vendredi 20 septembre 2013

Bonjour! En ce vendredi 13, je fais ma rentrée sur mon blog.

Pour bien commencer l'année, j'ai visité l'exposition qui a ouvert ses portes aujourd'hui au musée Jacquemart-André : Désirs et voluptés à l'époque victorienne. Au départ, nulle connaissance solide avant de partir errer dans les salles obscures du 158 boulevard Haussmann. Ce fut donc une très agréable découverte.

Le propos de l'exposition est celui--ci : nous sommes sous le règne de la Reine Victoria (1837-1901) en Grande-Bretagne. Le pays connaît alors des changements économiques et sociaux : il se modernise et s'affirme comme la première puissance mondiale. Cependant, le modèle d'une société patriarcale et puritaine demeure ancré dans les moeurs britanniques. Aux hommes les privilèges, aux femmes une situation de subordination à leurs époux. Ces dernières dévoilent d'ailleurs peu de leurs corps, engoncé dans de lourds jupons et de larges crinolines. Elles trouvent alors dans les arts une source d'évasion, les plaisirs d'un monde imaginaire. A cette époque, les "ténors" de la peinture anglaise expriment une sensibilité à l'opposé de la dureté de la révolution économique et sociale. Ils se nomment Dante Gabriel Rossetti (1828-1868), membre fondateur de la Société pré-raphaélite, exprimant une grande liberté et une originalité dans la représentation de la beauté féminine, à l'instar de la Venus Verticordia (1867-1868, pastel sur papier), inspirée par la peinture vénitienne, une oeuvre traduisant une beauté naturelle et sensuelle ; Sir Edward Burne-Jones (1833-1898), qui se distingue par son talent de dessinateur. Soutenu par Rossetti, son art connaîtra le succès en Angleterre, puis dans toute l'Europe et aux Etats-Unis ; Sir Lawrence Alma-Tadema -1836-1912), un artiste d'origine néerlandaise, membre royal de l'Académie. Puisant son inspiration dans l'Antiquité (il fit plusieurs voyages en Italie), ses scènes historiques se déroulent dans de somptueux décors ; Frédéric Lord Leighton (1830-1896), président de la Royal Academy, formé en Allemagne, en Italie et en France, à Paris. Son oeuvre est dominé par les grands thèmes classiques comme l'illustre si bien sa représentation de l'héroïne antique Antigone (1882, huile sur toile) ou ses Jeunes filles grecques ramassant des galets au bord de la mer (1871, huile sur toile) ; John Waterhouse (1849-1917), plus jeune que F.L. Leighton, également membre de la Royal Academy, adepte du thème de la femme fatale, un sujet fréquent dans la littérature du Royaume-Uni (depuis les légendes britanniques jusqu'à Shakespeare) qui inspire le peintre à partir des années 1880. On l'aura compris : cette exposition au musée Jacquemart-André est une ode à la femme. Tour à tour personnage historique, canon d'inspiration classique, muse et modèle, femme aux passions obscures, figure amoureuse (notamment chez Millais, un autre peintre présent dans le parcours), la femme s'offre au regard du spectateur : son corps souple et grâcile, suggéré par des voiles diaphanes recouvrant à peine leur peau claire, est à mille lieues du cadre rigide imposé sous le règne victorien. Les palais lointains dans lesquels ces figures prennent place symbolisent un ailleurs fantasmé, au parfum de Grèce et d'Orient.

Voilà pour le fonds. La forme, quant à elle, ne démérite pas. Les oeuvres proviennent de la collection privée de Juan Antonio Simon Perez, un important homme d'affaires mexicain d'origine espagnole né en 1941 en Asturies. Depuis les années 1970, il réunit une collection de peintures, sculptures, dessins, gravures. Des objets d'art décoratif et une bibliothèque complète le tout. La majeure partie de sa collection est constituée d'oeuvres peintes de l'époque victorienne : celles montrées à Jacquemart-André. Réparties dans huit salles thématiques (Désirs d'antique ; Beautés classiques ; Burne-Jones, muses et modèles ; Femmes fatales ; Héroïnes amoureuses ; L'harmonie rêvée ; La volupté du nu ; Le culte de la beauté), on louera la clarté du parcours. Chaque salle est un microcosme. L'agencement est parfaitement maîtrisé pour la compréhension du visiteur. Les textes de présentation des salles sont à la fois plaisants et pédagogiques. L'éclairage, doux dans l'ensemble et ponctuellement fort (effet "spotlight") met en valeur la technique des artistes présentés, leurs coloris assourdis, et le caractère tantôt soigné tantôt allusif de leur touche. Un seul bémol peut-être à cette exposition : un nombre d'oeuvres certes suffisant pour avoir un large aperçu de la peinture britannique des années 1860 au début de la Première Guerre mondiale, mais on reste tout de même sur notre faim.

Bref, à vous de juger! L'exceptionnelle collection Perez Simon est présentée à Paris jusqu'au 20 janvier 2014 puis partira à Rome, au Chiostro del Bramante (15 février-5 juin 2014) avant de rejoindre les cimaises du musée Thyssen-Bornemisza à Madrid (23 juin-5 octobre 2014). Raison de plus pour ne pas rater ce bel événement automnal.

A très bientôt, chers lectrices et lecteurs!

Aucun commentaire: