vendredi 31 janvier 2014

Je regardais hier soir la télévision et en la matière, relativement à mon dernier post, il me faut dire que j’aime autant les émissions sérieuses que les plus légères. Sur la chaîne D8 était diffusée une émission retraçant la carrière de la troupe du Splendid, qui connut ses heures de gloire au théâtre d’abord, puis ensuite au cinéma avec les films cultissimes Les Bronzés, Les Bronzés font du ski, Le Père Noël est une ordure, Papy fait de la résistance. Ces films sont d’après moi les plus belles perles du rire français. Mais, aussi léger que peut paraître ce que je vous expose ici, hier j’ai commencé à me poser une grave question par rapport à mon blog qui s’appelle centpourcentculture. En effet, que fait-on entrer dans la catégorie « culture » ? Qu’est-ce qui en relève ou n’en relève pas ? Dans l’imaginaire collectif le plus banal, le mot culture renvoie aux choses qui enrichissent notre esprit : les beaux-arts, le théâtre, la littérature, le cinéma, la danse… Pour le coup, le cinéma fait bien partie des éléments que je viens d’énoncer et ma démonstration ne prend plus la pente ascendante vers laquelle je voulais la conduire. Oui ! Car quelque part, vous le devinez, hier je me suis posée la question de savoir si je pouvais évoquer sur mon blog « centpourcentculture » Les Bronzés, pour ne citer que ce film, un film qui n’a rien de vraiment enrichissant sur le plan de l’esprit : une bande d’amis dans les seventies part au Club Med et les scènes les plus drôles s’enchaînent. Il me faut introduire à ce point de mon argumentaire une notion afférente au mot culture : souvent, ce mot renvoie à quelque chose qui serait l’apanage des couches les plus aisées. Il est vrai, et cela n’est qu’un constat, qu’une famille vivant sous le seuil de pauvreté en France ne peut que difficilement se permettre de payer quatre billets d’entrée plein tarif dans un musée. Mais c’est ici que s’immisce une belle erreur sur les contours du mot « culture » et sur ce qui y est digne d’y entrer ou d’y être refoulé. En ce qui me concerne, je pense que la culture est un ensemble très hétéroclite « de phénomènes matériels et idéologiques » [source : Larousse.fr, page consultée le 01/02/14] qui caractérise un groupe, une nation. La culture fédère, soude une communauté d’êtres humains car ceux-ci peuvent tous se référer à un socle de connaissances partagées. En ce qui concerne la troupe du Splendid, je crois que leur œuvre figure fièrement dans le répertoire culturel de tout un chacun! Au-delà des sketches hilarants qui dès que je les revois me font tordre de rire et ne plus tenir en place, l’une des forces des films où apparaissent Lhermite, Blanc, Balasko, Chazel, Monot & Cie est la pertinence des stéréotypes que constituent les personnages : l’homme qui a du mal à séduire les femmes pour Jean-Claude Dusse dans Les Bronzés, le cas social incarné par Josette alias Zézette dans Le Père Noël est une ordure, ou celui illustré par son compagnon Félix, ou encore le vétérinaire devenu trop suffisant et têtu interprété par Clavier dans Les Bronzés font du ski. Bref, c’est toute une galerie de personnages à la française que l’on retrouve ici. Certains s’y identifient, d’autres éprouvent de la tendresse envers eux. L’autre grande force de la troupe du Splendid est le côté transgénérationnel de leurs films : ceux-ci n’ont pas vieilli parce que le texte en plus d’être excellent n'est pas daté je veux dire par là qu'il ne renvoie pas spécialement à des idées contextualisées, contemporaines des années 70. Je ne voudrais pas plus m’étaler sur le sujet, chers lecteurs, car avant tout, je ris et ne réfléchis pas devant les films de Patrice Leconte. Vous aurez compris que j’assume bel et bien le nom de mon blog : centpourcentculture. Dans ces centpourcent qui évoque un maximum j'y fourre toutes sortes de choses, qui prennent un chemin rectiligne vers mon esprit, ou plus alambiqué.
A bientôt pour un nouveau post qui je vous l'assure ne concernera pas le petit écran!

