jeudi 23 janvier 2014

Cette semaine je voudrais parler du petit écran et plus particulièrement des émissions culturelles actuelles que j’apprécie. Il y a tout d’abord les émissions littéraires. Dans le genre, les patrons de l’audiovisuel ont réduit peu à peu le nombre de programmes de leurs grilles ces dernières années. Exit [en italique pour le mot latin et ceci aussi afin de le distinguer du nom de l'émission qui suit] Vol de nuit sur TF1, Des mots de minuit sur France 2, Le Bateau-livre sur France 5. Il nous reste à nous mettre sous la dent Bibliothèque Médicis sur Public Sénat, qui n’est pas trop mal mais l’ambiance est un peu compassée, et une autre émission et non des moindres, je crois qu’elle est en train de véritablement s’imposer : La grande librairie sur France 5, animée par François Busnel, un héritier de Pivot en plus lisse et consensuel dans le style, époque des années 2000 oblige. Plus de volutes de fumée de pipe ou de cigarettes autour de la table ! Plus d’esclandres ! J’aime cette émission car elle offre – pour une fois ! – la possibilité aux invité(e)s de s’exprimer longuement, de développer leur propos sans être trop interrompus par le présentateur ou un quelconque chroniqueur parasite. Le choix est toujours intéressant : des plumes bien établies et de jeunes auteurs. Et puis il y a toujours une petite séquence consacrée à une librairie en France : un beau pied-de-nez au discours rabat-joie (néanmoins réaliste j’en ai conscience) sur la disparition des librairies en raison de la croissance économique de sociétés de vente en ligne comme Amazon ou la montée en puissance des ventes de tablettes numériques. Depuis 2008, Busnel a vraiment fait évoluer son émission. Il ne propose plus seulement des plateaux-télé. Parfois il rapporte des Carnets de route, qui sont diffusés ponctuellement dans l’année. Ce sont des émissions tournées à l’étranger. Il y rencontre des écrivains, à leur domicile le plus souvent, ce qui satisfait au plus haut point ma curiosité. Aujourd’hui (jeudi 23 janvier 2014), Busnel est à Londres. J’ai remarqué qu’il est assez audacieux dans ses "carnets" et qu’il ne se demande pas si ses questions vont être bien ou mal reçues. Particulièrement, il n’oublie jamais de demander à ses interlocuteurs scribouillards un avis à propos de deux sujets : d’une part l’évolution socio-économique de leur pays, d’autre part la définition du rôle de l’écrivain dans le monde d’aujourd’hui. Questions plutôt vastes à mon goût, tant les angles d’attaque pour chaque réponse sont susceptibles d’être plus différents les uns que les autres. Mais ces seigneurs que sont les écrivains répondent toujours avec beaucoup d’acuité, ce qui me conforte dans l’idée qu’un écrivain a un recul sur la réalité brute exceptionnel. Sans doute aussi peut-on émettre l’hypothèse fort probable que le jeu de questions-réponses entre présentateur et auteurs est balisé avant le tournage. Il y a une autre émission culturelle qui me plaît beaucoup : Entrée libre sur France 5, une quotidienne en début de soirée du lundi au vendredi, relatant des événements culturels de tous poils sous forme de journal. J’avoue que je ne suis pas assidue, malgré l’intérêt du programme. Cela ne tient pas au contenu d’Entrée libre, mais d’une concurrence rude dans mon univers « personnel-télévisuel » avec un journal sportif, Tout le sport, sur France 3 à la même heure. Et bien souvent, le sport prend le pas sur la culture. Tiens ! il est 21h45. La Grande Librairie est terminée et je découvre en direct en vous écrivant qu’une nouvelle émission vient de débarquer sur France 5 : Duels, animée par Annick Cojean, que j’admire pour le côté enlevé de ses présentations. Moi qui regrettais Empreintes (portraits de personnalités programmés le jeudi soir après La Grande librairie depuis quelques années) aussi emmenée par Annick Cojean jusqu’en mai 2013, je retrouve enfin sa présentatrice. Ce soir, le premier numéro porte sur le duel Karpov-Kasparov, les deux compétiteurs les plus éminents de jeu d'échecs. Cette émission, Duels, supplante Les grandes questions, que j’ai pu savourer durant cet automne. Déplacée le samedi à 19h (France 5), elle est animée par Franz-Olivier Giesbert et pose à chaque fois une question débattue par des philosophes, des politiques, des écrivains, des artistes, un peu comme chez Frédéric Taddei dans Ce Soir ou jamais sans le décor "bobo" autour. La culture de Giesbert est très impressionnante (comme celle de Taddei d'ailleurs) et je sens chez lui un amour authentique des idées. Ce qui est assez génial est le ton accessible de son style parlé, et son culot ! Il relance ses hôtes avec une franchise détonnante : c’est une bouffée d’oxygène dans les débats de la sorte qu’il anime et de plus, sa spontanéité se mêle à une sagacité foudroyante. Je pourrais ainsi continuer longtemps, à parler de ce que je regarde sur mon petit écran. Que dire, sinon du bien, des émissions historiques de Stéphane Bern, Secrets d’histoire, qui m’apprennent tant de choses, ou de celles dûes à Patrick de Carolis qui a repris la main sur Des Racines et des ailes, allégeant sa nouvelle formule en oubliant les anciens plateaux-direct soporifiques au profit d’un différé seul en scène devant les lieux du patrimoine, dynamique dans ses déplacements, montrant des détails ici et là ?

