jeudi 23 janvier 2014

Cette semaine je voudrais parler du petit écran et plus particulièrement des émissions culturelles actuelles que j’apprécie. Il y a tout d’abord les émissions littéraires. Dans le genre, les patrons de l’audiovisuel ont réduit peu à peu le nombre de programmes de leurs grilles ces dernières années. Exit [en italique pour le mot latin et ceci aussi afin de le distinguer du nom de l'émission qui suit] Vol de nuit sur TF1, Des mots de minuit sur France 2, Le Bateau-livre sur France 5. Il nous reste à nous mettre sous la dent Bibliothèque Médicis sur Public Sénat, qui n’est pas trop mal mais l’ambiance est un peu compassée, et une autre émission et non des moindres, je crois qu’elle est en train de véritablement s’imposer : La grande librairie sur France 5, animée par François Busnel, un héritier de Pivot en plus lisse et consensuel dans le style, époque des années 2000 oblige. Plus de volutes de fumée de pipe ou de cigarettes autour de la table ! Plus d’esclandres ! J’aime cette émission car elle offre – pour une fois ! – la possibilité aux invité(e)s de s’exprimer longuement, de développer leur propos sans être trop interrompus par le présentateur ou un quelconque chroniqueur parasite. Le choix est toujours intéressant : des plumes bien établies et de jeunes auteurs. Et puis il y a toujours une petite séquence consacrée à une librairie en France : un beau pied-de-nez au discours rabat-joie (néanmoins réaliste j’en ai conscience) sur la disparition des librairies en raison de la croissance économique de sociétés de vente en ligne comme Amazon ou la montée en puissance des ventes de tablettes numériques. Depuis 2008, Busnel a vraiment fait évoluer son émission. Il ne propose plus seulement des plateaux-télé. Parfois il rapporte des Carnets de route, qui sont diffusés ponctuellement dans l’année. Ce sont des émissions tournées à l’étranger. Il y rencontre des écrivains, à leur domicile le plus souvent, ce qui satisfait au plus haut point ma curiosité. Aujourd’hui (jeudi 23 janvier 2014), Busnel est à Londres. J’ai remarqué qu’il est assez audacieux dans ses "carnets" et qu’il ne se demande pas si ses questions vont être bien ou mal reçues. Particulièrement, il n’oublie jamais de demander à ses interlocuteurs scribouillards un avis à propos de deux sujets : d’une part l’évolution socio-économique de leur pays, d’autre part la définition du rôle de l’écrivain dans le monde d’aujourd’hui. Questions plutôt vastes à mon goût, tant les angles d’attaque pour chaque réponse sont susceptibles d’être plus différents les uns que les autres. Mais ces seigneurs que sont les écrivains répondent toujours avec beaucoup d’acuité, ce qui me conforte dans l’idée qu’un écrivain a un recul sur la réalité brute exceptionnel. Sans doute aussi peut-on émettre l’hypothèse fort probable que le jeu de questions-réponses entre présentateur et auteurs est balisé avant le tournage. Il y a une autre émission culturelle qui me plaît beaucoup : Entrée libre sur France 5, une quotidienne en début de soirée du lundi au vendredi, relatant des événements culturels de tous poils sous forme de journal. J’avoue que je ne suis pas assidue, malgré l’intérêt du programme. Cela ne tient pas au contenu d’Entrée libre, mais d’une concurrence rude dans mon univers « personnel-télévisuel » avec un journal sportif, Tout le sport, sur France 3 à la même heure. Et bien souvent, le sport prend le pas sur la culture. Tiens ! il est 21h45. La Grande Librairie est terminée et je découvre en direct en vous écrivant qu’une nouvelle émission vient de débarquer sur France 5 : Duels, animée par Annick Cojean, que j’admire pour le côté enlevé de ses présentations. Moi qui regrettais Empreintes (portraits de personnalités programmés le jeudi soir après La Grande librairie depuis quelques années) aussi emmenée par Annick Cojean jusqu’en mai 2013, je retrouve enfin sa présentatrice. Ce soir, le premier numéro porte sur le duel Karpov-Kasparov, les deux compétiteurs les plus éminents de jeu d'échecs. Cette émission, Duels, supplante Les grandes questions, que j’ai pu savourer durant cet automne. Déplacée le samedi à 19h (France 5), elle est animée par Franz-Olivier Giesbert et pose à chaque fois une question débattue par des philosophes, des politiques, des écrivains, des artistes, un peu comme chez Frédéric Taddei dans Ce Soir ou jamais sans le décor "bobo" autour. La culture de Giesbert est très impressionnante (comme celle de Taddei d'ailleurs) et je sens chez lui un amour authentique des idées. Ce qui est assez génial est le ton accessible de son style parlé, et son culot ! Il relance ses hôtes avec une franchise détonnante : c’est une bouffée d’oxygène dans les débats de la sorte qu’il anime et de plus, sa spontanéité se mêle à une sagacité foudroyante. Je pourrais ainsi continuer longtemps, à parler de ce que je regarde sur mon petit écran. Que dire, sinon du bien, des émissions historiques de Stéphane Bern, Secrets d’histoire, qui m’apprennent tant de choses, ou de celles dûes à Patrick de Carolis qui a repris la main sur Des Racines et des ailes, allégeant sa nouvelle formule en oubliant les anciens plateaux-direct soporifiques au profit d’un différé seul en scène devant les lieux du patrimoine, dynamique dans ses déplacements, montrant des détails ici et là ?

La télévision, ce n’est pas comme le cochon : tout n’est pas bon. Mais, en fin gourmet, il faut savoir choisir ses morceaux !

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