vendredi 13 mars 2015

Cette semaine, la disparition brutale de Florence Arthaud, Camille Muffat et Alexis Vastine ont majoritairement occupé les unes de nos écrans et des pages de nos journaux. L’annonce fut un choc, notamment en ce qui me concerne par rapport à Florence Arthaud, une figure féminine qui incarnait la liberté, j’oserais même dire une certaine forme de culot. La culture est donc dans ces cas au niveau des médias reléguée à un second plan. Il est regrettable que seuls quelques entrefilets furent consacrés au décès du maître du manga japonais : Yoshihiro Tatsumi. Mort il y a six jours à l’âge de soixante-dix neuf ans, il fut l’un des tout premiers à aborder dans les bandes dessinées des thèmes graves. Né en juin 1935 à Osaka, il publie dès son adolescence à l’âge de 17 ans (Kodomojima), avant de faire partie d’un nouveau courant qui développe des personnages dotés d’une épaisseur psychologique. Explorateur de l’âme humaine, il en saisit les recoins sombres. Il invente le terme « gekiga » pour désigner cette forme de manga noire, par opposition aux œuvres enfantines de Tezuka. D’autres auteurs de BD se retrouveront dans ce courant, tels que Masahoko Matsumoto et Takao Sato. Yoshihiro Tatsumi se fait connaître en Europe dans les années 80 grâce au journal suisse « Le cri qui tue » et par la maison d’édition française Cornelius où il est publié. Invité au festival d’Angoulême en 2005, il publie l’année suivante son autobiographie riche de huit cent pages, adaptée en film d’animation en 2011 par Eric Khoo. Il est heureux que Katsuhiro Otomo, auteur plus jeune de manga japonais ait remporté le grand prix d’Angoulême en janvier 2015. Il est le premier de ce genre japonais de bande dessinée à remporter la prestigieuse récompense, et je trouve que c’est une très belle nouvelle page qui s’écrit, Tatsumi parti. Ces derniers jours s’en est allé un autre géant, l’auteur britannique Thierry Pratchett. Mort à l’âge de soixante-six ans, il était atteint d’une forme rare de maladie d’Alzheimer et avait milité à la fin de sa vie pour le droit à l’euthanasie. Journaliste puis communicant, il se lance dans l’écriture en 1983 avec La huitième couleur. Avant de ne plus finir d’écrire ! Pratchett a écrit une œuvre foisonnante de plus de soixante dix romans, dont sa série à succès Les annales du disque-monde. Grande saga, dont la lecture pourrait se comparer à la montée de l’Everest, on peut s’y atteler dans l’ordre car il y a des éléments feuilletonnesques, des personnages récurrents et évolutifs, comme le Mage Rincevent, la Mort, le commissaire Vimaire ou Mémé ciredutemps. On lui doit aussi le magnifique livre écrit à quatre mains avec Neil Gaiman, De bons présages, l’histoire d’un ange et d’un démon installés à Londres et qui vont empêcher Dieu et Satan de détruire la Terre et ses habitants, enfin n’oublions pas son dernier livre, A slip of the Keyboard, une sorte de livre d’adieux qui rassemble des discours sur la protection des animaux, sa maladie, la presse … Thierry Hatchett fut l’un des rares auteurs à combiner la science-fiction à l’humour … so british ! Parlons toujours littérature et actualité : mercredi 18 mars prochain à 20H50, un autre géant, mais celui-ci américain et toujours vivant, Philip Roth, donnera sa dernière interview télévisée. C’est du moins ce qu’il a annoncé car un peu à la manière de D’Ormesson, il a le chic d’annoncer au public français presque tous les ans : « ce sera ma dernière interview » (« mon dernier livre », dirait D’Ormesson, trait d’humour qui me fait rire derrière mon écran ). Et de les revoir plus tard, et de les revoir plus tard en compagnie d’un journaliste pour l’un ou un livre à la main pour l’autre. La prose de Roth accroche l’attention de ses amateurs comme peu de romanciers savent le faire. Le style est alambiqué. Les intrigues complexes. La psychologie des personnages disséquée. Un pur régal ! Au vu de l’immense qualité de la littérature de Roth (mais cela ne reste que mon humble avis et par conséquent celui-ci est subjectif), de l’aspect fort probablement chronophage de ses activités d’écriture, peut-être a-t-il tout simplement envie d’échapper enfin à une forme de servitude que représente parfois l’écriture? Réponse mercredi, s’il « raccroche » ou non « les crampons », pour revenir à mon amour du sport !

 

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