La télévision, ce n’est pas comme le cochon : tout n’est pas bon. Mais, en fin gourmet, il faut savoir choisir ses morceaux !

vendredi 17 janvier 2014

Depuis le 16 janvier, Clovis Cornillac joue au Petit Théâtre de Paris La Contrebasse, une pièce adaptée du livre de Patrick Süskind. Je n’aime pas Patrick Süskind. Je n’aime pas Clovis Cornillac. J’aime la musique cependant. Deux contre un. Drôle d’envie d’aller voir cette pièce ? C’est en fait un passage de Clovis Cornillac au journal télévisé qui m’a donné envie d'aller le voir. Il est 20h15, c’est la fin de semaine (vendredi 17 janvier). Le métro m’entraîne jusqu’à Trinité Saint-Etienne d’Orves. Je sors, il fait bon en cette mi-janvier. Je retrouve mes amies et découvre le Petit Théâtre de Paris où je ne m’étais jamais rendue. On monte les escaliers et on s'installe dans nos fauteuils. La salle est pleine. La pièce commence en retard. De l’extinction des projecteurs jusqu’à leur rallumage, en l’espace d’une heure et demie, mon attention n’a connu aucune relâche. Je fus "scotchée" ! Le "pitch" est très simple : Clovis Cornillac joue le rôle d’un homme à l'aube de ses quarante-et-un ans, fonctionnaire contrebassiste à l’Orchestre National, payé au mois pour une somme modique. Il vit seul, dans un appartement bien insonorisé, et est amoureux de Sarah, une soprano entiché d'un bureaucrate. Sur la base de cette histoire, un quasi-dialogue  s'instaure avec le public : quasi-dialogue bien sûr car le public ne peut répondre. L’acteur nous demande notre avis, nous raconte sa vie, en investissant la scène avec force dynamisme. Nous, public, sommes complètement embarqués dans son univers fait de disques, de cuisine, d'absorption massive de bières fraîches qu’il sort de son réfrigérateur... La plupart du temps, c’est rires dans la salle ! Parfois, son grain de folie fait irruption. D'autres fois, c'est son émotion qui affleure : "jamais, moi contrebassite dans les derniers rangs de l’orchestre je n’arriverais à conquérir ma belle Sarah" [propos déformés je précise! car ma mémoire me fait défaut]. Le jeu de l'acteur est fabuleux : Cornillac alterne les moments intenses, au rythme rapide, avec d'autres, plus calmes. Il peut bondir en écoutant de la musique! Il peut crier sur scène! Pour mon plus grand plaisir. Clovis Cornillac est grandiose dans ce spectacle. J'en suis ressortie avec 1/ un auteur à découvrir hormis son livre Le parfum (trait d'humour! = je me suis toujours acharnée à le lire sans jamais réussir à le finir tant il ne me passionne pas) 2/ il faut que je me procure le prélude de la Walkyrie qu'il a fait écouter sur son tourne-disque 3/enfin et surtout, un acteur à aller voir au cinéma en oubliant mes préjugés : j'ai découvert un Clovis Cornillac comme jamais je ne l'ai vu, dans une forme olympique, pas le loser habituel qu'il incarne souvent dans les films français. Pourquoi lui confie-t'on toujours ce genre de rôles ? Pourquoi accepte-t'il ? Vaste question. Il vaut mieux que cela, à mon humble avis. A très bientôt, courez au Petit Théâtre de Paris, vous passerez un de ces moments culturels que l'on n'oublie pas!

lundi 13 janvier 2014

Je suis en train de lire le dernier livre de Philippe Delerm. J’ai découvert la plume de Philippe Delerm à l’âge de seize ans. J’étais alors au lycée où nous avions mes camarades et moi une professeure de lettres hors du commun. Elle m’avait prêté pour quelques jours La première gorgée de bière. Je lisais pour la première fois du Delerm et fus dès les premières lignes entièrement captivée, conquise, désarmée. J’ai adhéré immédiatement à sa prose, elle me procurait un plaisir indescriptible. Des sentiments, des sensations, se trouvaient transformés en mots avec un sens de l’observation inouï et un talent pour les disséquer exceptionnel. Depuis, je peux me targuer d’avoir lu tous les livres de Philippe Delerm jusqu’à aujourd’hui, hormis ses livres destinés à un public jeunesse. Blague à part, Philippe Delerm est un de ces écrivains (n’en déplaise à ceux qui le critiquent pour exploiter toujours le même filon, celui de la description des plaisirs quotidiens) dont la sensibilité me touche profondément. Il a écrit de nombreux recueils, qui nous restituent la beauté des instants les plus fugitifs (La sieste assassinée, Enregistrements pirates, Dickens barbe à papa, Ma grand mère avait les mêmes, Le Trottoir au soleil), mais aussi des livres sur le bonheur tout court (Le bonheur, tableaux et bavardages, A Garonne, Le buveur de temps), où il m’a fait savourer sa propre vision de la chose. Des bouquins où se rencontrent la fiction romanesque et son goût pour l’art, tels que Sundborn ou les jours de lumière, ou le recueil Vilhem Hammershoi ou encore La bulle de Tiepolo, m’ont également beaucoup plu. Mais plus que tout, c’est son goût des mots chez Philippe Delerm qui est extraordinaire. « Le Goût des mots » ? C’est précisément le nom de la collection que l’écrivain dirige aux éditions Points. Il y a fait une incursion cet automne 2013 en écrivant un recueil de petits textes intitulé Les mots que j’aime, ce livre que je lis. Une centaine de mots ont été choisis. Pour chacun d’entre eux, quelques lignes sont écrites et toujours deux questions auxquelles il répond : que lui évoque le mot, et d’autre part que lui évoque aussi la sonorité du mot ? Au fil des pages, on voyage de la campagne à la ville ("Graf[fiti]" versus "Auberge"), on passe de l’hiver à l’été ("Potée" versus [sirop d’] "Orgeat"), du plus corseté au plus décontracté ("Pudibond" versus "Troudoucou"). Je ris, je m’émeus, je me retrouve parfois dans les situations décrites, ou retrouve mes congénères dans les comportements humains qu’il observe à la loupe. C’est la vie qui est contenue entre ces lignes, celle d’aujourd’hui comme celle d’hier. Voici un petit extrait de ce livre : "Poire. C'est un assoupissement, une langueur, un abandon. Poire : on biberonne la consonne initiale, comme le fumeur de pipe ranime son foyer à petits pops. Déjà on descend vers le moelleux grave d'un intermède vocalique chaud et souple, vers un r en sommeil, un e de confort sourd." Rien de plus succulent que quelques pages de Philippe Delerm à la lumière des lampes basses un soir d'hiver.
 

vendredi 10 janvier 2014

Chers lecteurs, permettez-moi tout d’abord de vous souhaiter une excellente année 2014 !

Le blog continue. Pour commencer cette nouvelle année en beauté, je suis allée voir le film événement en ce début janvier : Yves Saint-Laurent. Malgré la publicité faite sur les médias tous azimuts, je ne savais pas à quoi m’attendre. Un biopic ? Une restitution du travail du couturier ? En fait, il s’agit ni de l’un ni de l’autre. Si vous allez voir ce film, vous entrerez dans l’intimité d’un couple et d’une maison de couture. Ainsi définirais-je cette histoire. Le film commence par une mise en scène de la vie familiale d’Yves-Saint Laurent qui peut être comparée à une accroche dans l’exercice du récit, avant un bon en avant dans le temps : la vente des œuvres d’art de Pierre Bergé après la mort de son conjoint. A partir de là, Bergé nous raconte, par intermittence entre des scènes, en voix off, l’histoire de sa maison et de sa liaison avec son créateur. Le long-métrage nous invite dans les coulisses de la maison de couture : Saint-Laurent dessine, corrige ce qu’il veut modifier sur ses modèles, assiste aux défilés de ses demoiselles. Des premières robes aux couleurs printanières, au costume pour femme, en passant par les robes Mondrian, le couturier a révolutionné en quelques décennies la mode de son temps. A côté de lui, Pierre Bergé l’accompagne. Il forme avec Yves-Saint Laurent un couple dépareillé. L’un n’est que rationalisme, diplomatie, mondanités, dont il se sert dans la gestion de la Maison haute-couture, l’autre représente le versant noir de la création artistique : les paradis artificiels, la maniaco-dépression, la débauche sexuelle font partie de sa vie. J'ai découvert toute la complexité psychologique de ce personnage, que j'ignorais jusqu'alors : j'avoue là mon inculture dans le domaine de la mode. Le film nous invite aussi aux voyages du couple en Afrique du Nord, car chose méconnue, Yves Saint-Laurent est né en Algérie, à Oran. En plus d'être un récit entraînant, le film est servi par le jeu des acteurs au plus haut niveau : Pierre Niney est extraordinaire en Yves Saint-Laurent, Guillaume Gallienne en Pierre Bergé est magistral.

A très bientôt !

mercredi 11 décembre 2013

Bonjour à tous ! J’avais très envie d’aller voir deux expositions qui sont dans des galeries très proches géographiquement : celle d’Emmanuel Perrotin où sont exposés notamment ces jours des travaux de Sophie Calle que j’adore pour son travail sur la narration, et la galerie LJ où je voulais découvrir l’œuvre de Swoon. Chose dite chose faite : ce soir à la nuit tombée je me suis rendue dans le quartier du Cirque d’Hiver.

J’ai commencé mon tour par le numéro 10 de l’impasse Saint-Claude. L’exposition personnelle de Sophie Calle (« Dérobés ») réunit deux séries : « Tableaux dérobés » et « Que voyez-vous ? » ainsi que l’œuvre « Le Major Davel ». De l’évocation émouvante de sa mère, disparue, à des lettres de rupture amoureuse, Sophie Calle a toujours le chic pour tresser des histoires vraies ou supposées telles. Entre photographie arty et littérature nourrie d’autofiction, elle poursuit sa quête à la galerie Perrotin avec une troublante série de photographies et de textes évoquant, cette fois, des tableaux célèbres dérobés dans des musées et dont il ne reste que le cadre et une maigre photocopie de consolation. Rapportant les réponses humbles et touchantes posées à des quidam à la question « Que voyez-vous ? », Sophie Calle touche les yeux et le cœur de chacun : c’est parfait. Swoon, elle, investit la galerie LJ à quelques pas de l’impasse Saint Claude, au n°12 de la rue Commines. Si vous passez par là, rendez vous dans ce lieu singulier, méconnu, où les galeristes, accueillants, échangeront facilement  quelques mots avec vous pour vous présenter les œuvres exposées et le parcours de l’artiste. Dans le cas qui nous occupe, Swoon, de son vrai nom Caledonia Curry, est une artiste américaine née à New London dans le Connecticut en 1978, mais qui a grandi à Daytona Beach en Floride. Elle a ensuite vécu dans la rue à New York où elle faisait du street art. Repérée dans les années 2000 (la date exacte m’échappe !) par des galeristes américains, elle commence à proposer ses œuvres sur le marché de l’art et sa belle histoire commence. Aujourd’hui, elle vit et travaille à Brooklyn. L’exposition à la galerie parisienne LJ se présente sous la forme d’une installation in situ. Les œuvres sont des portraits des gens qu’elle rencontre au cours de ses voyages. Ce ne sont ni des peintures ni des sculptures, mais des découpages en papier (du mylar, un papier indéchirable) qu’elle fait tenir debout par d’invisibles ficelles reliant certains points des œuvres au plafond. Ce qui m’a frappé est l’aspect très dessiné des personnages d’une part, et la féérie végétale et animale déployée autour de ces personnages d'autre part, plus grouillante et traduite par de petits traits nerveux  : insectes, reptiles, plantes exotiques occupent l’espace et ce monde fantasmagorique s’étale à terre, s’avachit au sol, tel un ensemble de racines plongeant dans les profondeurs de l'humus.  La maîtrise technique de l’artiste américaine m’a aussi envoûtée : elle découpe la silhouette de ses personnages, mais également des motifs intégrés dans l’œuvre (si on regarde le dos des œuvres on constate que plusieurs parties en papier se chevauchent) : à l’aide d’un cutter ou d’un laser pour les plus fins détails, Swoon creuse dans la matière comme une dentelière. Les murs sont aussi investis par l’artiste où grimpent des choses abstraites, toiles d’araignées ou masques tribaux ? Cette exposition m’a beaucoup plu. Le 11 janvier 2014, la galerie cèdera la place à un(e) autre artiste. Swoon, elle, présentera alors sa première exposition personnelle au Brooklyn Museum.

jeudi 5 décembre 2013

Jeudi 5 décembre 2013 : il est 23h30. J’apprends la mort de Nelson Mandela devant mon poste de télévision. L’émotion est très forte. Pourtant, je le savais affaibli. Ses derniers bulletins de santé n’étaient pas optimistes. Je me remémore sa dernière apparition publique lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de football en 2010 en Afrique du Sud. Assis sur une voiturette, il adressa quelques signes de la main à la foule. Apparition éclair, pour ne pas fatiguer l’ancien Président. Pour moi, qui fais partie des jeunes générations nées dans les années 1980, celui que l’on surnommait Madiba est bien sûr le symbole de la lutte anti-apartheid, un problème auquel je m’étais intéressé tôt. Je me rappelle plus particulièrement d’un film vu dans ma jeunesse, une adaptation cinématographique d’Une saison blanche et sèche, le libre d’André Brink : un film poignant qui montre le combat acharné d’un homme engagé dans la lutte anti-apartheid, ce qui lui vaudra la perte de la vie. La lutte de Nelson Mandela aura été celle de l’arrêt des violences entre communautés dans son pays, au prix d’un emprisonnement durant vingt-sept ans dans les geôles de Robben Island. Sorti de prison, en 1994 il est élu président de la République sud-africaine, juste après avoir obtenu le prix Nobel de la paix avec De Klerk. C’est une très grande figure qui oeuvrait pour la paix dans le monde qui disparaît. Je l'érige au Panthéon des grands hommes qui se sont battus pour l’humanité toute entière, tels que Martin Luther King aux Etats-Unis. Le combat de ces grandes figures m’inspire : j’admire les gens qui ont des convictions à contre-courant de la pensée unique et qui les défendent haut et fort au nom d’idéaux qui servent l’intérêt général. Si la politique est le meilleur levier à l'action, je crois par ailleurs qu'à une plus petite échelle, l’art (sous toutes ses formes), parce qu’il est un langage universel qui peut parler à tout le monde, à tous les peuples pour peu que ceux-ci aient accès à l’information, transcende les cultures et comme le sport de haut niveau, peut être le messager de la paix. Il peut être le vecteur de l'idée de l'égalité entre les individus dans le monde, et renforcer la cohésion sociale. Le photographe Yann Arthus-Bertrand a présenté il y a quelques années au Grand Palais une exposition, Six milliards d’autres, présentant un nombre considérable de courtes vidéos où l’on voyait des personnes narrer leur vie, leurs goûts, leurs angoisses, et ce aux quatre coins du globe. Parce que les préoccupations de chacun étaient finalement très similaires, le visiteur se rendait compte que l’être humain où qu’il soit recherche les mêmes moteurs pour le faire avancer, peut avoir les mêmes joies et peines. Une autre figure française interpelle mon sens du militantisme pour les droits de l’Homme : Plantu. Ayant créé une association Cartooning for Peace, (Dessiner pour la paix) il entend par ce biais, en l’occurrence la collaboration avec des dessinateurs du monde entier et de tous bords politiques, éclairer de différents regards les problématiques du monde d’aujourd’hui, ses conflits, ses différences culturelles et politiques qui sont évidemment un frein pour l’avancement des civilisations. Mon regard sur son initiative est plein d'enthousiasme : dessiner, caricaturer avec un humour décapant est un puissant moyen d’expression pour faire vivre l’idée du vivre-ensemble et de la tolérance. La mort de Nelson Mandela est une perte considérable. Son courage, sa détermination, tout ce qu’il a fait pour son peuple est exceptionnel. Le jeudi 5 décembre 2013 est une date historique pour l’humanité entière.


