vendredi 31 janvier 2014
jeudi 23 janvier 2014
Cette semaine je voudrais parler du
petit écran et plus particulièrement des émissions culturelles actuelles que j’apprécie.
Il y a tout d’abord les émissions littéraires. Dans le genre, les patrons de l’audiovisuel
ont réduit peu à peu le nombre de programmes de leurs grilles ces dernières
années. Exit [en italique pour le mot
latin et ceci aussi afin de le distinguer du nom de l'émission qui suit] Vol de nuit sur TF1, Des mots de minuit sur France 2, Le Bateau-livre sur France 5. Il nous
reste à nous mettre sous la dent Bibliothèque
Médicis sur Public Sénat, qui n’est pas trop mal mais l’ambiance est un peu
compassée, et une autre émission et non des moindres, je crois qu’elle est en train de véritablement s’imposer
: La grande librairie sur France 5, animée par François Busnel, un
héritier de Pivot en plus lisse et consensuel dans le style, époque des années
2000 oblige. Plus de volutes de fumée de pipe ou de cigarettes autour de la
table ! Plus d’esclandres ! J’aime cette émission car elle offre –
pour une fois ! – la possibilité aux invité(e)s de s’exprimer longuement, de
développer leur propos sans être trop interrompus par le présentateur ou un
quelconque chroniqueur parasite. Le choix est toujours intéressant :
des plumes bien établies et de jeunes auteurs. Et puis il y a
toujours une petite séquence consacrée à une librairie en France : un beau
pied-de-nez au discours rabat-joie (néanmoins réaliste j’en ai conscience)
sur la disparition des librairies en raison de la croissance économique de
sociétés de vente en ligne comme Amazon
ou la montée en puissance des ventes de tablettes numériques. Depuis 2008,
Busnel a vraiment fait évoluer son émission. Il ne propose plus seulement des
plateaux-télé. Parfois il rapporte des Carnets
de route, qui sont diffusés ponctuellement dans l’année. Ce sont des
émissions tournées à l’étranger. Il y rencontre des écrivains, à leur domicile
le plus souvent, ce qui satisfait au plus haut point ma curiosité.
Aujourd’hui (jeudi 23 janvier 2014), Busnel est à Londres. J’ai remarqué qu’il
est assez audacieux dans ses "carnets" et qu’il ne se demande pas si ses questions vont être bien ou mal reçues. Particulièrement, il n’oublie jamais de demander à ses interlocuteurs scribouillards un avis à propos de
deux sujets : d’une part l’évolution socio-économique de leur pays, d’autre
part la définition du rôle de l’écrivain dans le monde d’aujourd’hui. Questions
plutôt vastes à mon goût, tant les angles d’attaque
pour chaque réponse sont susceptibles d’être plus différents les uns que les
autres. Mais ces seigneurs que sont les écrivains répondent toujours avec
beaucoup d’acuité, ce qui me conforte dans l’idée qu’un écrivain a un recul sur
la réalité brute exceptionnel. Sans doute aussi peut-on émettre l’hypothèse
fort probable que le jeu de questions-réponses entre présentateur et auteurs
est balisé avant le tournage. Il y a une autre émission culturelle qui me plaît
beaucoup : Entrée libre sur France 5, une quotidienne en début de soirée
du lundi au vendredi, relatant des événements culturels de tous poils sous
forme de journal. J’avoue que je ne suis pas assidue, malgré l’intérêt du programme.
Cela ne tient pas au contenu d’Entrée
libre, mais d’une concurrence rude dans mon univers « personnel-télévisuel »
avec un journal sportif, Tout le sport,
sur France 3 à la même heure. Et bien souvent, le sport prend le pas sur la
culture. Tiens ! il est 21h45. La Grande Librairie est terminée et je
découvre en direct en vous écrivant qu’une nouvelle émission vient de débarquer
sur France 5 : Duels, animée par Annick Cojean, que j’admire pour le côté
enlevé de ses présentations. Moi qui regrettais Empreintes (portraits de personnalités programmés le jeudi soir
après La Grande librairie depuis quelques années) aussi emmenée par Annick
Cojean jusqu’en mai 2013, je retrouve enfin sa présentatrice. Ce soir, le premier numéro porte sur le duel Karpov-Kasparov,
les deux compétiteurs les plus éminents de jeu d'échecs. Cette émission, Duels, supplante Les grandes
questions, que j’ai pu savourer durant cet automne. Déplacée le samedi à
19h (France 5), elle est animée par Franz-Olivier Giesbert et pose à chaque fois une question débattue par des philosophes, des politiques, des écrivains, des artistes, un peu comme chez Frédéric Taddei dans Ce Soir ou jamais sans le décor "bobo" autour. La culture de Giesbert est très
impressionnante (comme celle de Taddei d'ailleurs) et je sens chez lui un amour authentique des idées. Ce qui est assez
génial est le ton accessible de son style parlé, et son culot ! Il relance ses hôtes avec une franchise détonnante :
c’est une bouffée d’oxygène dans les débats de la sorte qu’il anime et de plus, sa spontanéité se mêle à une sagacité foudroyante. Je pourrais ainsi continuer longtemps, à parler de
ce que je regarde sur mon petit écran. Que dire, sinon du bien, des émissions historiques
de Stéphane Bern, Secrets d’histoire,
qui m’apprennent tant de choses, ou de celles dûes à Patrick de Carolis qui a repris
la main sur Des Racines et des ailes,
allégeant sa nouvelle formule en oubliant les anciens plateaux-direct soporifiques au profit d’un différé seul en scène devant les lieux du patrimoine, dynamique dans ses déplacements, montrant des détails ici et là ?
La télévision, ce n’est pas comme le cochon : tout n’est pas bon. Mais, en fin gourmet, il faut savoir choisir ses morceaux !
La télévision, ce n’est pas comme le cochon : tout n’est pas bon. Mais, en fin gourmet, il faut savoir choisir ses morceaux !
vendredi 17 janvier 2014
Depuis le 16 janvier, Clovis
Cornillac joue au Petit Théâtre de Paris La
Contrebasse, une pièce adaptée du livre de Patrick Süskind. Je n’aime pas
Patrick Süskind. Je n’aime pas Clovis Cornillac. J’aime la musique cependant. Deux contre un. Drôle
d’envie d’aller voir cette pièce ? C’est en fait un passage de
Clovis Cornillac au journal télévisé qui m’a donné
envie d'aller le voir. Il est 20h15, c’est la fin de semaine (vendredi 17 janvier). Le métro
m’entraîne jusqu’à Trinité Saint-Etienne d’Orves. Je sors, il fait bon en
cette mi-janvier. Je retrouve mes amies et découvre le Petit Théâtre de Paris où je ne m’étais jamais
rendue. On monte les escaliers et on s'installe dans nos fauteuils. La salle est pleine. La pièce
commence en retard. De l’extinction des projecteurs jusqu’à leur rallumage, en
l’espace d’une heure et demie, mon attention n’a connu aucune relâche.
Je fus "scotchée" ! Le "pitch" est très simple : Clovis Cornillac joue le rôle
d’un homme à l'aube de ses quarante-et-un ans, fonctionnaire contrebassiste à l’Orchestre National, payé au mois pour une somme modique. Il
vit seul, dans un appartement bien insonorisé, et est amoureux de
Sarah, une soprano entiché d'un bureaucrate. Sur la base de cette histoire, un quasi-dialogue s'instaure avec le
public : quasi-dialogue bien sûr car le public ne peut répondre. L’acteur nous demande notre avis, nous raconte sa vie, en investissant la scène
avec force dynamisme. Nous, public, sommes complètement embarqués dans son
univers fait de disques, de cuisine, d'absorption massive de bières fraîches qu’il sort de son réfrigérateur... La
plupart du temps, c’est rires dans la salle ! Parfois, son grain de folie
fait irruption. D'autres fois, c'est son émotion qui affleure : "jamais, moi contrebassite dans
les derniers rangs de l’orchestre je n’arriverais à conquérir ma belle
Sarah" [propos déformés je précise! car ma mémoire me fait défaut]. Le jeu de l'acteur est fabuleux : Cornillac alterne les moments intenses, au rythme rapide, avec d'autres, plus calmes. Il peut bondir en écoutant de la musique! Il peut crier sur scène! Pour mon plus grand plaisir. Clovis Cornillac est grandiose dans ce spectacle. J'en suis ressortie avec 1/ un auteur à découvrir hormis son livre Le parfum (trait d'humour! = je me suis toujours acharnée à le lire sans jamais réussir à le finir tant il ne me passionne pas) 2/ il faut que je me procure le prélude de la Walkyrie qu'il a fait écouter sur son tourne-disque 3/enfin et surtout, un acteur à aller voir au cinéma en oubliant mes préjugés : j'ai découvert un Clovis Cornillac comme jamais je ne l'ai vu, dans une forme olympique, pas le loser habituel qu'il incarne souvent dans les films français. Pourquoi lui confie-t'on toujours ce genre de rôles ? Pourquoi accepte-t'il ? Vaste question. Il vaut mieux que cela, à mon humble avis. A très bientôt, courez au Petit Théâtre de Paris, vous passerez un de ces moments culturels que l'on n'oublie pas!
lundi 13 janvier 2014
Je suis en train de lire le dernier livre de Philippe
Delerm. J’ai découvert la plume de Philippe Delerm à l’âge de seize ans.
J’étais alors au lycée où nous avions mes camarades et moi une professeure de
lettres hors du commun. Elle m’avait prêté pour quelques jours La première gorgée de bière. Je lisais
pour la première fois du Delerm et fus dès les premières lignes entièrement
captivée, conquise, désarmée. J’ai adhéré immédiatement à sa prose, elle me
procurait un plaisir indescriptible. Des sentiments, des sensations, se
trouvaient transformés en mots avec un sens de l’observation inouï et un
talent pour les disséquer exceptionnel. Depuis, je peux me targuer d’avoir lu
tous les livres de Philippe Delerm jusqu’à aujourd’hui, hormis ses livres
destinés à un public jeunesse. Blague à part, Philippe Delerm est un de ces
écrivains (n’en déplaise à ceux qui le critiquent pour exploiter toujours le
même filon, celui de la description des plaisirs quotidiens) dont la
sensibilité me touche profondément. Il a écrit de nombreux recueils, qui nous
restituent la beauté des instants les plus fugitifs (La sieste assassinée,
Enregistrements pirates, Dickens barbe à papa, Ma grand mère avait les mêmes,
Le Trottoir au soleil), mais aussi des livres sur le bonheur tout court (Le
bonheur, tableaux et bavardages, A Garonne, Le buveur de temps), où il m’a
fait savourer sa propre vision de la chose. Des bouquins où se rencontrent la
fiction romanesque et son goût pour l’art, tels que Sundborn ou les jours de
lumière, ou le recueil Vilhem Hammershoi ou encore La bulle de
Tiepolo, m’ont également beaucoup plu. Mais plus que tout, c’est son goût
des mots chez Philippe Delerm qui est extraordinaire. « Le Goût des mots »
? C’est précisément le nom de la collection que l’écrivain dirige aux éditions
Points. Il y a fait une incursion cet automne 2013 en écrivant un recueil de
petits textes intitulé Les mots que
j’aime, ce livre que je lis. Une centaine de mots ont été choisis. Pour
chacun d’entre eux, quelques lignes sont écrites et toujours deux questions
auxquelles il répond : que lui évoque le mot, et d’autre part que lui évoque
aussi la sonorité du mot ? Au fil des pages, on voyage de la campagne à la
ville ("Graf[fiti]" versus "Auberge"), on passe de l’hiver à l’été ("Potée" versus
[sirop d’] "Orgeat"), du plus corseté au plus décontracté
("Pudibond" versus "Troudoucou"). Je ris, je
m’émeus, je me retrouve parfois dans les situations décrites, ou retrouve mes
congénères dans les comportements humains qu’il observe à la loupe. C’est la
vie qui est contenue entre ces lignes, celle d’aujourd’hui comme celle d’hier.
Voici un petit extrait de ce livre : "Poire. C'est un assoupissement, une
langueur, un abandon. Poire : on biberonne la consonne initiale, comme le
fumeur de pipe ranime son foyer à petits pops. Déjà on descend vers le moelleux
grave d'un intermède vocalique chaud et souple, vers un r en sommeil, un e de
confort sourd." Rien de plus succulent que quelques pages de Philippe
Delerm à la lumière des lampes basses un soir d'hiver.
vendredi 10 janvier 2014
Chers lecteurs, permettez-moi tout d’abord
de vous souhaiter une excellente année 2014 !
Le blog continue. Pour commencer cette nouvelle année en beauté, je suis allée voir le film événement en ce début janvier : Yves Saint-Laurent. Malgré la publicité faite sur les médias tous azimuts, je ne savais pas à quoi m’attendre. Un biopic ? Une restitution du travail du couturier ? En fait, il s’agit ni de l’un ni de l’autre. Si vous allez voir ce film, vous entrerez dans l’intimité d’un couple et d’une maison de couture. Ainsi définirais-je cette histoire. Le film commence par une mise en scène de la vie familiale d’Yves-Saint Laurent qui peut être comparée à une accroche dans l’exercice du récit, avant un bon en avant dans le temps : la vente des œuvres d’art de Pierre Bergé après la mort de son conjoint. A partir de là, Bergé nous raconte, par intermittence entre des scènes, en voix off, l’histoire de sa maison et de sa liaison avec son créateur. Le long-métrage nous invite dans les coulisses de la maison de couture : Saint-Laurent dessine, corrige ce qu’il veut modifier sur ses modèles, assiste aux défilés de ses demoiselles. Des premières robes aux couleurs printanières, au costume pour femme, en passant par les robes Mondrian, le couturier a révolutionné en quelques décennies la mode de son temps. A côté de lui, Pierre Bergé l’accompagne. Il forme avec Yves-Saint Laurent un couple dépareillé. L’un n’est que rationalisme, diplomatie, mondanités, dont il se sert dans la gestion de la Maison haute-couture, l’autre représente le versant noir de la création artistique : les paradis artificiels, la maniaco-dépression, la débauche sexuelle font partie de sa vie. J'ai découvert toute la complexité psychologique de ce personnage, que j'ignorais jusqu'alors : j'avoue là mon inculture dans le domaine de la mode. Le film nous invite aussi aux voyages du couple en Afrique du Nord, car chose méconnue, Yves Saint-Laurent est né en Algérie, à Oran. En plus d'être un récit entraînant, le film est servi par le jeu des acteurs au plus haut niveau : Pierre Niney est extraordinaire en Yves Saint-Laurent, Guillaume Gallienne en Pierre Bergé est magistral.
A très bientôt !
Le blog continue. Pour commencer cette nouvelle année en beauté, je suis allée voir le film événement en ce début janvier : Yves Saint-Laurent. Malgré la publicité faite sur les médias tous azimuts, je ne savais pas à quoi m’attendre. Un biopic ? Une restitution du travail du couturier ? En fait, il s’agit ni de l’un ni de l’autre. Si vous allez voir ce film, vous entrerez dans l’intimité d’un couple et d’une maison de couture. Ainsi définirais-je cette histoire. Le film commence par une mise en scène de la vie familiale d’Yves-Saint Laurent qui peut être comparée à une accroche dans l’exercice du récit, avant un bon en avant dans le temps : la vente des œuvres d’art de Pierre Bergé après la mort de son conjoint. A partir de là, Bergé nous raconte, par intermittence entre des scènes, en voix off, l’histoire de sa maison et de sa liaison avec son créateur. Le long-métrage nous invite dans les coulisses de la maison de couture : Saint-Laurent dessine, corrige ce qu’il veut modifier sur ses modèles, assiste aux défilés de ses demoiselles. Des premières robes aux couleurs printanières, au costume pour femme, en passant par les robes Mondrian, le couturier a révolutionné en quelques décennies la mode de son temps. A côté de lui, Pierre Bergé l’accompagne. Il forme avec Yves-Saint Laurent un couple dépareillé. L’un n’est que rationalisme, diplomatie, mondanités, dont il se sert dans la gestion de la Maison haute-couture, l’autre représente le versant noir de la création artistique : les paradis artificiels, la maniaco-dépression, la débauche sexuelle font partie de sa vie. J'ai découvert toute la complexité psychologique de ce personnage, que j'ignorais jusqu'alors : j'avoue là mon inculture dans le domaine de la mode. Le film nous invite aussi aux voyages du couple en Afrique du Nord, car chose méconnue, Yves Saint-Laurent est né en Algérie, à Oran. En plus d'être un récit entraînant, le film est servi par le jeu des acteurs au plus haut niveau : Pierre Niney est extraordinaire en Yves Saint-Laurent, Guillaume Gallienne en Pierre Bergé est magistral.
A très bientôt !
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