ses formes), parce qu’il est un langage universel qui peut parler à tout
le monde, à tous les peuples pour peu que ceux-ci aient accès à l’information,
transcende les cultures et comme le sport de haut niveau, peut être le messager
de la paix. Il peut être le vecteur de l'idée de l'égalité entre les individus
dans le monde, et renforcer la cohésion sociale. Le photographe Yann
Arthus-Bertrand a présenté il y a quelques années au Grand Palais une
exposition, Six milliards d’autres, présentant un nombre considérable de
courtes vidéos où l’on voyait des personnes narrer leur vie, leurs goûts, leurs
angoisses, et ce aux quatre coins du globe. Parce que les préoccupations de
chacun étaient finalement très similaires, le visiteur se rendait compte que
l’être humain où qu’il soit recherche les mêmes moteurs pour le faire avancer,
peut avoir les mêmes joies et peines. Une autre figure française interpelle mon
sens du militantisme pour les droits de l’Homme : Plantu. Ayant créé une
association Cartooning for Peace, (Dessiner pour la paix) il entend par ce
biais, en l’occurrence la collaboration avec des dessinateurs du monde entier
et de tous bords politiques, éclairer de différents regards les problématiques
du monde d’aujourd’hui, ses conflits, ses différences culturelles et politiques
qui sont évidemment un frein pour l’avancement des civilisations. Mon regard
sur son initiative est plein d'enthousiasme : dessiner, caricaturer avec un
humour décapant est un puissant moyen d’expression pour faire vivre l’idée du
vivre-ensemble et de la tolérance. La mort de Nelson Mandela est une perte
considérable. Son courage, sa détermination, tout ce qu’il a fait pour son
peuple est exceptionnel. Le jeudi 5 décembre 2013 est une date historique pour
l’humanité entière.
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