dimanche 10 novembre 2013

Depuis le 16 octobre 2013 est présentée l’exposition 1925 Quand l’Art Déco séduit le monde à la Cité de l’architecture et du patrimoine. Je me suis rendue place du Trocadéro aujourd’hui pour la découvrir. Grande amatrice d’Art Nouveau, l’Art Déco m’avait également fascinée il y a quelques années lorsque je découvrais ses formes sur les bancs des amphithéâtres universitaires. J’ai le souvenir d’un art ciblé pour une clientèle fortunée, des images des meubles en galluchat (peau de poisson) de Jacques-Emile Ruhlmann, de l’évocation de l’atelier de Martine par Paul Poiret … C’est avec ce lot d’images en mémoire que je suis partie ce matin.

Il ne m’a pas fallu attendre longtemps pour tomber sous le charme de la présentation faite à Chaillot : l’exposition s’ouvre sur un texte nous situant l’Art Déco et l’Art Nouveau, souvent confondus par les néophytes. Si l’Art Nouveau (1890-1914) naquit en réaction à l’éclectisme décadent du Second Empire, et se caractérisa par une certaine virtuosité et technicité, l’Art Déco quant à lui, lui succéda (1919-1940) et présenta des formes géométriques simples et épurées, plus adaptées aux nouvelles machines et à la vie moderne. Il devint le premier style industrialisé. Pour autant, cette standardisation naissante n’entama pas la qualité des objets d’art dont les formes et les matières d’un raffinement exceptionnel étaient l’œuvre de créateurs oeuvrant à plusieurs mains.

Il faudrait de nombreuses pages pour évoquer même partiellement la richesse de cette exposition sur un plan quantitatif non seulement, car de très nombreuses pièces d’une grande diversité sont montrées, mais aussi sur un plan qualitatif, tant le propos est riche, balayant de nombreux axes de réflexion. J’ai appris énormément de ma visite et j’aimerais partager avec vous le plaisir de l’enrichissement personnel qu’elle m’a procurée.

