Il ne m’a pas fallu attendre longtemps pour tomber sous le charme de la présentation faite à Chaillot : l’exposition s’ouvre sur un texte nous situant l’Art Déco et l’Art Nouveau, souvent confondus par les néophytes. Si l’Art Nouveau (1890-1914) naquit en réaction à l’éclectisme décadent du Second Empire, et se caractérisa par une certaine virtuosité et technicité, l’Art Déco quant à lui, lui succéda (1919-1940) et présenta des formes géométriques simples et épurées, plus adaptées aux nouvelles machines et à la vie moderne. Il devint le premier style industrialisé. Pour autant, cette standardisation naissante n’entama pas la qualité des objets d’art dont les formes et les matières d’un raffinement exceptionnel étaient l’œuvre de créateurs oeuvrant à plusieurs mains.
Il faudrait de nombreuses pages pour évoquer même partiellement la richesse de cette exposition sur un plan quantitatif non seulement, car de très nombreuses pièces d’une grande diversité sont montrées, mais aussi sur un plan qualitatif, tant le propos est riche, balayant de nombreux axes de réflexion. J’ai appris énormément de ma visite et j’aimerais partager avec vous le plaisir de l’enrichissement personnel qu’elle m’a procurée.
Quand on songe à « Art Déco », nous rappelle d’emblée la première salle, il faut saisir très vite qu’une notion de travail à plusieurs mains existe. A cette époque en effet, c’est l’ensemble des métiers d’art qui oeuvrent à la création, tels que les architectes, maîtres verriers, ferronniers, fresquistes, sculpteurs. Pour le théâtre des Champs-élysées par exemple, Auguste Perret l’architecte, Antoine Bourdelle le sculpteur, Maurice Denis le peintre travaillèrent de concert. Il faut comprendre que l’Art Déco est une entreprise collégiale, et d’ailleurs naît alors le terme "ensemblier" qui fait son entrée au dictionnaire. Contrairement à l’Art Nouveau par ailleurs, qu’on surnomma le style nouille ou coup de fouet, l’Art Déco emprunte ses motifs à l’Antiquité et aux siècles passés, que les artistes vont épurer jusqu’à les géométriser. Lignes droites, fleurs stylisées, cadres bien déterminés, contrastent avec l’esthétique des lignes courbes de l’Art Nouveau. A partir des années Vingt, la géométrie dominera même l’ensemble du vocabulaire décoratif. Cette influence est sensible non seulement dans les corps de métiers pré-cités mais aussi dans la mode : le tandem Jean Patou-Louis Süe l’illustre parfaitement. Ensemble, ils conçoivent des robes, puis des flacons de parfums, tels que Sagesse, ou Amour-Amour, tous les deux ornés par un bouchon en forme d’ananas stylisé ou encore Joy, aux formes plus géométriques. Ces créations destinées aux femmes nous rappellent que naît dans les années Vingt – correspondant à ce que l’on appelle les Années folles, la femme moderne, à l’instar de Tamara de Lempicka, une artiste atypique qui s’installa dans un atelier construit par Robert Mallet-Stevens 7 rue Méchain dans le 14e arrondissement de Paris qui et fit aménager l’intérieur par sa sœur, Adrienne Gorska. L’avènement de la femme moderne illustre bien l’évolution d’un monde qui change. Celui-ci communique et se transporte de plus en plus vite. L’effort déployé pendant la Seconde Guerre mondiale amène de nouvelles avancées technologiques dans l’aviation et l’automobile, et c’est ainsi que le mouvement et la vitesse vont inspirer les artistes et les architectes. Plus vite mais aussi plus loin avec l’Art Déco ! Influente Afrique est l’une des sections de l’exposition. Si certains s’arrêtèrent à une lecture première des danses de Joséphine Baker, il ne faut pas oublier qu’elle fit connaître sa culture, l’Histoire de l’Afrique en promouvant les expositions du Musée d’ethnographie du Trocadéro, et qu’Al Brown, le boxeur américain, par sa mission de recherche Dakar-Djibouti en 1931 sur les Dogons, joua un rôle dans la création du Musée de l’Homme en 1937. Revenons en France : le style Art Déco contamina tous les secteurs de la vie : il se déclina notamment dans les cinémas, qui devinrent les lieux de spectacle populaires par excellence. Si le Grand Rex et le Gaumont Palace boulevard de Clichy sont deux exemples connus de tous, chaque commune, nous raconte l’exposition, dispose bientôt dans les années de l’entre-deux-guerres d’une salle signalée par une façade Art Déco. L’art du jardin aussi est contaminé par la folie Art Déco, les boutiques également, les casinos, les hôtels, la Poste, les écoles !!! La liste est longue. Le clou du spectacle, si je puis m’exprimer ainsi, est au centre de l’aile du Palais de Chaillot : la section dédiée à l’Exposition internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes de 1925. On y voit des photographies de très nombreux pavillons qui furent provisoirement installés autour du Grand Palais et sur l’esplanade des Invalides : le pavillon de l’URSS, d’Autriche, de Belgique, ceux des Grands magasins, des grandes manufactures de l’Etat, celui de l’Ambassade française... La fin de l'exposition met l'accent sur le rayonnement international de l’Art Déco : Afrique du Nord, Pays de l’Est de l’Europe, Asie, Amérique du Nord, et du Sud furent conquis par cet art venu de la France. Vous l’aurez compris, j’ai été moi aussi conquise. Par cette exposition qui porte très bien son nom : 1925 Quand l’Art Déco séduit le monde. « Séduit » : vous le serez également par les différents moyens qui ont été déployés par les commissaires pour rendre le propos agréable : entre autres ne ratez pas les extraits d’archives vidéos ponctuant chaque salle (la femme qui fume pour illustrer le thème de son émancipation par exemple) et si vous venez en famille l'espace enfants, où les bambins peuvent dessiner à l’aide de sortes de pochoirs des motifs inspirés de l’Art Déco.
A très bientôt, chère lecteur/ lectrice. L’exposition se poursuit jusqu’au 17 février 2014, vous ne serez pas déçu.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire