vendredi 20 septembre 2013


L’automne est d’après moi la période la plus agréable pour apprécier les événements culturels : nombreux à Paris, le curieux / la curieuse se régale. Après mon post sur l’exposition en cours au musée Jacquemart-André, je souhaite vous faire partager un très bon moment passé au Théâtre des Mathurins. Depuis le 30 août 2013, la pièce Moi, Caravage (en ce qui me concerne, je l’ai vue le 13 septembre) y est jouée. Celle-ci n’est pas nouvelle. Son histoire commence en 2010, au Festival d’Avignon, où elle connaît un beau succès auprès de la presse et du public, puis se poursuit en Italie, dans des instituts culturels où elle est représentée. Rien d’étonnant à cela, car l’auteur, Cesare Capitani, est italien. Surprise : c’est aussi l’acteur de la pièce, accompagné par Laetitia Favart qui lui donne de temps à autre la réplique. Diplômé de l’Ecole du Piccolo Teatro de Milan, metteur en scène, et accessoirement auteur de nouvelles – la qualité de l’écriture de la pièce n’y est par pour rien ! – son talent transpire sur scène.
Cesare Capitani est le Caravage ! Le rideau s’ouvre sur une scène obscure. S’avance sur les planches une femme, tenant une bougie dans sa main. Apparaît brusquement sous les feux des projecteurs le visage émacié de Michelangelo Merisi. Ses premiers mots pourraient être ceux du peintre nous parlant de l’au-delà : « Mon corps, on ne l’a jamais retrouvé. Brûlé sur la plage ? Jeté dans la mer ? Oublié comme un chien ? Un autre, à ma place, se lamenterait. Moi, je m’estime fortuné : ni tombeau, ni dalle funéraire. Pas de commémorations pour moi. Ce serait hypocrite, après avoir été persécuté de mon vivant ! On ne peut pas mettre sens dessus dessous la peinture et vouloir mourir comme le Titien à quatre-vingt-six ans, couvert de lauriers et riche à millions ! Non ! De mon existence j’ai fait un précipice, une course à l’abîme. Mon nom : Michelangelo Merisi » (extrait de la pièce, publiée aux éditions Naïve, Paris, 2012). La pièce se poursuit sous la forme d’une confession palpitante de l’artiste maudit. La vie de l’artiste nous est contée : Michelangelo Merisi naît le 29 septembre 1571 à Caravage, petit bourg de Lombardie. Sa mère, Lucia Aratori, est la seconde épouse de son père Fermo, décorateur en chef de Francesco Sforza, marquis de Caravage. A 13 ans, Michelangelo se rend à Milan, capital du duché, pour entrer en qualité d’apprenti dans l’atelier de Simone Peterzano, peintre réputé. Puis c’est le départ pour Rome, en 1598, où il peint ses premières œuvres, fortement influencées par le naturalisme lombard. Dans la capitale italienne, son art s’épanouit. Il veut montrer la réalité de façon triviale, avec un érotisme et une cruauté jamais vus. Pour représenter des personnages religieux, il choisit des modèles issus du peuple, prostituées et voyous. Son style s’affirme : en développant la technique du clair-obscur il met sens dessus dessous la peinture. Ses tableaux son considérés comme scandaleux et provocateurs par la majorité de ses commanditaires religieux. Pourtant, il recevra l’appui du puissant cardinal Francesco Maria Del Monte et deviendra le peintre officiel de l’Eglise. La carrière du Caravage – ainsi se nomme-t’il, atteint un point d’acmé, avant un lent déclin, car l’artiste manie aussi bien le pinceau que le poignard. En mai 1606, il tue un certain Ranuccio Tommasoni. Condamné à mort, il s’enfuit et erre entre Naples, Malte et la Sicile. Ses protecteurs essaient de convaincre le Pape Paul V de lui accorder la grâce. Peine perdue. Le 18 juillet 1610, Michelangelo Merisi meurt sur une plage déserte, dans des circonstances sybillines. Quelques jours auparavant, le Pape avait apposé son sceau sur l’arrêt de grâce qui aurait permis au Caravage de rentrer à Rome en homme libre.

A travers la vie romanesque du Caravage racontée par l’acteur Cesare Capitani, se profile la personnalité du peintre : c’est un rebelle. Tout comme son œuvre, son mode de vie est une provocation constante, un affront à la morale. Il aime les femmes et les hommes, enchaîne les démêlés avec la justice…
L’œuvre puissant du créateur défile aussi sous nos yeux : entre autres Corbeille de fruits, Garçon mordu par un lézard, Petit Bacchus malade, Les Tricheurs, La Diseuse de bonne aventure, Tête de méduse, Joueur de luth, La Vocation de Saint Matthieu, La Mort de la Vierge, David tenant la tête de Goliath. Ce dernier tableau fait l’objet d’une reconstitution pour la scène finale de la pièce : Laetitia Favart saisit les cheveux de Cesare Capitani, dont le visage est puissamment éclairé d’une lumière crue jusqu’au menton, le cou et le reste de son corps demeurant dans le noir. Comme Cesare Capitani est Le Caravage, la scène finale est le tableau David tenant la tête de Goliath.

Cette pièce est un très bel exemple d’une adaptation théâtrale d’une vie d’artiste. Peu s’y essaient. Le résultat est réussi.
Lecteurs amoureux des arts, vous avez jusqu’au 5 janvier 2014 pour déguster le menu ! Représentations du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 15h30.

A bientôt !

 

 

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