 

jeudi 23 janvier 2014

Cette semaine je voudrais parler du petit écran et plus particulièrement des émissions culturelles actuelles que j’apprécie. Il y a tout d’abord les émissions littéraires. Dans le genre, les patrons de l’audiovisuel ont réduit peu à peu le nombre de programmes de leurs grilles ces dernières années. Exit [en italique pour le mot latin et ceci aussi afin de le distinguer du nom de l'émission qui suit] Vol de nuit sur TF1, Des mots de minuit sur France 2, Le Bateau-livre sur France 5. Il nous reste à nous mettre sous la dent Bibliothèque Médicis sur Public Sénat, qui n’est pas trop mal mais l’ambiance est un peu compassée, et une autre émission et non des moindres, je crois qu’elle est en train de véritablement s’imposer : La grande librairie sur France 5, animée par François Busnel, un héritier de Pivot en plus lisse et consensuel dans le style, époque des années 2000 oblige. Plus de volutes de fumée de pipe ou de cigarettes autour de la table ! Plus d’esclandres ! J’aime cette émission car elle offre – pour une fois ! – la possibilité aux invité(e)s de s’exprimer longuement, de développer leur propos sans être trop interrompus par le présentateur ou un quelconque chroniqueur parasite. Le choix est toujours intéressant : des plumes bien établies et de jeunes auteurs. Et puis il y a toujours une petite séquence consacrée à une librairie en France : un beau pied-de-nez au discours rabat-joie (néanmoins réaliste j’en ai conscience) sur la disparition des librairies en raison de la croissance économique de sociétés de vente en ligne comme Amazon ou la montée en puissance des ventes de tablettes numériques. Depuis 2008, Busnel a vraiment fait évoluer son émission. Il ne propose plus seulement des plateaux-télé. Parfois il rapporte des Carnets de route, qui sont diffusés ponctuellement dans l’année. Ce sont des émissions tournées à l’étranger. Il y rencontre des écrivains, à leur domicile le plus souvent, ce qui satisfait au plus haut point ma curiosité. Aujourd’hui (jeudi 23 janvier 2014), Busnel est à Londres. J’ai remarqué qu’il est assez audacieux dans ses "carnets" et qu’il ne se demande pas si ses questions vont être bien ou mal reçues. Particulièrement, il n’oublie jamais de demander à ses interlocuteurs scribouillards un avis à propos de deux sujets : d’une part l’évolution socio-économique de leur pays, d’autre part la définition du rôle de l’écrivain dans le monde d’aujourd’hui. Questions plutôt vastes à mon goût, tant les angles d’attaque pour chaque réponse sont susceptibles d’être plus différents les uns que les autres. Mais ces seigneurs que sont les écrivains répondent toujours avec beaucoup d’acuité, ce qui me conforte dans l’idée qu’un écrivain a un recul sur la réalité brute exceptionnel. Sans doute aussi peut-on émettre l’hypothèse fort probable que le jeu de questions-réponses entre présentateur et auteurs est balisé avant le tournage. Il y a une autre émission culturelle qui me plaît beaucoup : Entrée libre sur France 5, une quotidienne en début de soirée du lundi au vendredi, relatant des événements culturels de tous poils sous forme de journal. J’avoue que je ne suis pas assidue, malgré l’intérêt du programme. Cela ne tient pas au contenu d’Entrée libre, mais d’une concurrence rude dans mon univers « personnel-télévisuel » avec un journal sportif, Tout le sport, sur France 3 à la même heure. Et bien souvent, le sport prend le pas sur la culture. Tiens ! il est 21h45. La Grande Librairie est terminée et je découvre en direct en vous écrivant qu’une nouvelle émission vient de débarquer sur France 5 : Duels, animée par Annick Cojean, que j’admire pour le côté enlevé de ses présentations. Moi qui regrettais Empreintes (portraits de personnalités programmés le jeudi soir après La Grande librairie depuis quelques années) aussi emmenée par Annick Cojean jusqu’en mai 2013, je retrouve enfin sa présentatrice. Ce soir, le premier numéro porte sur le duel Karpov-Kasparov, les deux compétiteurs les plus éminents de jeu d'échecs. Cette émission, Duels, supplante Les grandes questions, que j’ai pu savourer durant cet automne. Déplacée le samedi à 19h (France 5), elle est animée par Franz-Olivier Giesbert et pose à chaque fois une question débattue par des philosophes, des politiques, des écrivains, des artistes, un peu comme chez Frédéric Taddei dans Ce Soir ou jamais sans le décor "bobo" autour. La culture de Giesbert est très impressionnante (comme celle de Taddei d'ailleurs) et je sens chez lui un amour authentique des idées. Ce qui est assez génial est le ton accessible de son style parlé, et son culot ! Il relance ses hôtes avec une franchise détonnante : c’est une bouffée d’oxygène dans les débats de la sorte qu’il anime et de plus, sa spontanéité se mêle à une sagacité foudroyante. Je pourrais ainsi continuer longtemps, à parler de ce que je regarde sur mon petit écran. Que dire, sinon du bien, des émissions historiques de Stéphane Bern, Secrets d’histoire, qui m’apprennent tant de choses, ou de celles dûes à Patrick de Carolis qui a repris la main sur Des Racines et des ailes, allégeant sa nouvelle formule en oubliant les anciens plateaux-direct soporifiques au profit d’un différé seul en scène devant les lieux du patrimoine, dynamique dans ses déplacements, montrant des détails ici et là ?

La télévision, ce n’est pas comme le cochon : tout n’est pas bon. Mais, en fin gourmet, il faut savoir choisir ses morceaux !

vendredi 17 janvier 2014

Depuis le 16 janvier, Clovis Cornillac joue au Petit Théâtre de Paris La Contrebasse, une pièce adaptée du livre de Patrick Süskind. Je n’aime pas Patrick Süskind. Je n’aime pas Clovis Cornillac. J’aime la musique cependant. Deux contre un. Drôle d’envie d’aller voir cette pièce ? C’est en fait un passage de Clovis Cornillac au journal télévisé qui m’a donné envie d'aller le voir. Il est 20h15, c’est la fin de semaine (vendredi 17 janvier). Le métro m’entraîne jusqu’à Trinité Saint-Etienne d’Orves. Je sors, il fait bon en cette mi-janvier. Je retrouve mes amies et découvre le Petit Théâtre de Paris où je ne m’étais jamais rendue. On monte les escaliers et on s'installe dans nos fauteuils. La salle est pleine. La pièce commence en retard. De l’extinction des projecteurs jusqu’à leur rallumage, en l’espace d’une heure et demie, mon attention n’a connu aucune relâche. Je fus "scotchée" ! Le "pitch" est très simple : Clovis Cornillac joue le rôle d’un homme à l'aube de ses quarante-et-un ans, fonctionnaire contrebassiste à l’Orchestre National, payé au mois pour une somme modique. Il vit seul, dans un appartement bien insonorisé, et est amoureux de Sarah, une soprano entiché d'un bureaucrate. Sur la base de cette histoire, un quasi-dialogue  s'instaure avec le public : quasi-dialogue bien sûr car le public ne peut répondre. L’acteur nous demande notre avis, nous raconte sa vie, en investissant la scène avec force dynamisme. Nous, public, sommes complètement embarqués dans son univers fait de disques, de cuisine, d'absorption massive de bières fraîches qu’il sort de son réfrigérateur... La plupart du temps, c’est rires dans la salle ! Parfois, son grain de folie fait irruption. D'autres fois, c'est son émotion qui affleure : "jamais, moi contrebassite dans les derniers rangs de l’orchestre je n’arriverais à conquérir ma belle Sarah" [propos déformés je précise! car ma mémoire me fait défaut]. Le jeu de l'acteur est fabuleux : Cornillac alterne les moments intenses, au rythme rapide, avec d'autres, plus calmes. Il peut bondir en écoutant de la musique! Il peut crier sur scène! Pour mon plus grand plaisir. Clovis Cornillac est grandiose dans ce spectacle. J'en suis ressortie avec 1/ un auteur à découvrir hormis son livre Le parfum (trait d'humour! = je me suis toujours acharnée à le lire sans jamais réussir à le finir tant il ne me passionne pas) 2/ il faut que je me procure le prélude de la Walkyrie qu'il a fait écouter sur son tourne-disque 3/enfin et surtout, un acteur à aller voir au cinéma en oubliant mes préjugés : j'ai découvert un Clovis Cornillac comme jamais je ne l'ai vu, dans une forme olympique, pas le loser habituel qu'il incarne souvent dans les films français. Pourquoi lui confie-t'on toujours ce genre de rôles ? Pourquoi accepte-t'il ? Vaste question. Il vaut mieux que cela, à mon humble avis. A très bientôt, courez au Petit Théâtre de Paris, vous passerez un de ces moments culturels que l'on n'oublie pas!

