L’automne est d’après moi la période la plus
agréable pour apprécier les événements culturels : nombreux à Paris, le
curieux / la curieuse se régale. Après mon post sur l’exposition en cours au
musée Jacquemart-André, je souhaite vous faire partager un très bon moment passé
au Théâtre des Mathurins. Depuis le 30 août 2013, la pièce Moi, Caravage (en ce qui me concerne, je l’ai vue le 13 septembre) y
est jouée. Celle-ci n’est pas nouvelle. Son histoire commence en 2010, au
Festival d’Avignon, où elle connaît un beau succès auprès de la presse et du
public, puis se poursuit en Italie, dans des instituts culturels où elle est
représentée. Rien d’étonnant à cela, car l’auteur, Cesare Capitani, est
italien. Surprise : c’est aussi l’acteur de la pièce, accompagné par
Laetitia Favart qui lui donne de temps à autre la réplique. Diplômé de l’Ecole
du Piccolo Teatro de Milan, metteur en scène, et accessoirement auteur de
nouvelles – la qualité de l’écriture de la pièce n’y est par pour rien ! –
son talent transpire sur scène.
Cesare Capitani est le Caravage ! Le rideau s’ouvre
sur une scène obscure. S’avance sur les planches une femme, tenant une bougie
dans sa main. Apparaît brusquement sous les feux des projecteurs le visage
émacié de Michelangelo Merisi. Ses premiers mots pourraient être ceux du peintre
nous parlant de l’au-delà : « Mon corps, on ne l’a jamais retrouvé. Brûlé
sur la plage ? Jeté dans la mer ? Oublié comme un chien ? Un
autre, à ma place, se lamenterait. Moi, je m’estime fortuné : ni tombeau,
ni dalle funéraire. Pas de commémorations pour moi. Ce serait hypocrite, après
avoir été persécuté de mon vivant ! On ne peut pas mettre sens dessus
dessous la peinture et vouloir mourir comme le Titien à quatre-vingt-six ans,
couvert de lauriers et riche à millions ! Non ! De mon existence j’ai
fait un précipice, une course à l’abîme. Mon nom : Michelangelo Merisi »
(extrait de la pièce, publiée aux éditions Naïve, Paris, 2012). La pièce se poursuit
sous la forme d’une confession palpitante de l’artiste maudit. La vie de l’artiste
nous est contée : Michelangelo Merisi naît le 29 septembre 1571 à
Caravage, petit bourg de Lombardie. Sa mère, Lucia Aratori, est la seconde
épouse de son père Fermo, décorateur en chef de Francesco Sforza, marquis de
Caravage. A 13 ans, Michelangelo se rend à Milan, capital du duché, pour entrer
en qualité d’apprenti dans l’atelier de Simone Peterzano, peintre réputé. Puis
c’est le départ pour Rome, en 1598, où il peint ses premières œuvres, fortement
influencées par le naturalisme lombard. Dans la capitale italienne, son art s’épanouit.
Il veut montrer la réalité de façon triviale, avec un érotisme et une cruauté
jamais vus. Pour représenter des personnages religieux, il choisit des modèles
issus du peuple, prostituées et voyous. Son style s’affirme : en
développant la technique du clair-obscur il met sens dessus dessous la
peinture. Ses tableaux son considérés comme scandaleux et provocateurs par la
majorité de ses commanditaires religieux. Pourtant, il recevra l’appui du
puissant cardinal Francesco Maria Del Monte et deviendra le peintre officiel de
l’Eglise. La carrière du Caravage – ainsi se nomme-t’il, atteint un point d’acmé,
avant un lent déclin, car l’artiste manie aussi bien le pinceau que le
poignard. En mai 1606, il tue un certain Ranuccio Tommasoni. Condamné à mort,
il s’enfuit et erre entre Naples, Malte et la Sicile. Ses protecteurs essaient
de convaincre le Pape Paul V de lui accorder la grâce. Peine perdue. Le 18
juillet 1610, Michelangelo Merisi meurt sur une plage déserte, dans des
circonstances sybillines. Quelques jours auparavant, le Pape avait apposé son
sceau sur l’arrêt de grâce qui aurait permis au Caravage de rentrer à Rome en
homme libre.
A travers la vie romanesque du Caravage racontée par
l’acteur Cesare Capitani, se profile la personnalité du peintre : c’est un
rebelle. Tout comme son œuvre, son mode de vie est une provocation constante,
un affront à la morale. Il aime les femmes et les hommes, enchaîne les démêlés
avec la justice…
L’œuvre puissant du créateur défile aussi sous nos
yeux : entre autres Corbeille de
fruits, Garçon mordu par un lézard, Petit Bacchus malade, Les Tricheurs, La
Diseuse de bonne aventure, Tête de méduse, Joueur de luth, La Vocation de Saint
Matthieu, La Mort de la Vierge, David tenant la tête de Goliath. Ce dernier
tableau fait l’objet d’une reconstitution pour la scène finale de la pièce :
Laetitia Favart saisit les cheveux de Cesare Capitani, dont le visage est
puissamment éclairé d’une lumière crue jusqu’au menton, le cou et le reste de
son corps demeurant dans le noir. Comme Cesare Capitani est Le Caravage, la scène finale est le tableau David tenant
la tête de Goliath.
Cette pièce est un très bel exemple d’une adaptation
théâtrale d’une vie d’artiste. Peu s’y essaient. Le résultat est réussi.
Lecteurs amoureux des arts, vous avez jusqu’au 5
janvier 2014 pour déguster le menu ! Représentations du mardi au samedi à
19h, le dimanche à 15h30.
A bientôt !
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