Quand on songe à « Art Déco », nous rappelle d’emblée la première salle, il faut saisir très vite qu’une notion de travail à plusieurs mains existe. A cette époque en effet, c’est l’ensemble des métiers d’art qui oeuvrent à la création, tels que les architectes, maîtres verriers, ferronniers, fresquistes, sculpteurs. Pour le théâtre des Champs-élysées par exemple, Auguste Perret l’architecte, Antoine Bourdelle le sculpteur, Maurice Denis le peintre travaillèrent de concert. Il faut comprendre que l’Art Déco est une entreprise collégiale, et d’ailleurs naît alors le terme "ensemblier" qui fait son entrée au dictionnaire. Contrairement à l’Art Nouveau par ailleurs, qu’on surnomma le style nouille ou coup de fouet, l’Art Déco emprunte ses motifs à l’Antiquité et aux siècles passés, que les artistes vont épurer jusqu’à les géométriser. Lignes droites, fleurs stylisées, cadres bien déterminés, contrastent avec l’esthétique des lignes courbes de l’Art Nouveau. A partir des années Vingt, la géométrie dominera même l’ensemble du vocabulaire décoratif. Cette influence est sensible non seulement dans les corps de métiers pré-cités mais aussi dans la mode : le tandem Jean Patou-Louis Süe l’illustre parfaitement. Ensemble, ils conçoivent des robes, puis des flacons de parfums, tels que Sagesse, ou Amour-Amour, tous les deux ornés par un bouchon en forme d’ananas stylisé ou encore Joy, aux formes plus géométriques. Ces créations destinées aux femmes nous rappellent que naît dans les années Vingt – correspondant à ce que l’on appelle les Années folles, la femme moderne, à l’instar de Tamara de Lempicka, une artiste atypique qui s’installa dans un atelier construit par Robert Mallet-Stevens 7 rue Méchain dans le 14e arrondissement de Paris qui et fit aménager l’intérieur par sa sœur, Adrienne Gorska. L’avènement de la femme moderne illustre bien l’évolution d’un monde qui change. Celui-ci communique et se transporte de plus en plus vite. L’effort déployé pendant la Seconde Guerre mondiale amène de nouvelles avancées technologiques dans l’aviation et l’automobile, et c’est ainsi que le mouvement et la vitesse vont inspirer les artistes et les architectes. Plus vite mais aussi plus loin avec l’Art Déco ! Influente Afrique est l’une des sections de l’exposition. Si certains s’arrêtèrent à une lecture première des danses de Joséphine Baker, il ne faut pas oublier qu’elle fit connaître sa culture, l’Histoire de l’Afrique en promouvant les expositions du Musée d’ethnographie du Trocadéro, et qu’Al Brown, le boxeur américain, par sa mission de recherche Dakar-Djibouti en 1931 sur les Dogons, joua un rôle dans la création du Musée de l’Homme en 1937. Revenons en France : le style Art Déco contamina tous les secteurs de la vie : il se déclina notamment dans les cinémas, qui devinrent les lieux de spectacle populaires par excellence. Si le Grand Rex et le Gaumont Palace boulevard de Clichy sont deux exemples connus de tous, chaque commune, nous raconte l’exposition, dispose bientôt dans les années de l’entre-deux-guerres d’une salle signalée par une façade Art Déco. L’art du jardin aussi est contaminé par la folie Art Déco, les boutiques également, les casinos, les hôtels, la Poste, les écoles !!! La liste est longue. Le clou du spectacle, si je puis m’exprimer ainsi, est au centre de l’aile du Palais de Chaillot : la section dédiée à l’Exposition internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes de 1925. On y voit des photographies de très nombreux pavillons qui furent provisoirement installés autour du Grand Palais et sur l’esplanade des Invalides : le pavillon de l’URSS, d’Autriche, de Belgique, ceux des Grands magasins, des grandes manufactures de l’Etat, celui de l’Ambassade française... La fin de l'exposition met l'accent sur le rayonnement international de l’Art Déco : Afrique du Nord, Pays de l’Est de l’Europe, Asie, Amérique du Nord, et du Sud furent conquis par cet art venu de la France. Vous l’aurez compris, j’ai été moi aussi conquise. Par cette exposition qui porte très bien son nom : 1925 Quand l’Art Déco séduit le monde. « Séduit » : vous le serez également par les différents moyens qui ont été déployés par les commissaires pour rendre le propos agréable : entre autres ne ratez pas les extraits d’archives vidéos ponctuant chaque salle (la femme qui fume pour illustrer le thème de son émancipation par exemple) et si vous venez en famille l'espace enfants, où les bambins peuvent dessiner à l’aide de sortes de pochoirs des motifs inspirés de l’Art Déco.  

A très bientôt, chère lecteur/ lectrice. L’exposition se poursuit jusqu’au 17 février 2014, vous ne serez pas déçu.