lundi 13 janvier 2014

Je suis en train de lire le dernier livre de Philippe Delerm. J’ai découvert la plume de Philippe Delerm à l’âge de seize ans. J’étais alors au lycée où nous avions mes camarades et moi une professeure de lettres hors du commun. Elle m’avait prêté pour quelques jours La première gorgée de bière. Je lisais pour la première fois du Delerm et fus dès les premières lignes entièrement captivée, conquise, désarmée. J’ai adhéré immédiatement à sa prose, elle me procurait un plaisir indescriptible. Des sentiments, des sensations, se trouvaient transformés en mots avec un sens de l’observation inouï et un talent pour les disséquer exceptionnel. Depuis, je peux me targuer d’avoir lu tous les livres de Philippe Delerm jusqu’à aujourd’hui, hormis ses livres destinés à un public jeunesse. Blague à part, Philippe Delerm est un de ces écrivains (n’en déplaise à ceux qui le critiquent pour exploiter toujours le même filon, celui de la description des plaisirs quotidiens) dont la sensibilité me touche profondément. Il a écrit de nombreux recueils, qui nous restituent la beauté des instants les plus fugitifs (La sieste assassinée, Enregistrements pirates, Dickens barbe à papa, Ma grand mère avait les mêmes, Le Trottoir au soleil), mais aussi des livres sur le bonheur tout court (Le bonheur, tableaux et bavardages, A Garonne, Le buveur de temps), où il m’a fait savourer sa propre vision de la chose. Des bouquins où se rencontrent la fiction romanesque et son goût pour l’art, tels que Sundborn ou les jours de lumière, ou le recueil Vilhem Hammershoi ou encore La bulle de Tiepolo, m’ont également beaucoup plu. Mais plus que tout, c’est son goût des mots chez Philippe Delerm qui est extraordinaire. « Le Goût des mots » ? C’est précisément le nom de la collection que l’écrivain dirige aux éditions Points. Il y a fait une incursion cet automne 2013 en écrivant un recueil de petits textes intitulé Les mots que j’aime, ce livre que je lis. Une centaine de mots ont été choisis. Pour chacun d’entre eux, quelques lignes sont écrites et toujours deux questions auxquelles il répond : que lui évoque le mot, et d’autre part que lui évoque aussi la sonorité du mot ? Au fil des pages, on voyage de la campagne à la ville ("Graf[fiti]" versus "Auberge"), on passe de l’hiver à l’été ("Potée" versus [sirop d’] "Orgeat"), du plus corseté au plus décontracté ("Pudibond" versus "Troudoucou"). Je ris, je m’émeus, je me retrouve parfois dans les situations décrites, ou retrouve mes congénères dans les comportements humains qu’il observe à la loupe. C’est la vie qui est contenue entre ces lignes, celle d’aujourd’hui comme celle d’hier. Voici un petit extrait de ce livre : "Poire. C'est un assoupissement, une langueur, un abandon. Poire : on biberonne la consonne initiale, comme le fumeur de pipe ranime son foyer à petits pops. Déjà on descend vers le moelleux grave d'un intermède vocalique chaud et souple, vers un r en sommeil, un e de confort sourd." Rien de plus succulent que quelques pages de Philippe Delerm à la lumière des lampes basses un soir d'hiver.
 

vendredi 10 janvier 2014

Chers lecteurs, permettez-moi tout d’abord de vous souhaiter une excellente année 2014 !

Le blog continue. Pour commencer cette nouvelle année en beauté, je suis allée voir le film événement en ce début janvier : Yves Saint-Laurent. Malgré la publicité faite sur les médias tous azimuts, je ne savais pas à quoi m’attendre. Un biopic ? Une restitution du travail du couturier ? En fait, il s’agit ni de l’un ni de l’autre. Si vous allez voir ce film, vous entrerez dans l’intimité d’un couple et d’une maison de couture. Ainsi définirais-je cette histoire. Le film commence par une mise en scène de la vie familiale d’Yves-Saint Laurent qui peut être comparée à une accroche dans l’exercice du récit, avant un bon en avant dans le temps : la vente des œuvres d’art de Pierre Bergé après la mort de son conjoint. A partir de là, Bergé nous raconte, par intermittence entre des scènes, en voix off, l’histoire de sa maison et de sa liaison avec son créateur. Le long-métrage nous invite dans les coulisses de la maison de couture : Saint-Laurent dessine, corrige ce qu’il veut modifier sur ses modèles, assiste aux défilés de ses demoiselles. Des premières robes aux couleurs printanières, au costume pour femme, en passant par les robes Mondrian, le couturier a révolutionné en quelques décennies la mode de son temps. A côté de lui, Pierre Bergé l’accompagne. Il forme avec Yves-Saint Laurent un couple dépareillé. L’un n’est que rationalisme, diplomatie, mondanités, dont il se sert dans la gestion de la Maison haute-couture, l’autre représente le versant noir de la création artistique : les paradis artificiels, la maniaco-dépression, la débauche sexuelle font partie de sa vie. J'ai découvert toute la complexité psychologique de ce personnage, que j'ignorais jusqu'alors : j'avoue là mon inculture dans le domaine de la mode. Le film nous invite aussi aux voyages du couple en Afrique du Nord, car chose méconnue, Yves Saint-Laurent est né en Algérie, à Oran. En plus d'être un récit entraînant, le film est servi par le jeu des acteurs au plus haut niveau : Pierre Niney est extraordinaire en Yves Saint-Laurent, Guillaume Gallienne en Pierre Bergé est magistral.

A très bientôt !